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Concrete Garden ou réintroduire la nature en ville

Solène Cornilleau, jardinière paysagiste à Taïwan, s’est spécialisée dans la création de jardins en milieux urbains avec Concrete Garden.

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Nous avons rencontré Solène, jardinière spécialisée en milieux urbains à Taipei. De la création de potagers sur les toits en passant par la conception de jardins zen et de cours de jardinage pour les écoles et universités, elle contribue à un Taipei plus vert. Découvrez le projet Concrete Garden et les conseils de Solène pour un beau jardin en ville.

Bonjour Solène, merci de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

Je m’appelle Solène, je vis à Taïwan depuis presque 15 ans. Je suis arrivée ici une fois mes études de sculpture terminées. J’ai principalement travaillé comme prof de FLE pendant une dizaine d’années tout en faisant des petits projets d’art dans une fondation. Depuis environ 5 ans, je suis également jardinière spécialisée en milieux urbains : je jardine bien sûr mais je conçois, aide et enseigne le jardinage aussi.

Solène Cornilleau, fondatrice de Concrete Garden – Copyright : Concrete Garden

Comment est né Concrete Garden ?

Concrete Garden est le fruit d’une réflexion sur le besoin d’espaces verts en ville que j’ai eue lorsqu’une amie m’a demandé « Mais pourquoi tu ne vas pas vivre à la montagne ou à la campagne si tu aimes autant les plantes ? »

Au premier abord, ça paraissait une bonne idée, mais plus j’y réfléchissais plus je me disais que si tous les citadins qui se sentaient trop encloisonnés en ville partaient vivre à la campagne, il n’y aurait alors plus beaucoup de nature. De nos jours, le besoin de vivre près de la nature contribue à l’étalement urbain, morcèle les espaces naturels et nuit à la biodiversité. J’en ai conclu que ce n’était pas forcément la meilleure solution.

Et puis à bien y réfléchir, la ville a aussi ses avantages : on y invente, innove, partage, travaille et découvre les merveilles de l’intelligence humaine. Il y a simplement trop peu d’espaces verts et trop peu de solutions adaptées à la vie en ville pour créer un jardin résilient.

Du coup, j’ai décidé de me concentrer sur l’enseignement du jardinage en milieux urbains et la création de jardins sur les toits, les balcons et les devantures de magasins. J’ai étudié l’horticulture et le paysagisme avec le Jardin Royal Botanique d’Edinbourg, la permaculture et les Objectifs de Développement Durable de l’ONU (surtout celui sur les villes durables et la gestion durable des sols). Ça m’a donné une base solide pour mieux comprendre à la fois la ville et les plantes.

le besoin de vivre près de la nature contribue à l’étalement urbain, morcèle les espaces naturels et nuit à la biodiversité

Solène Cornilleau

Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

La mission que je me suis donnée avec Concrete Garden est assez simple : créer des espaces verts en ville, enseigner le jardinage sous forme d’ateliers et proposer des activités manuelles faites avec des plantes comme des teintures ou des couronnes de Noël.

L’éducation semble avoir une grande place dans ton offre d’activités. Peux-tu nous en dire plus sur ton travail dans les écoles et universités ?

Pour moi, enseigner le jardinage et pas seulement créer des jardins me paraissait une évidence. D’abord, parce qu’il est difficile de garder une plante en vie si on ne sait pas comment s’en occuper. Ensuite, il faut aussi se rappeler que pour être en vie, il nous faut tous respirer, manger, boire de l’eau et dormir. Trois de ces quatre besoins vitaux sont directement liés aux plantes. S’intéresser à ce qui nous garde en vie me paraît sage. Ma grande fierté en termes d’enseignement est d’avoir réussi à créer une matière scolaire officielle « Jardinage » avec Lumière International Academy (LIA). J’enseigne aussi le jardinage aux étudiants de première année en ingénierie biomécanique à NTU. C’est même devenu un cours obligatoire ! Je travaille aussi avec l’École Européenne de Taipei dans le cadre du projet « Eco-school », un projet international qui vise à rendre l’école plus verte et durable.

Classe de jardinage à la Taipei European School – Copyright : Concrete Garden

Cela dit, je fais partie des gens qui pensent que l’éducation se poursuit tout au long d’une vie. J’ai donc proposé toutes sortes de formats et d’activités qui pouvaient amener les gens à s’intéresser aux plantes. J’ai par exemple organisé des mini cours de jardinage sous forme de quiz pendant l’happy hour d’un pub qui s’appelle Fumu et où les participants pouvaient apprendre par exemple à faire pousser des fraises tout en sirotant une bière. Ça s’appelait « Pots & Pints » et ça portait bien son nom ! Les gagnants du quiz pouvaient repartir avec une plante. Je garde aussi un merveilleux souvenir d’une série de cours de jardinage avec des personnes âgées du quartier de Guting. Chacun avait un savoir à partager et le faisait avec beaucoup de bienveillance.

je fais partie des gens qui pensent que l’éducation se poursuit tout au long d’une vie.

Solène Cornilleau

Pour un public adulte et auprès de professionnels : quelles sont les différents services que tu proposes ?

En 5 ans, j’ai créé ou aidé à la conception d’une cinquantaine de jardins à Taipei et New Taipei City. Comme chaque espace est différent et que chacun a une routine bien à soi, mon travail de paysagiste consiste avant tout à bien choisir les plantes et utiliser les bonnes techniques pour réaliser le jardin souhaité. Je commence donc souvent par une consultation de deux heures pour discuter avec les clients et visiter l’endroit où je vais créer ce nouveau jardin. Le service de consultation est aussi adapté pour ceux qui ont déjà des plantes mais qui rencontrent des difficultés. Cela me permet de diagnostiquer le problème et de les orienter. Vient ensuite le service de design et de mise en œuvre. Si les clients le souhaitent, ils peuvent venir avec moi acheter les plantes et les pots ou m’aider à rempoter s’ils veulent apprendre à jardiner. Enfin, j’offre aussi un service d’entretien pour les entreprises et les particuliers. Cela permet de garder un jardin en parfait état et très esthétique. C’est cas par exemple d’un salon de thé japonais qui a commandé un jardin zen. En général, un entretien une fois par mois suffit très largement.

Jardin Zen à Zoka Tea House – Copyright : Concrete Garden

En ce qui concerne l’enseignement, j’organise des ateliers en collaboration avec des restaurants, cafés et bars qui souhaitent proposer des activités durant les heures creuses à leurs clients. Il m’arrive aussi de créer des ateliers pour des évènements privés ou occasionnels comme un festival de musique. Enfin, j’offre toute une gamme de service pour les écoles allant de la formation pour les professeurs au développement de programmes éducatifs ou tout simplement des interventions spontanées ou régulières dans les écoles.

En quel(s) langue(s) est-ce que tu communiques lors de ces activités ?

Tous mes services sont en français, anglais ou chinois. Il m’arrive parfois d’alterner les langues selon la diversité des groupes et le niveau de langue de chacun.

Est-tu actuellement disponible pour des projets supplémentaires ? Si oui, quelle est la démarche à suivre pour te contacter ?

Je suis toujours disponible pour de nouvelles opportunités de jardinage ! Si quelqu’un est intéressé, il suffit de me contacter via mon site web ou les réseaux sociaux comme Instagram et Facebook (liens à la fin de l’article)

Comment vois-tu Concrete Garden évoluer dans le futur ?

À l’avenir, j’espère développer des cours en ligne pour les écoles afin de proposer une formation d’horticulture adaptée aux professeurs qui veulent mettre en place un projet de jardin mais qui manquent de techniques et/ou d’idées, notamment pour proposer un projet transdisciplinaire. Je suis aussi en train d’explorer la foresterie urbaine et l’agroforesterie. J’imagine un futur où la ville et la nature peuvent coexister et où les jardins ornementaux et potagers ne font qu’un !

Rooftop Garden pour Studio 9, nightclub à Ximen – Copyright : Concrete Garden

As-tu des astuces écologiques à partager pour le jardinage à la maison ?

La meilleure technique de jardinage est le paillage ou « mulch » en anglais. Cela consiste à toujours couvrir la terre dans laquelle poussent les plantes. On peut utiliser des feuilles mortes mais aussi de l’herbe coupée sèche. Avec l’été qui approche, les jardiniers des parcs municipaux tondent la pelouse et elle sèche en deux jours. Le paillage va nourrir les microorganismes dans la terre, éviter la compaction de cette dernière lors de l’arrosage ainsi que de limiter l’évaporation de l’eau. Résultat : ça crée de l’humus qui va servir d’engrais et réduit la fréquence d’arrosage : du pur jardinage paresseux mais intelligent !

D’après ton expérience, quelles sont les trois plantes les plus faciles à faire pousser en pot à Taïwan en plein soleil, à l’ombre, et dans une pièce plutôt sombre de la maison ?

Pour une terrasse en plein soleil sans trop de vent, je conseillerais un palmier jaune (Dypsis lutescens), des lys canna (Canna indica par exemple) pour de belles fleurs colorées toute l’année et de la misère pourpre (Tradescantia pallida) qui peut être plantée en pot suspendu ou au pied d’une plante plus grande et agir comme couverture végétale. À l’opposé, si vous avez un espace à l’ombre, faites pousser un bananier nain ou des Philodendrons ! Ces dernières pourront également s’épanouir à l’intérieur à condition de les placer à maximum 1 mètre d’une source de lumière directe ou idéalement indirecte.

Workshop sur le toit de Toasteria, Yongkang – Copyright : Concrete Garden

Quels sont les 3 fruits ou légumes les plus faciles à faire pousser sur un balcon à Taïwan ?

En ce qui concerne les fruits et les légumes, je recommande de planter des fruits de la passion, des haricots grimpants dans des jardinières sur les balcons qui ont des grillages aux fenêtres. Cela permettra de créer une sorte de rideau végétal qui pourrait protéger du vis-àvis et attirer les oiseaux qui aiment y nidifier. Si vous avez la place pour des pots plus larges ou plus profonds, profitez-en pour y faire pousser du gingembre et du curcuma. Ça pousse tout seul et sert en cuisine !

Quelles sont les 3 plus grosses erreurs du jardinier débutant ?

L’erreur la plus courante est le choix des plantes pour un espace donné. En général, on achète une plante qu’on trouve sympa sans vraiment penser à ses besoins en soleil. Il faut faire l’inverse : connaître le nombre d’heures de soleil direct par jour à l’endroit où je veux mettre une plante, puis chercher sur Internet (ou demander à un jardinier) quelles plantes peuvent pousser si on a tant d’heures de soleil.

La deuxième erreur est l’arrosage bien sûr ! En gros, plus une plante a de soleil, plus elle va utiliser d’eau pour la photosynthèse. Il faut donc éviter d’arroser trop souvent une plante d’intérieur et arroser plus fréquemment une plante en plein soleil.

Enfin, la grande inconnue pour la plupart des jardiniers en herbe est la terre. Personne ne sait vraiment ce que c’est ni à quoi ça sert. C’est pourtant d’une importance cruciale pour les plantes mais ça nécessiterait une page entière (ou un atelier ). Si vous avez une terre qui a perdu sa légèreté, sa texture grumeleuse et spongieuse, qui ne sent pas « la forêt », qui est grise ou qui colle, il faut la changer.

Des adresses pour se procurer plantes et matériel de jardinage ?

J’adore aller au marché aux fleurs juste en face de Miramar. Il y a de tout tant en plantes qu’en pots. C’est rue Neihu, section 1, numéro 1.

Et pour finir quels sont les 3 endroits à Taïwan où on a le plus de chance de te croiser ?

Si vous voulez me croiser, je suis souvent à vélo sur Fuxing ou en train de transporter des plantes un peu partout dans Taipei. Je suis facile à reconnaître avec mes sacs de plantes. Sinon, j’organise régulièrement des ateliers à Toasteria Cafe à Yong kang. Il y en aura cet été, ne les ratez pas !

Pour suivre ou contacter Solène :

Prochain atelier de Concrete Garden :

Prochain Workshop jardinage à Toasteria Yongkang – Copyright : Concrete Garden

Vous avez aimé cette interview et découvrir ces différents conseils de jardinage ? N’hésitez pas à lire nos articles dédiés aux Tips Eco-Friendly à Taïwan. Pensez également à vous abonner à notre Newsletter gratuite pour ne rien manquer de l’actualité taïwanaise.

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À propos de l'auteur

  • Anaïs

    Anaïs Denquin a passé les 5 dernières années à explorer les montagnes et rivières de Taïwan. Membre active pour la protection environnementale, elle organise des évènements de sensibilisation et des cleanups afin de préserver l’île et son écosystème.

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