Crise du Kérosène : 20 000 vols supprimés en Europe, 53 par semaine à Taïwan

53 vols annulés par semaine à et vers Taïwan : China Airlines, EVA Air et Starlux ajustent leurs programmes à cause du prix du kérosène

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Le transport aérien mondial traverse sa pire crise de carburant depuis des décennies. Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran fin février 2026 et la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz, le prix du kérosène a doublé — voire triplé sur certains marchés. En Europe, les grandes compagnies suppriment des milliers de vols. En Asie, le choc est plus silencieux mais tout aussi réel. Taïwan (台灣) n’échappe pas à la règle. China Airlines (中華航空), EVA Air (長榮航空), Starlux Airlines (星宇航空), Mandarin Airlines (華信航空) et Tigerair (台灣虎航) se retrouvent toutes, à des degrés divers, face à une équation financière brutale. Pour les voyageurs qui planifient un départ depuis ou vers Taipei (台北) cet été, la situation mérite attention.

Lufthansa supprime 20 000 vols, et c’est seulement le début

Le 21 avril 2026, Lufthansa a annoncé la suppression de 20 000 vols court-courriers entre maintenant et octobre. L’objectif : économiser 40 000 tonnes de kérosène, dont le coût a plus que doublé depuis le début du conflit en Iran. Les premières annulations ont commencé dès le lendemain avec 120 suppressions quotidiennes, visant notamment des liaisons depuis Francfort vers la Pologne et la Norvège. La compagnie a également décidé de retirer de sa flotte 27 appareils Canadair CRJ exploités par sa filiale déficitaire Lufthansa CityLine, dont la rentabilité est devenue impossible dans ce contexte. Il faut savoir que près de 50% du kérosène utilisé par les compagnies aériennes européennes provient d’Arabie Saoudite et passe par le détroit d’Ormuz.

Ce mouvement touche l’ensemble du groupe : Swiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines et ITA Airways suspendent toutes leurs liaisons vers Tel Aviv et Dubaï au moins jusqu’au 31 mai, avec une prolongation possible jusqu’en octobre pour d’autres destinations du Moyen-Orient. La consolidation s’effectue sur les six hubs du groupe — Francfort, Munich, Zurich, Vienne, Bruxelles, Rome — avec un nouvel horaire attendu fin avril ou début mai. Les passagers concernés ont été informés à l’avance et se voient proposer remboursement ou report. L’effet sur les voyageurs partant de ces hubs vers l’Asie reste à évaluer, mais les connexions avec Taïwan via ces plateformes pourraient se raréfier.

Lufthansa est loin d’être isolée. SAS Scandinavian Airlines a annulé environ 1 000 vols en avril, soit une perturbation équivalente à plus d’une journée entière d’opérations. KLM a supprimé 160 vols aller-retour depuis Amsterdam Schiphol en mai — moins de 1% de ses vols européens sur la période, mais un signal clair. La compagnie néerlandaise a ajouté une surcharge carburant de 100 euros sur les billets long-courriers en classe économique, dont les liaisons vers l’Asie. Transavia France, sa filiale low-cost, annule pour sa part moins de 2% de son programme mai-juin, avec des options de report dans les 24 heures. Plus inquiétant encore : Turkish Airlines a suspendu 18 liaisons et réduit les fréquences sur son réseau mondial, avec des impacts sur ses routes européennes, africaines et asiatiques.

Les compagnies taïwanaises sous pression, mais toujours debout

Du côté de Taïwan, la situation est différente mais la pression est bien réelle. China Airlines (中華航空) et EVA Air (長榮航空) ont toutes deux relevé leurs surcharges carburant au cours du mois d’avril. Selon les données de l’Administration de l’aviation civile (民用航空局), le prix du kérosène pour les vols internationaux a atteint 41 NTD le litre (environ 1,11 €) au 1er avril, soit une hausse de 122% par rapport aux niveaux d’avant-guerre. Pour les vols domestiques, il grimpe à 44,2 NTD le litre.

Conséquence directe : les trois principaux transporteurs de l’île — China Airlines, EVA Air et Starlux Airlines — ont adapté leurs surcharges. Pour un vol long-courrier au départ de Taïwan vers les États-Unis, Starlux facture désormais 117 USD de surcharge par tronçon (environ 4 329 NTD). Les vols régionaux courte-distance en Asie affichent une surcharge de 45 USD (environ 1 665 NTD). Les compagnies reconnaissent absorber une partie importante du surcoût : EVA Air couvre elle-même jusqu’à 85% du différentiel sur ses vols long-courriers après déduction des surcharges. China Airlines absorbe 73% du coût additionnel sur les mêmes routes.

Le ministère des Transports a précisé que l’approvisionnement en kérosène chez CPC Corp (台灣中油) et Formosa Petrochemical Corp (台塑石化) restait normal à ce stade. Mais certains aéroports régionaux d’Asie du Sud-Est — au Myanmar, au Vietnam et aux Philippines notamment — commencent à imposer des restrictions de ravitaillement, ce qui pourrait compliquer les opérations sur ces routes. Tigerair Taiwan (台灣虎航) et Mandarin Airlines (華信航空), qui opèrent surtout sur des liaisons régionales et domestiques, sont en première ligne face à ces restrictions de ravitaillement dans les aéroports de transit.

Starlux réduit l’Asie du Sud-Est en mai, EVA maintient le cap transpacifique

Starlux Airlines (星宇航空) a commencé à publier discrètement ses ajustements de programme pour mai 2026. Les réductions portent quasi exclusivement sur les liaisons régionales vers l’Asie du Sud-Est : la fréquence vers Bangkok passe d’une à deux rotations quotidiennes avec de nombreuses dates annulées — notamment les 7, 8, 12, 16 et 21 au 23 mai. La liaison vers Ho Chi Minh-Ville voit sa capacité réduite de 14 à 8 vols hebdomadaires entre le 7 et le 20 mai. Jakarta (Jakarta) ne sera desservie qu’à raison de 2 à 3 vols hebdomadaires au lieu de 5. Singapour (新加坡) perd plusieurs rotations en milieu de mois. Au total, le ministère des Transports taïwanais estimait mi-avril que les compagnies de l’île pourraient annuler jusqu’à 53 vols par semaine en mai toutes compagnies confondues.

EVA Air (長榮航空), de son côté, maintient son programme long-courrier vers les États-Unis intact pour l’instant — une priorité stratégique, compte tenu de sa position dominante sur le marché Taipei-Amérique du Nord. La compagnie dessert actuellement 9 villes américaines en direct depuis l’aéroport international de Taoyuan (台灣桃園國際機場), dont Chicago, Los Angeles, New York et San Francisco. Mais EVA absorbe des coûts colossaux : le surcoût de carburant par passager sur ses vols long-courriers a bondi à 774 USD (environ 28 638 NTD), contre 249 USD en janvier. La compagnie couvre 85% de ce différentiel de sa poche.

China Airlines (中華航空), qui déploie ses Boeing 777 et ses nouveaux A350 sur ses routes intercontinentales, maintient elle aussi ses grandes lignes. Elle a en revanche vu ses coûts additionnels atteindre 168 USD par passager sur les vols longs-courriers, en absorbant 73% du surcoût. Sur les courts-courriers, ce montant tombe à 36 USD, pour un coût absorbé de 52%. Ces chiffres illustrent un déséquilibre structurel qui pèse sur les marges et pourrait conduire à de nouvelles annulations si la crise dure.

Tigerair et Mandarin, deux filiales de China Airlines face à la même tempête

Tigerair Taiwan (台灣虎航) a déjà supprimé 100 vols depuis janvier, bien avant que la crise ne s’emballe pleinement. La présidente de la compagnie, Joyce Huang (黃世惠), a assumé publiquement ce choix dés début avril : il s’agissait de maintenir le taux de remplissage au-dessus de 90% tout en réduisant la facture carburant. Sur ces suppressions, 80% ciblaient les destinations les plus éloignées — Hokkaido et d’autres liaisons vers le nord-est asiatique — jugées non rentables dans ce contexte.

La stratégie de Tigerair est différente de celle de ses concurrents : la compagnie ne pratique pas de surcharge carburant, contrairement à China Airlines, EVA Air ou Starlux. Elle absorbe la hausse directement dans ses prix de billets, via un ajustement dynamique à la hausse. Concrètement, un passager voyageant sur les routes restantes — majoritairement le Japon (Tokyo, Osaka, Fukuoka, Okinawa, Sapporo) et la Corée du Sud — paiera un billet plus cher, sans ligne distincte intitulée « surcharge ». La flotte de Tigerair dessert actuellement 26 destinations depuis l’aéroport international de Taoyuan, avec les routes vers Tokyo, Osaka et Okinawa comme piliers principaux de son programme. Ce sont précisément ces liaisons à fort taux de remplissage que la compagnie protège en priorité.

Mandarin Airlines (華信航空), filiale elle aussi de China Airlines (中華航空), joue dans une autre catégorie. La compagnie opère 9 destinations domestiques et 5 destinations internationales dans 4 pays au mois d’avril 2026. Son cœur de métier : les lignes intérieures taïwanaises — Penghu (澎湖), Kinmen (金門), Matsu (馬祖), Hualien (花蓮), Taitung (台東) — et quelques routes régionales vers la Chine continentale depuis Taichung (台中) et Kaohsiung (高雄). La compagnie a publié le 2 avril 2026 une note officielle précisant les nouvelles conditions de surcharge carburant sur ses liaisons internationales, suivant en cela le mouvement de l’ensemble du groupe China Airlines. Sur les vols domestiques, c’est surtout le prix du kérosène fourni par CPC Corp (台灣中油) qui détermine le niveau des coûts, et l’approvisionnement restait normal à ce stade selon le ministère des Transports. Mais pour l’instant la compagnie n’a pas annoncé d’annulation de vol. Elle a même ajouté des vols vers les îles périphériques pour le Festival des Bateaux-Dragons.

Ce que ces deux compagnies ont en commun : une exposition directe à la volatilité des prix sur leurs routes régionales, et une capacité limitée à absorber les surcoûts sur des billets vendus à bas prix. Tigerair mise sur le volume et la densité des routes Japon-Taïwan pour traverser la crise. Mandarin, elle, peut s’appuyer sur la solidité structurelle de ses lignes vers les îles — des liaisons captives où il n’existe pas d’alternative terrestre — pour maintenir ses opérations.

Une crise mondiale qui rebat les cartes du trafic en Asie

Le contexte régional aggrave la situation pour les compagnies asiatiques. Vietnam Airlines a suspendu une vingtaine de vols intérieurs par semaine dès avril, invoquant des contraintes de carburant. Les aéroports de plusieurs pays d’Asie du Sud-Est rationalisent leurs approvisionnements. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitait habituellement 20% du kérosène mondial, affecte l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement jusqu’en Asie orientale.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a averti mi-avril que l’Europe ne disposerait plus que de six semaines de réserves si les approvisionnements restaient bloqués. L’alerte est sévère pour le Vieux Continent, mais elle produit des effets en cascade : les compagnies européennes qui réduisent leurs programmes libèrent moins de correspondances vers l’Asie, ce qui réduit mécaniquement les flux de passagers en transit via les hubs du Golfe ou d’Europe vers Taipei et les autres destinations taïwanaises.

Ryanair résiste pour l’instant — son modèle low-cost avait anticipé des couvertures carburant plus robustes — mais son patron Michael O’Leary reconnaît que les passagers hésitent à réserver, ce qui pèse sur les taux de remplissage. Les compagnies asiatiques qui dépendent du tourisme entrant européen — dont Taïwan — risquent de voir leurs avions moins remplis cet été, même sur les liaisons maintenues.

La saison estivale 2026 promet d’être chère et incertaine pour quiconque voyage entre l’Europe et l’Asie. Les billets d’avion coûtent déjà 20 à 40% de plus qu’à la même période en 2025. Les annulations restent possibles jusqu’au dernier moment. Si vous avez un vol réservé depuis ou vers Taïwan pour les prochains mois, le conseil est simple : vérifiez les conditions de remboursement de votre compagnie, et évitez d’annuler vous-même — en cas d’annulation à l’initiative de la compagnie, vous conservez vos droits à remboursement intégral.

L’essentiel à retenir

  • ✈️ Lufthansa supprime 20 000 vols court-courriers jusqu’en octobre pour économiser 40 000 tonnes de kérosène, dont le prix a doublé depuis la guerre en Iran
  • 🇹🇼 Les compagnies taïwanaises China Airlines, EVA Air et Starlux ont toutes augmenté leurs surcharges carburant, avec des hausses pouvant dépasser 117 USD par tronçon long-courrier
  • ✂️ Starlux Airlines réduit ses vols vers Bangkok, Ho Chi Minh-Ville, Jakarta et Singapour en mai ; jusqu’à 53 vols hebdomadaires pourraient être annulés à Taïwan
  • 🌍 SAS, KLM, Turkish Airlines, Transavia et Air New Zealand font partie des compagnies ayant déjà annulé des milliers de vols ; les billets 2026 coûtent 20 à 40% plus cher qu’en 2025
  • ⚠️ En cas d’annulation par votre compagnie, ne résiliez pas vous-même : vous conservez ainsi vos droits à remboursement intégral et aux indemnisations légales

Que vous voliez en direct depuis Taoyuan (桃園) ou via un hub comme Tokyo, Bangkok ou Amsterdam, consultez le site de votre compagnie avant de vous rendre à l’aéroport : annulations et décalages horaires se multiplient sans préavis depuis le début de la crise.

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