Il y a des pays où le petit-déjeuner se résume à une tartine et un café avalé debout. Taïwan n’est pas de ceux-là. Dès 5 heures du matin, les boutiques de breakfast ouvrent leurs volets, les plaques chauffent et les files se forment — des lycéens aux cols blancs en passant par les retraités qui commandent toujours la même chose depuis vingt ans. Au cœur de ce rituel, quatre galettes règnent : le dànbǐng, le jiǎnbǐng, le xian bing et le cōng yóu bǐng. On les croise partout, on les mange vite, mais peu de voyageurs savent les distinguer. Voici un petit guide explicatif pour tout comprendre !
Le dànbǐng, la galette aux œufs
Le dànbǐng (蛋餅) est né d’une contrainte. Quand les soldats nationalistes arrivent à Taïwan en 1949 avec leurs habitudes du nord de la Chine, ils amènent avec eux le cōng yóu bǐng, une galette pétrie dans de la pâte. Problème : travailler une pâte demande du temps, de la farine et du savoir-faire. Les Taïwanais ont donc inventé une version plus rapide : une pâte liquide, plus proche de la crêpe, à laquelle ils ajoutent de la fécule de patate douce pour retrouver ce moelleux élastique que les locaux appellent Q — une texture entre la mochi et la crêpe bretonne. En 1994, les premières feuilles de dànbǐng surgelées industrielles apparaissent sur le marché. La galette est désormais partout. Au nord de l’île, elle est croustillante et cuite sur feu vif. Au sud, elle reste plus douce, avec une touche sucrée dans la sauce.
La garniture classique ? Un œuf, un peu de jambon, parfois du fromage fondu. Servi découpé en tronçons avec de la sauce soja épaisse (jiàng yóu gāo, 醬油膏) sucrée-salée et un grand verre de lait de soja chaud — moins de 40 NTD (environ 1,10 €) dans n’importe quel breakfast shop de quartier.
La recette pour 2 galettes
La pâte :
- 60 g de farine de blé
- 20 g de fécule de patate douce (ou de tapioca)
- 180 ml d’eau froide
- 2 oignons verts ciselés finement
- 1 pincée de sel
La garniture :
- 2 œufs
- 2 tranches de jambon ou de fromage fondu
- Sauce soja épaisse sucrée pour servir
Les étapes de la recette
- Mélangez la farine, la fécule, le sel et l’eau jusqu’à obtenir une pâte très liquide, sans grumeaux.
- Incorporez les oignons verts.
- Laissez reposer 20 minutes.
- Chauffez une poêle antiadhésive à feu moyen avec un filet d’huile neutre.
- Versez la moitié de la pâte et étalez-la en cercle fin — comptez environ 5 minutes jusqu’à ce que les bords se décollent.
- Cassez un œuf battu directement sur la galette encore crue sur le dessus, soulevez légèrement un bord et glissez la galette crue sur l’œuf.
- Appuyez doucement. Laissez cuire 2 minutes.
- Ajoutez jambon et/ou fromage, roulez la galette sur elle-même, découpez en tronçons.
- Servez immédiatement avec la sauce soja épaisse.
💡 Le truc : ne faites pas cuire à feu trop fort — le secret du Q, cette texture élastique, c’est une cuisson douce et lente.

Le jiǎnbǐng, la crêpe du nord de la Chine
Le jiǎnbǐng (煎餅) est la plus ancienne de ces recettes et la moins taïwanaise des quatre. Il vient directement du Shandong, province côtière du nord-est de la Chine, où il existe depuis au moins plusieurs siècles. La recette originale est minimaliste : une pâte à base de farine de millet ou de sorgho, étalée à la louche sur une plaque ronde en fonte, garnie d’un œuf et d’une sauce de soja fermentée, puis repliée autour d’un bâton de pâte frite croustillant. La version que l’on trouve à Taïwan a évolué : la pâte est souvent faite de farine de blé ou de farine de mung (lǜdòu, 綠豆), plus digeste, et les garnitures se sont adaptées aux goûts locaux — coriandre fraîche, sauce hoisin, tofu frit, cébette. Le jiǎnbǐng reste moins courant que le dànbǐng à Taïwan, mais il a ses adeptes fidèles, notamment dans les marchés matinaux des quartiers à forte présence de familles venues du continent.
Ce qui le distingue immédiatement : on le mange replié sur lui-même comme une enveloppe, pas roulé ni découpé. Et son profil aromatique est plus fumé, plus corsé, porté par la sauce fermentée et la coriandre.
La recette pour 2 galettes
La pâte :
- 80 g de farine de mung (ou farine de blé ordinaire si introuvable)
- 200 ml d’eau
- 1 œuf par galette
- 1 pincée de sel
La garniture :
- 2 bâtons de pâte frite (yóutiáo, 油條 — disponibles surgelés dans les épiceries asiatiques)
- Sauce hoisin
- Sauce piment
- Coriandre fraîche
- Oignons verts ciselés
- Tofu frit finement coupé (optionnel)
Les étapes de la recette
- Délayez la farine dans l’eau pour obtenir une pâte très fluide.
- Chauffez une grande poêle plate (ou une crêpière) à feu moyen-doux avec très peu d’huile.
- Versez une louche de pâte et étalez rapidement en cercle avec le dos d’une cuillère.
- Cassez un œuf au centre, étalez-le sur la surface.
- Laissez prendre 1 à 2 minutes.
- Badigeonnez de sauce hoisin et de sauce piment.
- Ajoutez coriandre, oignons verts et tofu si désiré.
- Posez le bâton frit au centre, repliez les deux bords vers le milieu pour former un rectangle.
- Retournez 30 secondes côté pliure pour sceller.
- Dégustez immédiatement.
💡Le truc : le yóutiáo doit être chaud et croustillant — passez-le 5 minutes au four à 180°C avant utilisation si vous utilisez du surgelé.

Le xiànbǐng, la galette farcie au porc
Le xiànbǐng (餡餅) ressemble de loin à une galette plate et dorée. Mais dès la première bouchée, tout change : l’intérieur est juteux, chaud, chargé en viande — une expérience bien plus proche du dumpling géant que de la crêpe. Ce n’est pas un hasard. Le mot xiàn (餡) signifie littéralement « farce » ou « garniture », et c’est précisément ce qui définit cette préparation : une pâte fine enveloppant une farce généreuse de porc haché, d’oignons verts et de chou, assaisonnée à la sauce soja, à l’huile de sésame et au gingembre. La recette vient du nord de la Chine, notamment des régions de Pékin et du Hebei, où ce type de galette fourrée est une institution dans les marchés matinaux depuis des générations.
À Taïwan, le xiànbǐng est particulièrement ancré dans les vieilles boutiques de breakfast des quartiers militaires — ces juāncūn (眷村) où les familles de soldats venus du continent ont recréé leur cuisine d’origine après 1949. Aujourd’hui encore, les meilleures adresses sont souvent tenues par des familles de troisième génération qui n’ont jamais changé leur recette. On le trouve dans certains breakfast shops traditionnels de Taipei (臺北), notamment dans les arrondissements de Zhongzheng (中正區) et de Datong (大同區). Le prix tourne autour de 50 à 70 NTD (environ 1,35 à 1,90 €) la pièce. Une seule galette suffit à caler pour la matinée.
La technique de façonnage est ce qui le rend à part : la farce est enfermée dans une boule de pâte, que l’on aplatit ensuite à la poêle avec les doigts directement dans l’huile chaude. Le résultat : une croûte dorée et craquante, un intérieur qui reste moelleux et gorgé de jus de porc.
La recette pour 6 pièces
La pâte :
- 250 g de farine de blé ordinaire
- 130 ml d’eau chaude (pas bouillante, environ 60°C)
- ½ cuillère à café de sel
- 1 cuillère à café d’huile neutre
La farce :
- 300 g de porc haché gras (15 à 20 % de matières grasses — c’est non négociable pour le jus)
- 150 g de chou chinois (báicài, 白菜) finement émincé, salé 10 minutes puis essoré à la main
- 3 oignons verts ciselés
- 1 cuillère à soupe de sauce soja claire
- 1 cuillère à café de sauce soja foncée
- 1 cuillère à café d’huile de sésame
- 1 cuillère à café de gingembre frais râpé
- 2 cuillères à soupe d’eau froide ou de bouillon non salé
- Poivre blanc
Pour la cuisson :
- Huile neutre
- Vinaigre noir chinois pour servir
Les étapes de la recette
Voici votre recette présentée sous forme de liste à puces, sans aucune modification du texte original :
- Mélangez la farine, le sel et l’huile.
- Versez l’eau chaude en filet en remuant avec des baguettes.
- Pétrissez environ 3 minutes — la pâte doit être souple mais pas collante.
- Couvrez et laissez reposer 30 minutes.
- Pendant ce temps, préparez la farce : mélangez le porc haché avec tous les assaisonnements, incorporez l’eau ou le bouillon en remuant énergiquement dans le même sens jusqu’à ce que le liquide soit absorbé.
- Ajoutez le chou essoré et les oignons verts.
- Divisez la pâte en 6 boules égales.
- Aplatissez chaque boule en disque fin d’environ 12 cm.
- Déposez une généreuse cuillère à soupe bombée de farce au centre, ramenez les bords de la pâte vers le haut et scellez en pinçant soigneusement — comme un baozi.
- Chauffez de l’huile dans une poêle à fond épais à feu moyen.
- Posez les boules scellées dans la poêle côté soudure vers le bas, puis aplatissez-les immédiatement avec les doigts ou une spatule pour former un disque d’environ 1,5 cm d’épaisseur.
- Couvrez et faites cuire 4 minutes jusqu’à ce que le dessous soit bien doré.
- Retournez, couvrez à nouveau et poursuivez 4 minutes.
- Découvrez et remontez brièvement le feu pour croustiller les deux faces 30 secondes.
- Servez avec du vinaigre noir chinois en trempage.
💡Le truc : l’étape d’essorer le chou à la main est indispensable — l’eau résiduelle rendrait la farce liquide et la pâte détrempée. Et couvrir la poêle pendant la cuisson permet de cuire la farce à cœur sans brûler la croûte.

Le cōng yóu bǐng, la galette feuilletée des soldats
Le cōng yóu bǐng (蔥油餅) est la galette la plus chargée en histoire. Elle arrive à Taïwan avec les soldats et les familles de militaires qui quittent le continent après la défaite nationaliste de 1949. Ces familles, originaires de toutes les provinces du nord de la Chine, s’installent dans des villages de dépendants militaires (juāncūn, 眷村) éparpillés dans toute l’île. Chacune apporte sa cuisine, et la galette à l’oignon vert — simple, nourrissante, faite avec peu d’ingrédients — devient vite un plat commun à presque toutes. La recette est précise : une pâte sans levure, mélange de farine, eau bouillante et huile, roulée finement, badigeonnée d’huile et d’oignons verts ciselés, puis enroulée sur elle-même plusieurs fois pour créer des couches superposées. Aplatie et cuite à la poêle, elle donne une galette à la fois croustillante en surface et moelleuse au cœur. Sa variante ultra-feuilletée, la cōng zhuā bǐng (蔥抓餅), dont on peut littéralement arracher les couches à la main, est aujourd’hui vendue dans les marchés nocturnes et a décroché des mentions au Guide Michelin — notamment le stand Hsiung Chi (雄記蔥抓餅) au marché de Gongguan (公館夜市), à Taipei (臺北).
La recette pour 4 galettes
La pâte :
- 250 g de farine de blé ordinaire (pas de farine à pain)
- 120 ml d’eau bouillante
- 40 ml d’eau froide
- ½ cuillère à café de sel
Le feuilletage :
- 3 cuillères à soupe d’huile neutre (ou de saindoux pour la version traditionnelle)
- 1 cuillère à soupe de farine
- 4 à 5 oignons verts ciselés finement
- Sel et poivre blanc
Les étapes de la recette
- Dans un bol, mélangez la farine et le sel.
- Versez l’eau bouillante en filet en remuant avec des baguettes ou une spatule.
- Ajoutez ensuite l’eau froide et pétrissez à la main environ 5 minutes jusqu’à obtenir une pâte lisse et souple.
- Couvrez et laissez reposer 1 heure.
- Préparez la pâte d’huile : mélangez l’huile avec la cuillère de farine pour former une sorte de roux liquide.
- Divisez la pâte en 4 boules égales.
- Aplatissez chaque boule en rectangle très fin.
- Badigeonnez généreusement de pâte d’huile, parsemez d’oignons verts, salez légèrement.
- Roulez le rectangle sur lui-même pour former un long boudin, puis enroulez ce boudin en escargot et aplatissez à nouveau avec la paume — vous voyez apparaître les couches.
- Faites cuire à la poêle avec un peu d’huile, à feu moyen, 2 à 3 minutes par face, jusqu’à coloration dorée.
- En fin de cuisson, compressez les bords de la galette avec deux spatules vers le centre pour faire éclater les couches.
💡Le truc : le saindoux est meilleur que l’huile végétale pour le feuilletage. Et l’eau bouillante dans la pâte est non négociable — c’est elle qui donne cette texture souple sans être caoutchouteuse.

L’essentiel à retenir
- 🍳 Le dànbǐng (蛋餅) est la galette la plus accessible — pâte liquide enrichie de fécule de patate douce, garnie d’un œuf et découpée en tronçons, elle se cuisine en 10 minutes chrono et se commande dans presque tous les breakfast shops de l’île
- 🌿 Le jiānbǐng (煎餅) vient du Shandong — sa pâte de farine de mung, ses garnitures à la coriandre et sa sauce fermentée lui donnent un profil aromatique bien plus corsé et fumé que ses cousines taïwanaises
- 🥟 Le xiànbǐng (餡餅) est la galette la plus généreuse — une farce juteuse de porc haché, d’oignons verts et de chou enfermée dans une pâte fine et aplatie à la poêle, à mi-chemin entre le dumpling et la galette
- 🧅 Le cōng yóu bǐng (蔥油餅) demande le plus de technique — c’est son feuilletage en couches multiples et la qualité des oignons verts qui font toute la différence entre une galette ordinaire et une galette mémorable
- 🗺️ Ces quatre galettes se retrouvent dans toutes les villes de Taïwan, mais pour les goûter côte à côte le même matin, direction Taipei (臺北) : le marché Nanmen (南門市場), Yongkang Street (永康街) et le marché nocturne de Gongguan (公館夜市) concentrent les meilleures adresses

A lire également sur Insidetaiwan.net

🌏✨ Envie d’un voyage à Taïwan sur-mesure et sans stress ? Cliquez, lancez une visio avec un expert local Planexplora et construisez votre itinéraire en direct ! 🚀
🤝 Programme d’affiliation 🤝
📌 Certains liens de cet article, ainsi que certaines images, renvoient vers des liens sponsorisés, permettant à Insidetaiwan.net de toucher une commission en cas d’achat, sans aucun coût supplémentaire pour vous. 💰 Cela nous aide à financer le magazine et à continuer à vous offrir un contenu indépendant et de qualité. 📖✨
💞 Soutenez-nous 💞
- ⏯ Nous soutenir #financièrement
- ⏯ S’inscrire à nos #Newsletters
- ⏯ Nous suivre sur nos #réseaux sociaux
- ⏯ Devenir #partenaire
- ⏯ Proposer des #articles et du #contenu
- ⏯ Découvrir nos offres #professionnelles (Publicités, Conseils…)
Pour découvrir nos offres rendez-vous sur la page dédiée (Nous soutenir) ou contactez-nous pour collaborer avec nous.