De l’INSA Lyon aux fonderies de semi-conducteurs de Hsinchu, le parcours d’Amaury Chapelle est celui d’un expatrié au long cours guidé par l’audace. Après avoir affiné son expertise chez Infineon en Europe et à Singapour, ce Lyonnais d’origine s’est installé à Taïwan début 2025. Entre les défis de la digitalisation industrielle et une vie de couple rythmée par l’exploration de l’île, Amaury s’investit désormais pour la communauté française. Il nous livre son regard sur l’intégration à Taïwan et ses ambitions pour fédérer les nouveaux arrivants.
Peux-tu te présenter en quelques mots et nous parler de toi ?
Je m’appelle Amaury Chapelle, j’ai grandi à Lyon dans une famille traditionnelle mais tournée vers l’international. J’ai toujours aimé voyager, apprendre les langues étrangères et avoir des amis dans toutes les villes du monde. J’ai fait mes études à l’INSA Lyon en post-bac avec spécialisation Génie Industriel.
Les sujets technologie et management m’ont toujours intéressé avec pour objectif de mener une carrière à l’international. J’ai été sélectionné dans un programme de leadership Européen appelé UNITECH International et c’est cela qui m’a vraiment permis d’avoir mon premier contrat à l’étranger chez Infineon Technologies à Munich, Allemagne.
Qu’est-ce qui t’a amené à Taïwan — c’était un choix, une opportunité professionnelle, ou un peu des deux ?
Après plus de quatre ans passés à Munich, j’ai ressenti le besoin de sortir de ma zone de confort et de mieux comprendre la production de semi-conducteurs en Asie. J’ai proposé à mon équipe une mission à Singapour afin de renforcer les liens avec nos équipes locales et de favoriser les échanges de compétences. Six mois plus tard, le projet était validé.
C’est dans ce contexte que j’ai rencontré plusieurs collègues taïwanais, qui m’ont donné envie de découvrir Taipei. J’y suis venu pour la première fois le 8 mars 2024. Lors de ce séjour, j’ai également repris contact avec une alumni de l’INSA et du programme UNITECH en V.I.E à Taïwan. Ce week-end a marqué le début d’un attachement particulier pour le pays, sa communauté internationale… et Orianne ma compagne.
Mon expérience à Singapour m’a ensuite permis de voyager dans toute la région — Indonésie, Sri Lanka, Vietnam ou encore Malaisie — et a renforcé mon envie de m’expatrier en Asie.
De retour en Allemagne, une opportunité s’est présentée dans un contexte de réduction des coûts, avec l’ouverture d’un poste à Taïwan. Elle m’a permis d’aligner projet professionnel et personnel. Le 25 février 2025, je m’installais à Taïwan avec un contrat local et une ARC de trois ans.



Qu’est-ce que tu aimes le plus dans la vie à Taïwan au quotidien ?
Au quotidien, j’apprécie particulièrement le côté extrêmement civilisé et bienveillant de Taïwan. L’environnement est à la fois paisible et riche, avec toujours quelque chose à découvrir.
J’aime aussi redécouvrir des lieux touristiques en les faisant visiter à mes amis ou à ma famille. À chaque visite, j’en apprends davantage et je porte un regard nouveau sur ces endroits.
Quels sont les défis que tu rencontres au jour le jour en vivant ici ?
Travaillant officiellement à Hsinchu tout en vivant à Taipei, ma compagne et moi faisons face à plusieurs défis logistiques au quotidien : prendre le HSR, le scooter, avoir nos affaires réparties entre deux villes, anticiper la météo et les micro-climats, ou encore la coordination des emplois du temps pour se retrouver avec nos proches.
Cette organisation rend difficile l’installation d’une routine stable. Il est notamment compliqué de maintenir des activités dans la durée et de les ancrer au quotidien.
C’est néanmoins un choix de vie qui nous a permis de rencontrer beaucoup de monde et de nous intégrer à la fois professionnellement et socialement dans deux villes différentes. Mais cela a aussi ses limites : à terme, il faudra probablement définir une priorité et s’y tenir.
Tu as vécu d’autres expatriations avant Taïwan — en quoi cette expérience est-elle différente des précédentes ?
J’ai en effet déjà été expatrié à Munich et à Singapour, mais mon expérience à Taïwan est différente et c’est avant tout un projet à deux avec ma compagne.
A Taiwan, le système et la langue m’ont paru assez compliqués au début. Mais j’ai trouvé l’accompagnement dans les démarches administratives particulièrement efficaces. Il suffit souvent de se rendre au bon endroit pour être guidé étape par étape.
Par exemple, l’ouverture d’un compte bancaire, la visite médicale ou encore l’obtention du permis de conduire se sont déroulées de manière simple et fluide.


Partager une expatriation à deux, loin de vos repères, ce n’est pas toujours simple — comment toi et ta compagne vivez-vous cette aventure au quotidien ?
Ma compagne joue un rôle central dans cette aventure. Elle a grandi dans une famille française en Espagne et a beaucoup voyagé, c’est une vraie “enfant de la troisième culture”, très à l’aise pour construire de nouveaux repères.
Nous profitons à fond de cette expérience. On a déjà fait de super voyages au Japon, aux Philippines et en Australie. Depuis notre arrivée, une vingtaine d’amis et de proches sont venus nous rendre visite à Taïwan. On a acheté des vélos de route, participé à un triathlon et fait pas mal de randonnées.
Côté quotidien, certaines choses comme la cuisine posent parfois problème, surtout quand on n’a pas accès à tous les ingrédients qu’on aimerait ou quand la cuisine est trop rudimentaire pour préparer un plat élaboré. Mais on est vraiment séduits par la variété de ce que Taïwan offre, et on adore la nourriture locale. On repousse souvent nos limites d’organisation pour profiter au maximum de chaque week-end à découvrir de nouvelles choses. Mes proches en France commencent même à se demander si je travaille vraiment !
Peux-tu nous parler de ton travail à Taïwan — dans quel secteur évolues-tu et comment s’est passée ton intégration professionnelle ?
Je travaille chez Infineon Technologies, un leader européen des semi-conducteurs, au sein des opérations de sous-traitance. Nous collaborons avec des fonderies taïwanaises comme TSMC et UMC qui produisent des wafers selon nos spécifications.
Ce modèle, largement développé à Taïwan, permet aux entreprises de produire à moindre coût sans supporter l’investissement industriel des usines. C’est aujourd’hui un pilier clé de l’industrie des semi-conducteurs.
De mon côté, je suis en charge de la digitalisation d’un département d’environ 150 personnes. Mon rôle consiste à développer des automatisations, des outils de reporting et des solutions logicielles pour améliorer la gestion des coûts, des délais et de la qualité, avec un objectif global de gains de productivité.
Mon intégration s’est très bien passée. Mes collègues m’ont laissé le temps de m’adapter, et j’ai rapidement pu créer des ponts entre les équipes à Taïwan et en Allemagne autour d’une feuille de route commune. Ma capacité à proposer des idées et à faire évoluer les pratiques est particulièrement valorisée, dans un contexte où il existe encore un certain retard en matière de digitalisation que nous cherchons à combler.


Quels sont les principaux challenges que tu rencontres professionnellement ici, que ce soit avec la culture d’entreprise locale, la langue ou autre ?
Le principal défi professionnellement c’est d’avoir été parachuté très rapidement de poste en poste et sans jamais faire de pauses. Aujourd’hui, j’ai déjà de grosses responsabilités et aimerait parfois avoir eu l’option de prendre une pause et me concentrer sur l’apprentissage du chinois ou approfondir d’autres connaissances.
Même si les collègues sont vraiment charmants et parlent très bien anglais, mon profil de Wàiguó rén (外國人) est assez atypique et il me manque un alter ego. Avec mon manager, il y a relativement peu de dialogue individuel ou de mentoring au-delà des tâches opérationnelles.
Ici la culture encourage les collaborateurs à rester dans des rôles d’exécution pendant plusieurs années avant d’accéder à des postes de management. Très récemment, j’ai eu la chance d’être sélectionné dans un programme de développement personnel dans mon entreprise, cela devrait m’aider!
Au-delà de ta vie professionnelle, comment t’investis-tu auprès de la communauté des Français expatriés à Taïwan ?
Dès mon arrivée, j’ai été très bien accueilli et je me suis rapidement intégré à la communauté française à Taïwan. Je suis particulièrement proche du réseau V.I.E/V.I.A, dont je suis proche en termes de génération et d’expérience.
Je participe régulièrement à des événements, comme les Science & Bubble Tea ou ceux organisés par l’Association des Français de Taïwan (AFT). J’avais également eu la chance de rencontrer Juliette Kudlikowski avant mon arrivée, et nous avons souhaité nous engager ensemble au service de la communauté.
Dans cette dynamique, nous avons rejoint une liste pour les élections consulaires de mai 2026, portée par Catherine Chinchiroca, aux côtés notamment de Grégory Defraize basés en Corée du Sud. J’aimerai à terme aider à renforcer l’accueil des nouveaux arrivants et de fédérer davantage la communauté.


Selon toi, quels sont les défis spécifiques que rencontrent les jeunes expatriés qui s’installent à Taïwan, par rapport à d’autres profils ?
La langue constitue sans doute le principal défi. L’apprentissage du mandarin demande du temps, et après quelques mois, on atteint généralement un niveau qui permet surtout de gérer le quotidien.
Sur le plan professionnel, cela peut rapidement devenir un frein : il est difficile, voire impossible, de postuler à certaines offres en chinois sans un bon niveau. Par ailleurs, pour les profils techniques amenés à travailler dans les zones industrielles ou plus rurales, le fait d’être véhiculé est souvent un critère implicite mais déterminant pour les employeurs.
Finalement, une question clé n’est pas seulement « quel est votre niveau de mandarin ? », mais aussi « comment êtes-vous venu à cet entretien ? », ce qui reflète bien certaines réalités locales.
Est-ce que les jeunes expatriés français te semblent suffisamment accompagnés et connectés entre eux à Taïwan ?
Je pense qu’il reste encore beaucoup à faire pour que les jeunes expatriés se sentent pleinement accompagnés dans leur projet. Taïwan attire aujourd’hui beaucoup d’attention, parfois accompagnée de désinformation, ce qui rend l’accès à une information fiable d’autant plus important.
Il existe pourtant une communauté de Français installés de longue date, capable d’aider efficacement les nouveaux arrivants. Mais au-delà de la communauté française, une dimension essentielle pour travailler à Taïwan reste le réseau local, ou Guānxì (關係). Ces relations peuvent ouvrir de nombreuses opportunités, souvent de manière informelle et inattendue.
Dans l’ensemble, je remarque de grosses différences entre Taïwan et ses voisins asiatiques en ce qui concerne l’intégration des Français et l’animation de la communauté. Je pense que le fait de ne pas avoir d’ambassade officielle et les relations limitées avec les institutions expliquent en grande partie cette situation.
Que faudrait-il mettre en place concrètement pour améliorer l’accueil et l’intégration des nouveaux expatriés français à Taïwan ?
Aujourd’hui, il n’existe pas vraiment de parcours d’accueil structuré permettant de répondre simplement aux questions des nouveaux arrivants. C’est d’autant plus dommage que Taïwan dispose de systèmes administratifs relativement clairs et homogènes d’une ville à l’autre.
L’enjeu serait d’abord de mieux connecter les individus et de centraliser l’information. La mise en place d’une structure dédiée à l’accueil pourrait compléter les initiatives existantes et s’appuyer sur les réseaux déjà actifs, comme l’Association des Français de Taiwan, le Bureau Français de Taipei ou la Chambre de commerce.

Si tu pouvais changer une chose pour rendre l’expatriation à Taïwan plus facile pour les Français qui arrivent, ce serait laquelle ?
J’aimerais être à l’initiative d’une plateforme sociale, sécurisée et collaborative, dédiée à la communauté française à Taïwan.
En échangeant avec d’autres expatriés, j’ai réalisé qu’il manquait un outil réellement efficace pour organiser des rencontres, partager des informations fiables et créer du lien. Les groupes Facebook ou LINE montrent vite leurs limites, notamment en raison du mélange des profils (expatriés, touristes, locaux) et du manque de structure.
L’idée serait de créer un espace organisé, avec des discussions thématiques, des ressources partagées (type wiki), un annuaire de bonnes adresses, et des profils complets permettant de mieux se connaître. Cela faciliterait les mises en relation par centres d’intérêt, tout en réduisant le sentiment d’isolement, notamment entre les différentes régions de Taïwan.
J’aimerais être à l’initiative d’une plateforme sociale, sécurisée et collaborative, dédiée à la communauté française à Taïwan
Amaury
Pour finir, quels sont tes 3 lieux à Taïwan que tu peux nous partager hors des sentiers touristiques connus ?
- Le sentier des arbres géants de Smangus, une immersion unique au cœur de forêts millénaires
- Taipingshan, pour ses paysages de montagne et ses sources thermales
- Le “Tree of Life”, entre Tainan et Chiayi, à découvrir idéalement à vélo pour profiter pleinement des environs

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