10 livres pour découvrir les auteurs de roman Taïwanais

Les romans de Taïwan présentent un certain nombre de traits spécifiques au sein du vaste ensemble du roman asiatique.

Procurez vous un roman se déroulant en Asie et vous vous retrouverez très probablement transporté en Thaïlande, au Japon ou même en Chine. Mais saviez vous que Taïwan est un vivier d’œuvres littéraires, toutes plus imaginatives les unes que les autres ? Voici notre sélection des meilleures œuvres de fiction d’auteurs locaux pour vous permettre de découvrir la littérature taïwanaise.

Tuer son Mari, un roman de Li Ang

Chen Jiangshui est boucher de cochons dans une petite ville côtière taïwanaise. Trapu, avec une panse et des yeux perçants enfoncés, il ressemble lui-même à un cochon. Sa brutalité envers sa nouvelle jeune épouse, Lin Shi, ne connaît pas de limites. Plus elle crie, plus il aime ça. Elle est encore plus isolée par les commérages vicieux de ses voisins qui la condamnent pour avoir crié à haute voix. Selon eux, les femmes sont censées être tolérantes et placer leur mari au-dessus de tout. Lin Shi, isolée, désespérée et finalement poussée à la folie, le tue avec son propre instrument – un couperet à viande.

Une sensation littéraire dans le monde de la langue chinoise avec sa suggestion que le rituel et la tradition sont les fonctions de l’oppression, ce roman a également provoqué l’indignation généralisée avec sa représentation impitoyable de la violence sexuelle et de la cruauté émotionnelle. Ce roman, a eu un impact profond sur la littérature chinoise contemporaine et se classe aujourd’hui comme un texte de référence dans les études féminines et la littérature mondiale.

Les Enfants des Riches, une histoire de Xiaole

Chen Yunxian, jeune Taïwanaise, voudrait offrir le meilleur à son enfant, dans une société où la compétition commence dès la maternelle. Par le miracle d’une amitié entre son fils et celui du patron de son mari, elle se voit offrir les frais de scolarité dans l’école la mieux cotée de la ville. Mais dans ce monde ultra hiérarchisé l’accès au sommet se paie cher, et ce cadeau empoisonné exige bientôt des contreparties inacceptables… sauf à vouloir à tout prix rester dans le cercle des privilégiés.

Acide et efficace, « Les Enfants des riches » est un roman qui plonge dans la psyché d’une femme sous haute (auto)surveillance, vertigineux miroir du règne de la performance. Un parfait cocktail de « Parasites » de Bong Joon-ho et de « Desperate Housewives » à la taïwanaise.

Garçons de Cristal, un roman de Xianyong Bai

« Notre royaume ne connaît que la nuit noire. Il ignore le jour ».

Xianyong Bai

Mais dans ce minuscule pays des plus secrets, des plus illégitimes qui soient, se sont produites nombre d’histoires douloureuses, pleines de vicissitudes, à pleurer, à chanter. De certains, on avait perdu la trace très tôt ; d’autres, morts prématurément, ne laissaient que leur tombes, couvertes d’herbes folles. Mais il y en avait qui, brusquement, réapparaissaient sur la rive du bassin aux lotus en fleur par une nuit aussi noire que profonde, cinq ans, vingt ans plus tard.

Dans une langue où s’interpénètrent tradition et modernité, Bai Xianyong dépeint le monde des «  garçons de cristal », ces homosexuels qui font commerce de leur corps dans le Taipei des années soixante-dix, et dont le quotidien âpre et poignant s’éclaire d’une lumineuse fraternité.

Perles, un livre de Chi Ta-Wei

Après Membrane, roman de science-fiction puissant et poétique sur les mutations du corps et de la mémoire, l’écrivain taïwanais Chi Ta-wei, offre un recueil de nouvelles où il s’interroge sur les dérives de nos sociétés et la normativité de nos identités. On y retrouve l’inspiration originale de l’auteur déjà à l’oeuvre dans le roman Membrane.  Avec son écriture expérimentale mais toujours sensible, Chi Ta-wei invente des mondes à venir qui ressemblent étrangement au nôtre, révèle les maladies qui les rongent et s’efforce d’en trouver les antidotes.

Sirènes, faunes, androïdes, mangeurs d’insectes, enquêteurs intergalactiques… Une foule d’êtres insolites rôdent dans les pages de ces six nouvelles écrites à différentes périodes, depuis les années de Chi Ta-wei à l’université dans les années 90 jusqu’à maintenant, puisque figure parmi elles le récit inédit « Perles », écrit spécialement par Chi Ta-wei pour ce recueil et qui donne son nom à l’ouvrage.  Empruntant aux codes de la science-fiction, du fantastique ou encore des contes de fée, Chi Ta-wei est l’une des voix singulières de la littérature mondiale de l’imaginaire

Les Carnets du Crocodile, un roman de Qiu Miaojin

Laz, jeune étudiante taïwanaise, passe une grande partie de son temps seule à écrire et décoder ses obsessions jusqu’au bout de la nuit. Amoureuse d’une camarade qui s’acharne à lui souffler le chaud et le froid, épuisée de danser sans relâche sur la frontière du désir et de la haine, Laz va chercher du réconfort auprès de sa bande d’amies et d’amis, tous vifs d’esprit, artistes quelque peu moroses, amants autodestructeurs, insoumis et surtout queers.

Dans son journal, Laz écrit l’urgence de vivre, le désir, les sentiments brûlants… elle parle aussi de crocodiles qui portent des manteaux d’humains ! Les médias les traquent, craignent une épidémie : peuvent-ils se reproduire ? Quand, de leur côté, les crocodiles échangent sur leurs goûts littéraires et musicaux, adorent la glace à la crème, font des courses, prennent des bains… Un guide de survie pour les inadaptés de tous bords, pour tous ceux qui s’identifient parfois à un monstre caché dans un manteau humain.

Ancienne Capitale, une histoire de Chu Tien-Hsin

Après s’être installée pendant des décennies dans les certitudes confortables d’une Chinoise provisoirement exilée à Taiwan, la narratrice de ce livre doit, sous la pression du mouvement indépendantiste naissant, redéfinir son rapport à cette île au passé complexe scandé par les colonisations successives de son territoire.

Au rythme d’un voyage placé sous le signe de la contemplation, elle évoque et critique la turbulente mémoire taiwanaise. Très attachée au Japon et plus particulièrement à la ville de Kyōto dont elle est familière, elle compare l’apparence de son île soumise à de multiples influences et choisissant de les effacer au gré des changements de pouvoir à celle de l’ancienne capitale japonaise, temple de la mémoire, de la culture et des traditions.

Ainsi offre-t-elle au lecteur cet itinéraire d’une rive à l’autre de son histoire, telle une méditation poétique sur l’enracinement, sur ce que le paysage dit et sauvegarde de l’individu sensible. Unique pour ce qu’il explore de la conception plurielle de l’identité taiwanaise à l’heure où les menaces de la Chine sur l’île se font de plus en plus pressantes, ce livre prend une résonance tout actuelle.

Enfants des Rues, un roman de Chang Ta-Chung

Un collégien en rupture de ban, perdu dans les rues de Taipei après s’être enfui de chez lui, se retrouve mêlé à une sordide histoire de machines à sous impliquant une bande d’adolescents marginaux : des paumés cassés par la vie, à l’image des épaves automobiles où ils ont élu domicile, et qui puisent quelques misérables consolations dans la conscience de leur déchéance commune. Grâce à une construction ingénieuse épousant étroitement le champ de vision du jeune héros, le lecteur découvre au même rythme que lui les liens qui unissent entre eux les divers protagonistes, et leur passé de galère. Leurs aventures chaotiques culmineront en une équipée sanglante.

Ce livre d’une cocasserie souvent irrésistible, écrit dans la veine du fameux Attrape-cœurs de Salinger, est pourtant empreint d’une profonde désespérance. L’errance tragicomique de cet adolescent, petit prince sans royaume, témoigne des failles de toute une société : familles indifférentes ou déstructurées, système scolaire inadapté, guerre des gangs, corruption et violence politique. Un conte débridé qui est aussi une illustration brillante du talent polémique de Chang Ta-chung, observateur sans concession du Taiwan d’aujourd’hui.

Les Survivants, un livre de Wuhe

Ce livre s’ouvre sur l’histoire des Sedeq, une tribu aborigène installée dans une région montagneuse de l’île de Taïwan. Agriculteurs, chasseurs, ces gens furent aussi et surtout de redoutables coupeurs de têtes. Le 27 octobre 1930, suite à une humiliation publique de la part d’un policier japonais (l’île est à cette époque sous domination japonaise), une tribu sedeq passe à l’attaque et utilise une technique traditionnelle pour décapiter cent trente Japonais. Un épisode que la postérité a retenu sous le nom “d’affaire de Musha”. Sans attendre, les Japonais ripostent en utilisant leurs armes modernes, et en avril 1931, font décapiter les quelques rescapés sedeq par une autre tribu aborigène.

Après avoir fait son service militaire et constaté avec douleur l’ampleur des mensonges jusqu’alors invisibles à ses yeux, un jeune homme décide de comprendre et donc de rechercher la vérité sur Les Evénements de Musha . Au cours de son enquête le narrateur de ce livre rencontre les survivants de ces massacres et perçoit la complexité de leur passé tourmenté, la richesse et la force de ces insulaires habités de croyances et féroces gardiens de leur identité. Entraîné par la prose fantasque de l’auteur comme dans une forêt obscure, le lecteur franchit ainsi avec lui les crêtes et les torrents et se laisse guider dans ce voyage initiatique, comme s’il remontait à ses propres sources.

La Ferme de la Montagne Li, un roman de Zhong Li

L’action du roman se passe au sud de Taïwan dans un hameau hakka, situé au pied de la montagne Li, sous le régime colonial nippon. Dans ses descriptions de la vie quotidienne paysanne des Hakkas, Zhong Li ne fait aucunement mention de la présence japonaise dans la vie des habitants, malgré le changement radical de la politique coloniale japonaise à l’époque où se déroule le roman (vers 1938) : les Taïwanais commencent à être recrutés dans l’armée et sont contraints d’assimiler la langue, la culture, la religion et le style de vie de l’occupant.

Mais le roman de Zhong Li se concentre sur l’intrigue amoureuse entre deux jeunes gens dans un univers où s’affrontent traditions ancestrales et modernité, tant dans les relations familiales que dans les modes de culture.

L’Homme aux Yeux à Facettes, une histoire de Wu Ming-Yi

Sur l’île de Wayo-Wayo, lorsque vient le temps de leur quatre vingtième pleine lune, les fils cadets sont condamnés à partir en mer pour un voyage dont ils ne reviennent pas. C’est le destin du jeune Atihei. Alice, quant à elle, professeure de lettres, est anéantie par la disparition en montagne de son fils et de son mari et songe au suicide dans sa maison au bord de l’océan, sur la côte est de Taiwan. Ces deux êtres prêts à mourir ne peuvent alors imaginer qu’un gigantesque vortex de déchets amoncelés depuis des décennies dans le Pacifique viendra à jamais bouleverser leur vie.

Ce tourbillon qui les dépasse arrachera Alice, Atihei et une galerie d’autres personnages aux méandres de leur solitude. Wu Ming-yi échafaude un monde où s’entremêlent réalisme magique et fable fantastique, questionnant notre rapport à la nature et à l’autre.

Le roman taïwanais est multiple tant dans les genres que les thématiques abordés. Depuis quelques années les auteurs taïwanais sont traduits en anglais et en français, participant au « soft power » du pays. Le Ministère de la Culture liste de nombreux romans pour vous permettre de découvrir la littérature florissante de l’île.

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À propos de l'auteur

Luc

Luc

Fondateur du webzine francophone Insidetaiwan.net Consultant en développement international 🚀des entreprises en Asie du Sud-Est #Taiwan #Tourisme #Société #Culture #Business #Histoire #Foodie

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