Hugo Plassais : un jeune politiste engagé sur les questions stratégiques en Asie présent à Taïwan

Hugo Plassais : le parcours d’un politiste français à Taïwan entre diplomatie, défense, apprentissage du mandarin et engagement citoyen.
Hugo Plassais en conférence - Copyright : Hugo Plassais

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Diplômé de deux prestigieux masters en relations internationales, à Sciences Po Paris et à l’Université Panthéon-Sorbonne, Hugo Plassais conjugue une expertise académique et une solide expérience professionnelle acquise dans les domaines de la coopération universitaire, de la diplomatie économique et de la défense. Enseignant à Sciences Po et intervenant régulier dans les médias, il a choisi de poser ses valises à Taïwan en 2024 pour approfondir sa connaissance du mandarin et des dynamiques politiques de l’île. Désormais responsable de la délégation des Jeunes IHEDN à Taïwan, il nous livre un regard éclairé, à la fois personnel et analytique, sur son parcours, son engagement et ses observations sur une société en pleine transformation.

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter ton parcours avant ton arrivée à Taïwan ?

Politiste et passionné par les relations internationales en Asie.

Je suis diplômé de deux masters de relations internationales. Le premier, à Sciences Po Paris, était une formation à la recherche académique, ce qui m’a permis par la suite de publier un ouvrage sur la Chine et les Nations Unies. L’autre, à l’Université Panthéon Sorbonne, était plutôt centré sur la diplomatie et c’est lui qui m’a permis de travailler pour différentes institutions et ministères.

Ces quatre dernières années, j’ai travaillé dans trois domaines différents, la coopération universitaire, au Cefres à Prague (Centre français de recherche en sciences sociales), la diplomatie économique, à Business France et enfin, le milieu civilo-militaire, à l’IHEDN (l’Institut des hautes études de la défense nationale).

En parallèle, j’enseigne la méthodologie des sciences politiques à Sciences Po Paris depuis 2022. J’interviens sur les sujets liés à l’Indopacifique à l’IHEDN et parfois dans les médias ou dans des podcasts. Je viens de terminer une intervention à la Chambre de commerce française à Taipei au profit des Conseillers du commerce extérieur par exemple.

Copyright : Hugo Plassais

Qu’est-ce qui t’a motivé à venir à Taïwan pour une année ?

Je suis venu d’abord pour observer les dernières élections en 2024 et je suis tombé amoureux de l’île. Après quelques passages en Chine, je trouvais intéressant de vivre à Taïwan et d’observer les particularités de la société taiwanaise.

J’ai été diplômé en 2020 et les années Covid n’ont pas facilité les déplacements dans la région. La pratique quotidienne du mandarin me manquait. J’ai été sélectionné pour participer au programme Huayu du ministère de l’Éducation taiwanais et rejoindre le Mandarin Training Center de la National Taiwan Normal University (NTNU).

Les Jeunes IHEDN que j’avais eu comme étudiants m’ont proposé le mandat de responsable de leur délégation à Taïwan pour l’année 2024-2025. J’ai pu ainsi étudier de manière intensive, et pour la première fois, les caractères traditionnels, tout en gardant mes activités de vulgarisation et de rayonnement des études stratégiques.

Avais-tu déjà un lien avec l’Asie auparavant ?

L’Asie a toujours été au cœur de mes préoccupations. Par mes études d’abord, j’ai commencé à apprendre la langue chinoise dès le collège et c’était ma deuxième langue vivante au lycée. À 18 ans, je découvre Shanghai et Hong Kong. Ensuite, j’ai commencé une double licence d’économie et de langue chinoise à l’Université de Nanterre. Elle était très liée à l’Institut Confucius de cette Université. La pédagogie était rude et l’apprentissage relativement intensif.

Je me suis réorienté l’année suivante vers Sciences Po Saint Germain-en-Laye et j’ai assisté à la création des premiers séminaires d’études chinoises dans ce nouvel Institut d’études politiques (IEP). Je me souviens en particulier des cours des sociologues Aurore Merle et Lun Zhang. Lui était également dissident, il avait participé aux révoltes étudiantes de la place Tiananmen en 1989. En 2017, j’effectue un échange universitaire à l’East China Normal University (ECNU) à Shanghai où j’ai continué à étudier le mandarin. J’en ai profité pour passer quelque temps en Asie du Sud-Est.

J’ai choisi de faire mon premier master à Sciences Po Paris où je suis les enseignements de Jean Louis Rocca, de Françoise Mengin et de Delphine Allès. Je fréquente en parallèle l’Institut national des langues et des civilisations orientales (INALCO) et les cours de Liu Chan-Yueh. Il a été un des promoteurs de l’enseignement du taiwanais en France. Je pense que c’est lui qui a été le premier à me parler du programme Huayu. Enfin professionnellement, nous avons organisé deux missions d’études avec l’IHEDN, l’une en Corée du Sud l’autre, en Inde. Par la suite, j’ai été régulièrement sollicité par l’IHEDN pour recevoir des délégations étrangères ou intervenir devant les auditeurs et présenter la stratégie Indopacifique française.

Comment décrirais-tu ton expérience à Taïwan jusqu’à présent ?

Riche et stimulante intellectuellement. Je suis venu sans attentes particulières, sinon celles de perfectionner le mandarin et de mieux comprendre la culture politique taiwanaise. Pour cela, j’organise régulièrement des entretiens avec des chercheurs et des diplomates.

J’ai ajouté à mon emploi du temps un séminaire de recherche sur l’histoire politique et sociale de Taïwan. Cependant, le cursus de mandarin est un peu plus exigeant que je ne le pensais et cela ne me laisse pas beaucoup de temps libre.

Il me reste tout juste le temps de m’investir pour les Jeunes IHEDN et pour un programme d’échange linguistique, coordonné par la National Taiwan University, où j’interviens dans une école primaire à Kaohsiung.

Qu’est-ce qui t’a le plus surpris en arrivant à Taïwan ?

Les cultures aborigènes. En France, mise à part le film Gaga de Laha Mebow, quand on a la chance de côtoyer les quelques salles qui l’ont projeté, on a peu de représentations de la société taiwanaise. Derrière cela, je m’intéresse à l’identité taiwanaise. Bien qu’elle soit de plus en plus partagée par la société, elle reste difficile à définir.

J’ai été surpris par l’héritage de la colonisation japonaise et son influence encore aujourd’hui. Je pense que ce sera mon prochain voyage.

Qu’est-ce que tu apprécies particulièrement dans le pays ?

L’histoire récente est passionnante, c’est une démocratie relativement jeune et très active. Pour le tourisme, je pense qu’il faut visiter la côte Est jusqu’à Taitung et essayer la variété gastronomique de l’île. Plus qu’ailleurs, la gastronomie fait partie intégrante du mode de vie des Taiwanais.

Et y a-t-il des aspects qui t’ont moins plu ou que tu as trouvés difficiles à gérer ?

La gestion des poubelles. Après quelques semaines à courir derrière le camion au son de la lettre à Élise, jamais avec le bon sac ou à la bonne heure, j’ai trouvé un article salvateur sur Insidetaiwan.net qui m’a permis de m’y retrouver.

Depuis quand apprends-tu le chinois et qu’est-ce qui t’a donné envie de t’y mettre ?

Comme je l’expliquais précédemment, je pratique le mandarin depuis presque 15 ans, avec des moments plus intenses que d’autres. Cela apprend la persévérance et je crois que cela a débordé autant sur le plan professionnel que personnel. La langue chinoise a dû renforcer une tendance naturelle à l’opiniâtreté.

Quels ont été les plus grands défis dans ton apprentissage de la langue ?

Au début, je dirai que le plus grand défi est d’éduquer son oreille à entendre les différentes tonalités et apprendre à produire des sons différents. Le mandarin n’est d’ailleurs pas la langue la plus difficile dans ce domaine, le taiwanais a sept tons par exemple.

En arrivant à Taïwan, le passage à l’écriture du mandarin traditionnel a fait l’objet d’une préoccupation particulière. Je pense que c’est sur la lecture des caractères traditionnels que je travaille le plus en ce moment.

L’apprentissage du chinois est un exercice d’humilité : une pause trop longue et tout s’efface, on s’en rend vite compte une fois passé l’aéroport de Taoyuan.

Lors d’une prise de parole à l’IHEDN – Copyright : Hugo Plassais

Qu’est-ce que le fait de parler chinois au quotidien à Taïwan t’a apporté en termes d’intégration et d’expérience personnelle ?

L’anglais est largement utilisé et généralement compris à Taïwan, surtout dans la jeune génération urbaine d’autant plus à Taipei. Cependant, les langues se délient plus facilement en mandarin et le contact est plus facile. Même en mélangeant anglais et chinois, la convivialité est plus rapide. Parler chinois c’est montrer que l’on s’intéresse à la culture du pays et que l’on est prêt à faire un pas pour essayer de se comprendre.

Au-delà des entretiens et des rencontres, l’apprentissage du chinois est un défi personnel et intellectuel, cela demande de la discipline. Comme toutes les langues étrangères, c’est aussi apprendre à penser différemment et à remettre en cause ses prénotions, ses biais cognitifs et culturels.

As-tu des anecdotes amusantes ou des moments marquants liés à ton apprentissage du chinois à Taïwan ?

Tu veux que je te raconte la première fois où j’ai demandé à un taiwanais avec un accent de Beijing, « 不好意思,請問地鐵在哪兒 ? » et qu’il m’a regardé comme si j’étais un garde rouge… Je fais des efforts ici pour ne pas prononcer les « sh, ch, zh » mais on continue de me dire poliment que je parle un peu de façon étrange.

Je pourrais aussi te raconter un épisode d’hésitation devant la carte d’un restaurant que je lisais dans le mauvais sens. (« Oui, alors pour moi, ce sera la soupe de nouilles sèches aux boulettes de poisson, de bœuf et de tripes de porcs aux brocolis cacahuètes »).

Peux-tu nous présenter les Jeunes IHEDN et leur mission ?

Les Jeunes IHEDN est une association loi 1901, reconnue d’intérêt général depuis 2020. Elle rassemble plus de 3000 membres, ce qui en fait une des plus importantes associations européennes s’intéressant aux enjeux de défense. Sa voix est complètement disjointe et n’engage d’aucune manière le ministère des Armées ou l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), même si nous bénéficions de leur patronage.

Les Jeunes IHEDN est l’une des nombreuses associations d’anciens auditeurs de l’IHEDN, des alumni en quelque sorte, bien qu’elle s’ouvre aussi à l’ensemble de la jeunesse.

Nos missions, définies par nos statuts, sont : « de développer l’esprit de défense et d’engagement pour en approfondir la connaissance, en particulier au sein de la jeunesse, au moyen d’actions éducatives, culturelles et pédagogiques ; de participer à la réflexion nationale et à la sensibilisation sur les enjeux de défense et de sécurité nationale, des relations internationales et de la souveraineté dans toutes ses expressions et à ce titre, d’être force de proposition auprès des institutions compétentes en la matière et enfin, de maintenir et de renforcer les liens entre tous ses membres ».

Quelle est la présence des Jeunes IHEDN à Taïwan et quelles actions menez-vous sur place ?

Nous sommes une des 23 délégations internationales de l’IHEDN. Principalement composées d’étudiants à Taipei mais aussi à Kaohsiung, nous reprenons en l’adaptant le triptyque pédagogique de l’IHEDN. Nous publions des articles d’analyse et des interviews. Nous organisons des rencontres avec des chercheurs, des cadres dirigeants et des praticiens des relations internationales. Nous organisons des visites. Plus généralement, nous portons des missions de rayonnement et d’animation des communautés de défense sur l’île. Nous organisons des événements sur un rythme mensuel.

En novembre, nous avons reçu Jean Pierre Cabestan, éminent spécialiste de la Chine contemporaine.

Copyright : Les jeunes IHEDN

En décembre, Charles Emmanuel Detry était notre invité. Il vient de soutenir une thèse de droit international sur la mer de Chine du Sud.

Copyright : Les jeunes IHEDN

Nous avons organisé une intervention sur les parcours de relations internationales, de sciences politiques et de défense à la Taipei European School.

Copyright : Les jeunes IHEDN

En février, c’est Jerôme Douaud, Conseiller politique au Bureau français de Taipei qui nous a fait l’honneur de sa présence.

Copyright : Les jeunes IHEDN

Début mars, j’ai donné une conférence sur les rivalités de puissances en Indopacifique pour les Conseillers du commerce extérieurs de la France à la Chambre de commerce et d’industrie.

Intervention à la CCIFT – Copyright : Hugo Plassais

Enfin, en mars, nous avons organisé en partenariat avec l’antenne du Souvenir Français à Taïwan, une visite guidée du cimetière militaire de Keelung. Nous avons déposé ensemble une bougie du souvenir. D’autres évènements sont à venir.

Au cimetière français de Keelung – Copyright : Hugo Plassais

Je cherche d’ailleurs à recruter des nouveaux membres et une nouvelle ou un nouveau responsable pour reprendre mon mandat l’année prochaine. Ma boîte mail est ouverte soit taiwan@jeunes-ihedn.org ou hugo.plassais@sciencespo.fr.

Comment vois-tu l’évolution des relations entre la France et Taïwan, et quel rôle les Jeunes IHEDN peuvent-ils jouer dans ce contexte ?

Le rôle de l’association est de développer la compréhension des acteurs et des forces en présence, de nourrir l’esprit critique de ses membres et de former des jeunes qui seront amenés à exercer des responsabilités en Asie, et à Taïwan en particulier.

Sur la position française à Taïwan, cela pourrait faire l’objet d’une conférence entière. La France est une puissance résidente de l’Indopacifique et la France a de nombreux intérêts dans la région. De plus, les coopérations sont nombreuses autant par le nombre d’étudiants présents sur l’île qu’en matière économique et culturelle.

Comment perçois-tu la place de Taïwan dans le monde aujourd’hui ?

Si la région Indo-Pacifique est « le nouveau centre du monde », comme le montre de nombreux ouvrages récents(*), Taïwan en est un de ses points d’intérêts particulier. L’île constitue un verrou stratégique vers le Pacifique pour la deuxième puissance mondiale, voisine et rivale. Elle est depuis longtemps au cœur des routes commerciales de la région et son importance est allée croissante à mesure de la montée en puissance de ses voisins, alliés et rivaux.

Leader sur le marché des semiconducteurs, un conflit à Taïwan déstabiliserait l’économie mondiale, malgré les volontés de diversifier les approvisionnements sur ce secteur. Bien que n’étant reconnu aujourd’hui que par douze États, Taïwan rassemble des éléments de souveraineté et met en œuvre de nombreuses stratégies de reconnaissance sur la scène internationale.

Cependant, je pense que s’intéresser à Taïwan uniquement par le prisme des rivalités dans le détroit est réducteur. Les enjeux intérieurs préoccupent, autant si ce n’est davantage, les Taiwanais. Pêle-mêle, je citerais plusieurs points de préoccupations : le chômage des jeunes, un marché du travail peu propice à l’accroissement démographique, l’augmentation des inégalités ou la revendication d’une identité taiwanaise difficile à définir faite de métissages et d’influences diverses.

Pêle-mêle, je citerais plusieurs points de préoccupations : le chômage des jeunes, un marché du travail peu propice à l’accroissement démographique, l’augmentation des inégalités ou la revendication d’une identité taiwanaise difficile à définir faite de métissages et d’influences diverses.

Hugo Plassais

Après cette expérience à Taïwan, quels sont tes projets futurs ?

Mettre modestement mon intérêt et mes expériences en Chine et à Taïwan au service des intérêts de la France, dans la diplomatie ou d’autres ministères régaliens. J’enseigne depuis trois ans et j’aimerais continuer à transmettre autant que possible. Je ne suis également pas fermé aux entreprises, si les missions sont variées, qu’elles me permettent de contribuer à de beaux projets et de développer mon expertise de la région.

Comptes-tu garder un lien avec l’Asie ou Taïwan d’une manière ou d’une autre ?

Evidemment.

Enfin quels sont les trois lieux que tu voudrais faire découvrir à Taïwan ?

J’ai eu un faible pour l’atmosphère et la tranquillité des plages de Yilan. À Taipei, je conseillerai d’aller se perdre sur les hauteurs du Art Treasure Village et de risquer d’y assister à une performance d’artiste contemporain en résidence ou bien, d’aller voir un vieux film de dissident chinois à Huashan.

*Les ouvrages récents :

  • ALLES Delphine. et al. L’Indo-Pacifique, Presses de Sciences Po, 2024.
  • BOISSEAU DU ROCHER Sophie, LECHERVY Christian, L’Asie-Pacifique, nouveau centre du monde, Odile Jacob, 2025.
  • GROSSER Pierre, L’autre guerre froide, la confrontation Etats-Unis / Chine, CNRS éditions, 2023.
  • Le Rubicon, Indo-Pacifique région stratégique, éditions équateurs, 2024.
  • NIQUET Valérie, PÉRON DOISE Marianne, L’Indopacifique, Nouveau centre du Monde, Tallandier, 2024.
  • SAINT MÉZARD Isabelle, Géopolitique de l’Indopacifique, PUF, 2022

Pour prendre contact avec Hugo

La couverture du livre d’Hugo Plassais – Copyright : L’Harmattan


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À propos de l'auteur

  • Luc

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