Commission 228: une tentative de réforme au cœur de la crise de 1947

Histoire de la Commission de règlement de l’Incident 228 et de son programme de réforme en mars 1947.
Organigramme et programme de la Commission 228 - Copyright : Wiki Commons

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La Commission de règlement de l’Incident du 28 février (二二八事件處理委員會), souvent abrégée en Commission 228, constitue un acteur majeur des journées qui suivent le déclenchement de l’Incident 228 en 1947. Formée à Taipei à partir du 1er mars, elle rassemble des élus locaux, des représentants de professions, des étudiants et des notables décidés à négocier avec le chef de l’administration provinciale, Chen Yi (陳儀). Son objectif initial consiste à rétablir l’ordre, enquêter sur les violences liées à la répression d’un contrôle du monopole du tabac, puis élargir les discussions à une réforme politique de la province. Entre le 1er et le 7 mars 1947, la Commission élabore des propositions structurées, dont un programme en 32 points. L’arrivée des renforts militaires le 8 mars et la décision de dissoudre l’organisation le 10 mars marquent la fin de cette expérience politique. Son existence brève éclaire la dimension institutionnelle de la crise.

De la pétition à l’organisation : naissance d’une instance représentative

Le 27 février 1947, un incident impliquant des agents du monopole du tabac à Taipei provoque la mort d’un civil. Le 28 février, des manifestants se rassemblent devant le siège de l’administration provinciale. Des tirs de soldats transforment la pétition en soulèvement. Face à l’extension des troubles, des élus municipaux et provinciaux prennent l’initiative de structurer une réponse politique.

Le 1er mars au matin, au Zhongshan Hall de Taipei, des représentants du Conseil municipal, des délégués à l’Assemblée nationale et des membres du Conseil provincial créent une première structure nommée « Commission d’enquête sur l’affaire du tabac ». Dans l’après-midi, Chen Yi (陳儀) accepte par radio la formation d’une commission conjointe avec l’administration. La Commission de règlement de l’Incident 228 est formalisée le 2 mars.

Elle adopte un fonctionnement élargi : représentants des chambres de commerce, syndicats, étudiants, associations civiques et élus locaux participent aux réunions. Les débats portent sur trois axes :

  • rétablissement de la sécurité publique ;
  • enquête sur les responsabilités ;
  • réforme du système administratif provincial.

La Commission décide de créer des branches locales dans les 17 districts et grandes villes de l’île. Cette extension donne à l’organisation une dimension insulaire. Toutefois, la composition hétérogène et la présence d’agents infiltrés fragilisent sa cohésion interne.

Le programme politique : des revendications de réforme institutionnelle

Entre le 3 et le 7 mars 1947, la Commission structure ses revendications. Le 5 mars, elle adopte un projet d’organisation interne et affirme que la crise ne peut être résolue par la seule gestion des désordres. Plusieurs membres, dont Chiang Wei-chuan (蔣渭川) et Wang Tian-deng (王添灯), soutiennent une orientation vers une réforme politique d’ensemble.

Le 6 mars, la Commission élit un comité exécutif de 17 membres comprenant Lin Hsien-tang (林獻堂), Wang Tian-deng (王添灯), Chen Yi-song (陳逸松), Huang Chao-chin (黃朝琴), Lee Wan-chu (李萬居) et d’autres personnalités politiques. Le même jour, elle publie un appel au peuple et affirme sa volonté d’agir dans un cadre institutionnel.

Le 7 mars, Wang Tian-deng présente un document détaillé connu sous le nom de « 32 points ». Les propositions incluent :

  • nomination de responsables provinciaux dont au moins la moitié seraient Taïwanais ;
  • élection des maires et chefs de district ;
  • réforme du monopole d’État ;
  • garantie des libertés de presse, d’association et de réunion ;
  • protection juridique des citoyens.

Ces revendications visent à transformer l’administration provinciale en une structure plus représentative. Le document est remis à Chen Yi. Celui-ci refuse de l’endosser et accuse la Commission de dérive politique.

Infiltration, rupture et préparation militaire

Pendant que la Commission débat, les services de sécurité mettent en œuvre des opérations de renseignement. Des rapports ultérieurs du Bureau de sécurité indiquent que des agents infiltrent les réunions afin d’observer et de provoquer des divisions internes. Des groupes liés aux forces de sécurité participent à des actions destinées à discréditer la Commission et à justifier une intervention.

Le 7 mars au soir, Wang Tian-deng utilise la radio pour expliquer le contenu des 32 points et informer la population du refus de l’administration. Le même jour, Chen Yi, informé de l’arrivée imminente de renforts militaires, prépare un plan d’intervention. Il donne instruction aux troupes de sécuriser les infrastructures stratégiques : transports, centrales électriques et bâtiments gouvernementaux.

Le 8 mars à midi, des unités de la 21e division débarquent à Keelung et à Kaohsiung. Environ 7 000 soldats arrivent par le nord et 3 000 par le sud. À 22 h 30, l’ordre d’offensive est donné à Taipei. Des étudiants et participants réunis au Zhongshan Hall sont arrêtés ou tués. Dans les heures suivantes, la loi martiale est proclamée à Taipei et Keelung. Les forces procèdent à des arrestations ciblées.

Le 10 mars, Chen Yi ordonne la dissolution officielle de la Commission 228 et de ses branches locales. Les membres sont inscrits sur des listes noires.

Répression, dissolution et héritage mémoriel

Après la dissolution du 10 mars 1947, les autorités lancent une campagne d’arrestations. Des dirigeants locaux, des élus et des membres de la Commission sont arrêtés, jugés ou exécutés. Wang Tian-deng est arrêté puis tué en détention. Plusieurs journaux indépendants sont fermés et la censure est renforcée. Les universités et écoles font l’objet d’enquêtes administratives.

La répression s’étend à l’ensemble de l’île dans le cadre des opérations dites de « pacification ». L’administration divise Taïwan en zones militaires et avance du nord vers le sud pour éliminer les foyers de résistance. Les branches locales de la Commission cessent toute activité.

La Commission de règlement de l’Incident 228 n’a existé qu’une semaine dans sa forme structurée. Elle représente cependant la seule tentative organisée de négociation institutionnelle pendant la crise. Son programme témoigne d’une volonté de réforme administrative et de représentation politique accrue.

Dans l’historiographie contemporaine, la Commission apparaît comme un moment clé de la politisation de la société taïwanaise. Elle marque le passage d’une protestation contre un abus administratif à une revendication structurée de réforme politique. Son écrasement contribue à la rupture durable entre une partie de la population taïwanaise et le pouvoir central.

🧭 L’essentiel à retenir

  • 🏛️ Création le 1er mars 1947 au Zhongshan Hall de Taipei.
  • 📜 Adoption d’un programme de 32 points de réforme.
  • 🕵️ Infiltration par les services de sécurité.
  • 🚢 Arrivée des renforts militaires le 8 mars 1947.
  • ⚖️ Dissolution officielle le 10 mars et début de la répression massive.

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À propos de l'auteur

  • Luc

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