Noémie Favart : l’illustratrice jeunesse qui fait voyager son univers de la Belgique à Taïwan

Noémie Favart, illustratrice jeunesse belge, nous raconte son univers, son livre Tibor et sa rencontre avec les lecteurs taïwanais à Taipei.
Copyright : Noémie Favart

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Inside Taiwan a rencontré Noémie Favart, autrice et illustratrice jeunesse bruxelloise, à l’occasion de sa venue à Taipei pour le Taipei International Book Exhibition. Son livre Tibor et le monstre du désordre, récemment traduit en chinois, rencontre un nouveau public à Taïwan. Entre souvenirs d’enfance, processus créatif et regard sur la scène éditoriale taïwanaise, elle nous ouvre les portes de son univers graphique, à la fois drôle, sensible et profondément vivant.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je m’appelle Noémie Favart, je suis autrice et illustratrice jeunesse. Je suis bruxelloise, et publie principalement chez Versant Sud Jeunesse, une maison d’édition Bruxelloise.

Ma cuisine du dessin c’est beaucoup de détails, de motifs ou de traits, des couleurs vives, de l’humour et des personnages rigolos, de musique, odeurs, bruits et mélodies et une pointe de mélancolie.

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Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir illustratrice de livres pour enfants ?

Sûrement le fait que je me souviens encore bien des moments de lectures d’albums pour s’endormir, des magazines que je recevais à la maison ou des premiers livres que je lisais toute seule. Mon dessin par la suite est resté proche de l’univers pour enfant, j’imagine qu’inconsciemment j’ai continué de cultiver ça.

Votre formation à Saint-Luc et à La Cambre à Bruxelles a-t-elle influencé votre style ? Si oui, comment ?

Je pense que mon style était déjà là, au fond de moi. Je retrouve déjà des prémices dans mes dessins d’adolescence ou même d’enfance. Parfois j’ai l’impression d’avoir juste continué de dessiner de la même façon, avec juste un peu plus de technique, avec l’envie d’aller un peu plus loin.

Mes formations m’ont surtout permis d’aller plus loin, de prendre confiance en moi, de découvrir de nouvelles techniques ou de faire d’autres explorations graphiques. Mais je dirais que le style, comme la palette de couleur, c’est quelque chose d’assez personnel, qui est en dormance et ne demande qu’à être réveillé et peaufiné.

Vous travaillez souvent avec des enfants dans le cadre d’ateliers. Quelle place cela a-t-il dans votre pratique artistique ?

Travailler avec les enfants a une place importante. Ça me permet à certains moments de confronter mon travail, mes histoires, de prendre conscience de ce qui fonctionne, de ce qu’il faut encore retravailler. C’est une façon d’être face au public à qui l’on s’adresse, je trouve ça très important. Même si j’aime bien parler aussi aux adultes dans mes histoires, je fais avant tout des histoires qui doivent être lues, comprises par des enfants.

Parfois je donne d’autres ateliers qui n’ont rien à voir avec mes livres. Ce sont des moments où l’on peut se concentrer plus sur des expériences graphiques ou narratives, souvent ça me donne plein d’énergie, ça me libère un peu l’esprit et me donne envie de faire plus de recherches, de découvrir de nouvelles choses, de laisser plus de place à l’expérimentation et à l’imprévu.

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Comment décririez-vous votre style graphique et vos influences principales ?

Je dirais qu’il y a une forte influence de la bande dessinée : je travaille d’abord en noir et blanc, les éléments dans mon dessin sont souvent dessinés avec un trait régulier et fermé. J’utilise souvent des cases pour introduire une scène dans une scène, ou je sépare une action en plusieurs petites actions. Je vais parfois utiliser des phylactères ou des dialogues, ce qui donne un rythme plus rapide dans la narration.

D’où vient votre intérêt pour les couleurs vives, les motifs et les univers humoristiques ?

Pour les motifs, je pense que ça vient de mon amour des papiers peints et les carrelages anciens. Il y a quelque chose qui me plait dans la symétrique, dans les choses ordonnées, répétées.
Dans les intérieurs bruxellois, on retrouve beaucoup l’art du motif et de la répétition, ça vient probablement de là.

Quand j’était jeune, je voulais devenir architecte. Au final, cette envie venait du besoin de créer des espaces à soi où l’on se sent bien, de créer des lieux pour faire évoluer des vies et je pense que c’est un peu ce qu’il se passe quand je crée des histoires. L’environnement de mes personnages va avoir beaucoup d’importance pour moi.

Concernant les couleurs, je dirais que j’aime autant le noir et blanc que la couleur. J’ai commencé à ajouter des couleurs car je savais que les enfants sont plus attirés par les choses colorées que par le noir et blanc. Et je me suis prise au jeu, maintenant les couleurs font vraiment partie de ma vie, de mon quotidien. Ca rejoint l’idée d’un lieu, de s’entourer de choses qui nous font du bien.

Pour les univers humoristiques, ça fait simplement partie de ma vie. Rire, rester dans la légèreté, c’est plus qu’important, c’est vital.

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Quels illustrateurs ou artistes admirez-vous et qui vous inspirent dans votre travail ?

Il est difficile pour moi de dire quels sont les artistes contemporains qui m’inspirent, car c’est souvent inconscient, et que j’adore rentrer dans l’univers d’autres plasticiens ou illustrateurs. Mais je sais que les livres que l’on me lisait enfant m’ont beaucoup inspirés et influencée.

Je pense aux dessins de Quentin Blake, concentrés sur l’action, le moment où tout bascule, avec des personnage très drôle, expressifs. Aux dessins de Claude Ponti qui fourmillent de détails et de petites histoires périphériques à découvrir lors des nombreuses relectures et enfin aux dessins de Kazuo Iwamura, qui arrive à introduire des ambiances lumineuses incroyables, où l’on peut dire quel moment de la journée, de l’année nous nous trouvons, et à prendre le temps pour profiter des choses simples.

Tibor et le monstre du désordre est traduit à Taïwan. Quel est votre ressenti en voyant ce livre toucher un public international ?

Tibor avait déjà été traduit il y a quelques années en coréen, c’était ma toute première traduction. Mais c’est autre chose de se rendre dans le pays où il est traduit, de rencontrer l’éditrice, rencontrer le public. Ça rend les choses plus concrètes et tout d’un coup ça donne plus de sens. Ce voyage m’a vraiment permis de réaliser cela. Pour moi, c’est comme s’il sortait une deuxième fois, c’est comme si il existait autrement, que c’était presque un nouveau livre. C’est une sensation douce et très agréable !

Pouvez-vous nous raconter l’origine de l’idée de Tibor et le monstre du désordre ?

Je devais avoir 9 ans, mon père rentre dans ma chambre et me dit « Mais…c’est quoi ce capharnaüm ? ». Je trouvais ce mot étrange, compliqué, un peu rigolo, j’ai demandé comment il s’écrivait et je l’ai noté sur ma porte, recouverte de Veleda. C’était le nouveau nom de ma chambre. Plus tard, j’ai réalisé qu’il y avait un jeu de mot à faire entre cafard et homme, voilà comment est né mon monstre du désordre.

Copyright : Noémie Favart

Quel est votre processus de création : de l’idée à la planche finale ?

Je commence par écrire des bribes de textes, souvent une idée part d’une image, d’une phrase ou d’un personnage. J’écris alors un premier jet, sachant que je pourrai le remanier après, l’alléger.

Ensuite je fais un storyboard ou chemin de fer, c’est un découpage, en tout petit qui va m’indiquer où je place les actions, où ira le texte, ce qui se passe au moment de tourner la page. C’est une étape où il faut se poser la question du rythme, des émotions. C’est assez réflectif, il y a plein de possibilités qui vont parfois changer radicalement le ton de l’histoire, et je pense que c’est une de mes étapes préférées. C’est un peu l’essence de l’histoire. Souvent je retravaille le texte à ce moment-là.

Ensuite je fais les dessins au brouillon, souvent sur l’ordi pour avoir plus de manœuvre de changements, faire plein de tests. Quand je suis satisfaite de la mise en page, je fais mon dessin en noir et blanc.

Et la dernière étape, c’est la mise en couleur.

Comment s’est passée votre première participation au Taipei International Book Exhibition (TIBE) ?

C’était une très belle expérience, j’ai adoré l’ambiance, l’équipe du WBI était très professionnelle et très sympathique. Tout était bien organisé, j’ai rencontré un public ravi de découvrir mon univers. Mon éditrice, Fanny Deschamp, a eu beaucoup de rendez-vous professionnels, qui amèneront peut-être à d’autres traductions, qui sait. Pendant la semaine du salon, nous avons également signé avec Reading Times deux autres de mes livres, « Marcel et Odilon » et « Olive et Zélie ».

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée ou surprise lors de votre visite au TIBE, ou plus largement à Taïwan ?

Je savais que Taiwan était densément peuplée, et j’ai été surprise de constater qu’il restait agréable de se balader dans les rues, qu’on n’avait jamais ou très rarement cette sensation parfois d’étouffement que peuvent produire les grandes villes. J’ai aussi remarqué à quel point le respect de l’autre et des règles était important, et ça rendait l’expérience de la ville très agréable. C’est quelque chose qui transparaissait aussi sur le salon.

Avez-vous eu des retours directs de lecteurs, notamment taïwanais, sur votre livre ?

Oui, beaucoup. On a vendu à la fois « Tibor et le monstre du désordre » en chinois, mais aussi pas mal de mes livres en français, grâce à la superbe librairie « Maison Temps Rêves ». Il y a des gens qui sont venus aux rencontres en librairie, et sont retournés au salon pour me voir, j’ai eu des retours de familles ou d’autres lecteurs. C’était très chouette, en si peu de temps, de déjà un peu fidéliser un lectorat.

En tant qu’illustratrice jeunesse, comment avez-vous perçu la place du livre et de la lecture à Taïwan, notamment lors du TIBE ?

J’ai trouvé que la production était très différente graphiquement de celle que l’on trouve en France ou même en Europe. J’ai appris, lors de rencontres avec divers intervenants du livre, que la morale était extrêmement importante dans les livres pour enfants à Taïwan, il fallait qu’il y ait un message à la fin du livre. Or, chez Versant Sud Jeunesse ou dans d’autres maisons d’éditions francophones, ce n’est pas toujours le plus important. Pour moi, c’est le plaisir, l’amusement qui prime sur une belle morale. C’était très intéressant de pouvoir débattre là-dessus.

Copyright : Noémie Favart

Avez-vous des projets en cours ou à venir qui pourraient être traduits ou publiés à l’étranger ?

Techniquement tous mes livres peuvent être traduits à l’étranger. A Taipei on a reçu pas mal d’intérêt pour « Il y a aussi une T.rex, mais ce n’est pas le sujet », un livre écrit par Julie Douine et qui a reçu le prix Ibby, le prix folies d’encre, et fait partie de la sélection des White Ravens 2025. Pour le moment il a été traduit uniquement en allemand.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune illustrateur ou illustratrice qui débute aujourd’hui ?

Mon conseil c’est de garder le cap, car débuter dans le métier ce n’est jamais facile, on passe par de grosses périodes de doutes, de remise en question, ce qui est tout à fait normal. Il faut arriver à garder du plaisir dans ce que l’on fait, donc de s’écouter, et de ne pas vouloir rentrer dans une mouvance de dessin pour plaire, mais plutôt de suivre ses intuitions, de respecter le jeune dessinateur qui sommeille en nous.

Enfin, comment définiriez-vous la mission ou le message qui traverse l’ensemble de vos livres ?

Faire rigoler, donner envie de lire, s’attacher aux personnages, comprendre que les gens sont pleins de défauts, de qualités, et que c’est ce doux mélange qui est intéressant. S’arrêter, prendre le temps de regarder ce qui nous entoure.

Où peut-on suivre votre travail aujourd’hui ? Réseaux sociaux, expositions en cours ou à venir, projets à surveiller… qu’aimeriez-vous partager avec nos lecteurs ?

Vous pouvez me suivre sur Instagram, mais j’ai décidé de ne plus trop m’investir dans les réseaux sociaux. C’est néanmoins le meilleur endroit pour suivre mes actualités. Il y a mon site internet sur lequel vous retrouverez toutes les informations concernant mes livres.

Pourriez-vous partager un ou plusieurs lieux, moments ou impressions découverts à Taïwan lors de votre venue ?

J’ai adoré me balader à Maokong, prendre le téléphérique, déguster un petit oolong et profiter de la quiétude de l’endroit, à seulement quelques minutes du centre-ville agité. Mais comme nous sommes restées peu de temps avec Fanny Deschamp, nous avons surtout fait l’essentiel touristique de Taipei (ce qui nous a déjà ravies !).

Mais pour être honnête, notre façon préférée de visiter Taipei a été culinaire. Chaque chose goutée était un régal des papilles ! La première chose que j’ai faite en rentrant a été de trouver les restaurants taiwanais à Bruxelles. Malheureusement il n’y en a pas beaucoup, mais ce n’est pas grave, ça rendra nos découvertes et ces moments encore plus précieux !

Copyright : Noémie Favart

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À propos de l'auteur

  • Actuellement en échange universitaire à Taipei pour un an, je suis très intéressée par le journalisme et curieuse d’en découvrir toujours plus sur Taïwan. À travers mes articles, je vous propose un regard à la fois sérieux et léger sur des sujets variés liés à cette île.

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