Rencontre avec Christopher Boyd : quand le dessin devient un langage universel

Rencontre avec Christopher Boyd, auteur et artiste, dont le parcours artistique et humain se tisse entre bande dessinée, dyslexie et Taïwan.
Copyright : Christopher Boyd

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Insidetaiwan.net a eu le privilège d’échanger avec Christopher Boyd le 2 février 2026. Dessinateur, scénariste et enseignant, Christopher a découvert Taïwan par hasard lors d’un périple en Asie. De ses cours de dessin dans les écoles isolées de la côte Est à ses résidences artistiques à Kaohsiung, il nous raconte comment son crayon est devenu son meilleur interprète.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Je suis Christopher Boyd, dessinateur et scénariste de bande dessinée. En plus de ma casquette d’auteur, je donne des cours de dessin. En 2023, j’ai publié un ouvrage intitulé « Moi dyslexique », qui aborde mon propre parcours avec les troubles de l’apprentissage.

J’ai aussi eu l’opportunité de participer à un documentaire sur France 3, « Non conforme », qui traite également de la dyslexie et de la dyspraxie. Mon travail consiste souvent à mettre en images les handicaps invisibles pour les écoles et les associations. À côté de cela, je développe de nombreux projets avec Taïwan, une île qui me fascine depuis presque 10 ans.

Sur quel projet travailles-tu actuellement en lien avec l’île ?

Je consacre mon énergie à ma prochaine bande dessinée, « Le Journal de Taïwan ». C’est un projet hybride, entre le documentaire, l’autobiographie et le récit de voyage. J’y raconte mes aventures, mais je dresse aussi le portrait des habitants locaux sous différentes facettes.

Ce n’est pas un livre écrit pour les Taïwanais, mais plutôt pour les Européens qui ne connaissent pas encore la complexité de cette île. J’y explore la vie des populations autochtones sur la côte Est, mais aussi la culture majoritaire Han et les enjeux géopolitiques actuels.

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Qu’est-ce qui t’a poussé, dès le plus jeune âge, à devenir auteur de BD ?

J’ai toujours été fasciné par le pouvoir des histoires. Pour moi, la fiction permet de transporter les gens dans d’autres mondes, de les toucher profondément. C’est un outil incroyable. Dès l’âge de 6 ans, j’avais déjà décidé que je ferais des bandes dessinées.

J’en ai dessiné sans relâche pendant tout mon parcours scolaire, du primaire au lycée. Au début, c’était un jardin secret, mais dès le lycée, j’ai commencé l’auto-édition et j’ai fait mes premiers festivals. Je n’ai jamais vraiment quitté ce monde-là.

Quelle a été ta toute première connexion avec l’Asie ?

Tout a commencé avec ma marraine qui habitait à Pékin. C’était mon premier lien concret avec l’Asie. Elle m’envoyait des colis remplis de cerfs-volants, de monnaies anciennes ou de masques traditionnels. Pour l’enfant que j’étais, ces objets venaient d’une autre planète.

En 2016, durant mes études, j’ai pu faire un échange en Chine. Visuellement, j’ai été chamboulé par les caractères chinois, que je percevais comme des dessins. Mais l’ambiance de la Chine continentale m’a épuisé ; je trouvais ça trop peuplé et parfois un peu austère. Cela m’a toutefois donné envie de découvrir le reste de l’Asie.

Copyright : Christopher Boyd

Comment t’es-tu retrouvé à Taïwan pour la première fois en 2017 ?

Après avoir voyagé dans plusieurs pays d’Asie pendant trois mois, je commençais à m’ennuyer. Voyager sans connecter avec les gens est épuisant et finit par manquer de sens.

J’étais à Hong Kong et je cherchais ma prochaine destination. Tous les Hongkongais que je croisais me disaient : « Il faut que tu ailles à Taïwan ». Comme Hong Kong était trop cher pour mon budget de l’époque, j’ai pris un billet pour Taichung.

Peux-tu nous parler de ton expérience de volontariat dans les écoles ?

À l’époque, je voyageais avec un budget très serré, environ 10 euros par jour. J’ai découvert une plateforme géniale, « Couchsurfers in Class », qui permettait aux étrangers de dormir dans des écoles rurales en échange de partages culturels avec les élèves.

Je suis devenu l’étranger qui a visité le plus d’écoles à Taïwan ! Je me rendais dans des zones reculées, à la campagne, là où les enfants n’ont aucune connexion avec le monde extérieur. C’était une immersion totale dans la vie locale.

Copyright : Christopher Boyd

Comment arrivais-tu à communiquer avec ces enfants sans parler mandarin ?

C’était un défi fascinant. Souvent, il n’y avait pas de traducteur disponible. J’utilisais donc le dessin sur le tableau noir de la classe pour m’exprimer. Le dessin devenait notre langage universel. On communiquait par le trait, par les formes.

C’est là que j’ai compris que mon métier de dessinateur était un véritable outil de communication sociale, capable de briser toutes les barrières linguistiques, même dans les villages les plus isolés de la côte Est.

Tu as également dû faire du stop et vendre des portraits pour survivre, n’est-ce pas ?

Oui ! Lors de mon tour de l’île, j’ai eu un souci technique : ma carte bancaire s’est bloquée. Pour continuer à avancer, j’ai fait tout le tour de l’île en stop. Comme je n’avais plus d’argent, je mangeais à l’école le midi et je vendais des portraits sur les marchés de nuit, notamment à Taitung.

J’étais bloqué là-bas jusqu’à ce que j’aie assez d’argent pour payer mon bateau vers Orchid Island. Je ne voulais surtout pas « rusher » mon expérience en allant régler mes problèmes bancaires à Taipei.

Copyright : Christopher Boyd

Pourquoi Orchid Island (Lanyu) t’a-t-elle tant marqué ?

C’est un endroit que je conseille à tout le monde car il ne ressemble en rien au reste de Taïwan. La culture majoritaire y est autochtone. Les traditions, les coutumes, même la langue sont différentes.

Certaines personnes ne parlaient même pas mandarin, ce qui a beaucoup perturbé mon amie taïwanaise qui m’accompagnait ! C’est une île sauvage, mystérieuse, presque hors du temps.

C’est là-bas que tu as contracté une maladie très rare. Que s’est-il passé ?

Une bête m’a piqué sans que je m’en aperçoive. C’était le scrub typhus, une maladie grave qui touche environ 20 personnes par an. Dix jours plus tard, de retour sur l’île principale, je me suis retrouvé avec 42 de fièvre et des boutons sur tout le corps.

J’ai été hospitalisé d’urgence à Yilan. Sans traitement, ce virus peut être mortel. J’ai passé deux semaines à l’hôpital, soutenu par les amis profs rencontrés lors de mon volontariat. C’était une expérience étrange, mais qui m’a montré l’incroyable solidarité des Taïwanais.

Copyright : Christopher Boyd

Pourquoi as-tu attendu 5 ans avant de revenir sur l’île ?

En rentrant en France, j’étais obsédé par l’idée de revenir, mais je n’avais pas d’argent. J’ai commencé à travailler sur mes BD et, au moment où mes finances allaient mieux, le Covid a tout bloqué.

Mais je n’ai pas perdu mon temps : pendant ces cinq ans, j’ai étudié le mandarin tous les jours, 20 à 30 minutes. Je voulais absolument être capable de parler avec les gens qui m’avaient aidé lors de mon premier voyage.

Quand as-tu enfin pu retourner à Taïwan après toutes ces années ?

Je suis revenu avec un visa business en 2022. J’ai trouvé une école là-bas avec qui j’ai pu signer un contrat de consultant, ce qui m’a permis d’entrer légalement alors que le tourisme était encore interdit.

J’étais l’un des seuls étrangers sur l’île à ce moment-là. Pouvoir enfin communiquer en mandarin avec mes anciens amis après 5 ans d’absence, c’était une émotion indescriptible.

Quel est ton mode de vie actuel à Taïwan ?

Aujourd’hui, je suis en PVT (Permis Vacances Travail). Je fais des allers-retours entre la France et Taïwan car il est très difficile de vivre uniquement de l’art sur l’île.

C’est un marché encore plus compétitif et différent de la France. Je profite de ce visa pour mener à bien mes projets créatifs et mes résidences artistiques, tout en gardant une activité en Europe.

Copyright : Christopher Boyd

Qu’est-ce qui différencie le système éducatif taïwanais du français selon toi ?

Le système taïwanais est très rigide. On ne pousse pas vraiment les enfants à donner leur opinion ou à développer leur propre pensée critique. Mon but, quand je donne des ateliers là-bas, c’est de les sortir de ce cadre.

Je veux leur donner de la créativité, les pousser à avoir leurs propres idées. C’est gratifiant de voir un enfant s’autoriser enfin à imaginer quelque chose par lui-même, en dehors des sentiers battus de l’école.

En tant que dessinateur, quelle étape de création préfères-tu ?

J’aime bien le Storyboard, c’est un moment où tout est possible et j’adore cet état de concentration, d’être dans ma bulle.

J’aime aussi énormément l’encrage, repasser les traits à l’encre noire, c’est une étape très détendue et méditative.

Par contre, il faut avoir conscience que faire une BD est un processus extrêmement long qui prend « des siècles ». Il faut une vraie persévérance.

Exposition Pier 2, Kaohsiung – Copyright : Christopher Boyd

Comment ta dyslexie influence-t-elle ton processus créatif ?

Je pense directement en images. Les cases et le découpage me viennent naturellement à l’esprit, ce qui est un avantage pour la BD. Par contre, pour les textes, c’est une autre histoire ! Je suis assez mauvais, je dois souvent demander à des gens de reformuler mes phrases.

Mais au final, mes troubles « dys » ont limité mes choix de carrière et m’ont forcé à mettre toute mon énergie dans le dessin. C’est une forme de force aujourd’hui.

Quelles sont tes influences majeures dans le monde de la bande dessinée ?

La BD « Blankets » de Craig Thompson a été une révélation. Elle m’a montré qu’on pouvait raconter des choses très profondes et intimes sur 700 pages. J’ai aussi été beaucoup influencé par les mangas pour le rythme des pages et par des classiques français comme « Philémon » de Fred, qui s’amusait à sortir des cases.

C’est ce mélange de cultures qui a forgé mon style. Aujourd’hui, je lis tellement que mes influences changent tout le temps. J’emprunte souvent dix BD par semaine à la bibliothèque. Je lis aussi des webtoons.

Exposition Penghu – Copyright : Christopher Boyd

Que penses-tu de la scène actuelle de la BD taïwanaise ?

Elle progresse énormément ! Il y a dix ans, il était difficile de trouver des auteurs locaux mis en avant. Aujourd’hui, avec des lieux comme le Comic Base à Taipei ou le Musée de la BD à Taichung, il y a une vraie reconnaissance.

J’ai rencontré des auteurs formidables à Angoulême, où Taïwan a désormais une belle visibilité. C’est une scène encore niche et underground, mais très dynamique.

As-tu des projets en dehors de Taïwan ?

Oui, j’ai un projet avec un éditeur à Singapour pour une série de livres pour enfants porteurs de handicap. C’est un sujet qui me tient à cœur. J’espère aussi pouvoir faire traduire ma BD « Moi dyslexique » dans d’autres langues pour toucher un public plus large en Asie.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune dessinateur qui veut se lancer ?

Il ne faut pas chercher à tout prix à plaire à un public ou à se mettre une pression de résultat. Si on voit la BD uniquement comme un travail, on perd le plaisir.

Mon conseil : créez et partagez. N’attendez pas que ce soit parfait. Utilisez les outils en ligne comme Webtoon ou imprimez vos propres fanzines. Si vous êtes authentiques dans vos pensées, vous finirez par toucher les gens.

Copyright : Christopher Boyd

Pour finir, quels sont tes 3 lieux préférés en dehors des sites touristiques ?

J’ai beaucoup réfléchi à cette question car j’aime absolument tout à Taïwan. Mais pour donner vraiment envie de s’évader, voici mes trois pépites :

L’archipel de Penghu : une aventure à la « One Piece ». J’y ai fait une résidence artistique et j’ai été marqué par la gentillesse des gens. C’est un archipel de 90 îles où l’on se sent comme un explorateur. Je conseille particulièrement l’île de Wang’an, où il n’y a presque pas de touristes. On y trouve des tortues et l’un des plus vieux villages de Taïwan. Mais le joyau, c’est le parc national de Dongyuping. C’est une mini-île avec seulement 30 habitants. Là-bas, vous n’avez qu’à mettre la tête sous l’eau pour voir des coraux violets fluorescents. C’est un spectacle irréel, d’une beauté sauvage absolue.

Orchid Island (Lanyu) : l’île mystique et sauvage, si vous cherchez un dépaysement total, c’est là qu’il faut aller. Lanyu ressemble à une version mystérieuse de Hawaii. C’est une terre de traditions où la culture autochtone Yami (Tao) est omniprésente. Les paysages sont d’une force brute, les montagnes tombent dans une mer d’un bleu profond. C’est un endroit qui a une âme, loin de la modernité frénétique de la côte ouest. C’est le Taïwan d’avant les Hommes, une île paradisiaque où le temps semble s’être arrêté.

Chiayi : la capitale secrète des cafés Souvent oubliée au profit de Tainan, Chiayi est pourtant une ville incroyable et totalement sous-cotée. C’est, selon moi, la véritable capitale des cafés à Taïwan. Si vous aimez flâner dans des ruelles chargées d’histoire et découvrir des petits établissements de spécialité nichés dans de vieilles maisons, Chiayi est votre paradis. C’est une ville à taille humaine, très piétonne, où l’on ressent toute la douceur de vivre taïwanaise sans la foule.

En savoir plus sur Christopher

Pour suivre le travail de Christopher et l’avancement de sa prochaine BD sur Taïwan :

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À propos de l'auteur

  • Actuellement en échange universitaire à Taipei pour un an, je suis très intéressée par le journalisme et curieuse d’en découvrir toujours plus sur Taïwan. À travers mes articles, je vous propose un regard à la fois sérieux et léger sur des sujets variés liés à cette île.

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