Les banquets de fin et de début d’année structurent une large partie de la vie sociale pendant la période du nouvel an lunaire. Ils ne relèvent pas seulement de la tradition culinaire, mais organisent des rapports professionnels, des liens familiaux et des dynamiques économiques clairement identifiables. Ces repas collectifs s’inscrivent dans le calendrier du Nouvel An lunaire, moment central du cycle social taïwanais. Ils concernent les entreprises, les familles, et dans une moindre mesure les communautés étudiantes. Chaque type de banquet répond à des codes précis, à des attentes sociales explicites et à des enjeux symboliques concrets. Le banquet n’est pas un simple repas partagé : il marque une clôture, une transition ou une reconnaissance collective. Il engage des dépenses importantes, mobilise le secteur de la restauration et influence les comportements de consommation. Depuis plusieurs années, ces pratiques évoluent sous l’effet de la pression économique, des changements générationnels et de la professionnalisation de l’événementiel. Étudier les banquets de fin et de début d’année permet donc de comprendre comment la société taïwanaise articule travail, famille et économie autour d’un rituel commun : manger ensemble pour marquer un passage.
Étymologie et vocabulaire des banquets
Si le mot banquet trouve son origine dans l’italien banchetto, dérivé de banco, qui désigne à l’origine un banc ou une table sur laquelle on mange collectivement. Dès le Moyen Âge en Europe, le terme renvoie à un repas organisé, associé à une hiérarchie sociale, à une célébration ou à un événement politique. Cette idée de repas structuré et symbolique se retrouve dans les termes utilisés à Taïwan, bien que le vocabulaire soit issu du chinois classique et des usages populaires.

Le mot le plus courant pour banquet est 宴 (yàn), qui évoque un repas officiel, souvent lié au pouvoir, à la cérémonie ou à l’hospitalité formelle. Dans un contexte plus large, 宴會 (yànhuì) désigne un banquet institutionnel ou professionnel, comparable aux réceptions officielles. Pour les banquets populaires, notamment familiaux ou communautaires, le terme 辦桌 (pān-toh) est largement utilisé à Taïwan. Littéralement, il signifie “installer des tables”, soulignant l’aspect logistique et collectif du repas plutôt que son prestige. Le weiya (尾牙) combine quant à lui deux notions : 尾, la fin, et 牙, un ancien terme lié aux offrandes commerciales, ce qui renvoie à l’idée de clôture d’un cycle économique.
Le vocabulaire des banquets met ainsi l’accent sur la fonction sociale, la temporalité et la relation collective, plutôt que sur la nourriture seule. Cette richesse lexicale montre que le banquet, à Taïwan, est avant tout un acte social codifié, où le langage reflète la structure de la société et ses priorités symboliques.
Origines et évolution historique des banquets
L’histoire des banquets à Taïwan s’inscrit dans une longue tradition issue de la culture chinoise impériale, adaptée aux réalités locales de l’île. Dès les périodes pré-modernes, le banquet constitue un outil de cohésion sociale, utilisé lors des fêtes saisonnières, des rites religieux et des événements communautaires. Sous la dynastie Qing (1644–1912), les repas collectifs structurent la vie des villages et servent à affirmer le statut social, la hiérarchie familiale et l’autorité locale. L’arrivée de l’administration japonaise (1895–1945) modifie partiellement ces pratiques : les banquets sont rationalisés, intégrés aux cadres administratifs, scolaires et professionnels, tout en conservant leur fonction relationnelle. Après 1945, avec l’industrialisation rapide et l’essor des entreprises privées, le banquet devient un instrument du monde du travail.
Le weiya se généralise dans les années 1960–1970, période de forte croissance économique, comme moyen de stabiliser la main-d’œuvre et d’encourager la loyauté salariale. Parallèlement, le banquet familial du Nouvel An lunaire se maintient comme pilier de la transmission intergénérationnelle, malgré l’urbanisation et la réduction de la taille des foyers. À partir des années 1990, la professionnalisation du secteur de la restauration transforme le banquet en produit économique structuré, avec menus standardisés, salles spécialisées et réservations anticipées. Aujourd’hui, les banquets combinent héritage rituel, logique économique et adaptation sociale, illustrant la capacité de la société taïwanaise à préserver des formes collectives anciennes tout en les ajustant aux contraintes contemporaines.
Le weiya : un rituel central du monde du travail
Le weiya (尾牙) correspond au banquet d’entreprise de fin d’année organisé avant le Nouvel An lunaire. Il constitue un moment clé de la culture professionnelle taïwanaise. L’employeur y exprime publiquement sa reconnaissance envers les salariés, tandis que les employés évaluent de manière informelle la santé économique de l’entreprise. Le format est codifié : repas collectif, discours de la direction, animations et tirages au sort. Ces éléments traduisent une logique de cohésion interne, mais aussi de hiérarchie assumée. Le weiya n’est pas juridiquement obligatoire, mais son absence est souvent interprétée comme un signal négatif. Dans les grandes entreprises, le budget peut atteindre des montants élevés, incluant la location d’hôtels, la restauration, les cadeaux et les performances artistiques.

Dans les petites structures, le format reste plus simple, souvent organisé dans un restaurant local. Le bonus de fin d’année, même s’il est distinct du banquet, reste symboliquement lié à cet événement. Le weiya joue aussi un rôle de régulation sociale : il permet d’apaiser les tensions, de renforcer la loyauté et de rappeler les objectifs collectifs. Cependant, il peut générer des inégalités de perception, notamment lorsque les récompenses semblent arbitraires. Malgré ces limites, le weiya reste un pilier du calendrier professionnel, révélateur de la manière dont le travail et la reconnaissance collective s’articulent à Taïwan.
Le banquet familial du Nouvel An lunaire
Le repas du réveillon du Nouvel An lunaire constitue le noyau symbolique des célébrations familiales. Il se tient la veille du premier jour de l’année lunaire et rassemble, lorsque cela est possible, plusieurs générations autour d’une même table. Ce banquet matérialise la continuité familiale et la solidarité intergénérationnelle. Les plats servis ne sont pas choisis au hasard : le poisson représente l’abondance, les légumes verts la longévité, les boulettes la réunion familiale. Le repas structure aussi des rôles sociaux précis : les aînés président la table, les plus jeunes servent ou écoutent. Les hongbao (enveloppes rouges) distribuées après le repas renforcent les liens hiérarchiques tout en symbolisant la transmission.

Depuis une quinzaine d’années, le lieu du banquet évolue. De nombreuses familles choisissent désormais des restaurants spécialisés, parfois réservés plusieurs mois à l’avance. Cette externalisation répond à des contraintes pratiques : manque d’espace, réduction du temps disponible, simplification logistique. Le banquet familial reste néanmoins un moment de régulation sociale, où les tensions peuvent émerger autour du travail, du mariage ou de la réussite individuelle. Malgré ces frictions, il demeure un rituel structurant, où la nourriture sert de support au lien social et à la mémoire collective.
Pratiques étudiantes et cadres universitaires
Les universités taïwanaises ne disposent pas de tradition formelle équivalente au weiya ou au banquet familial. Toutefois, des repas collectifs informels apparaissent à la fin du semestre ou avant les vacances du Nouvel An lunaire. Ces rassemblements sont généralement organisés par des associations étudiantes ou des groupes de camarades. Leur fonction est moins symbolique que relationnelle : marquer la fin d’un cycle académique et maintenir des liens sociaux hors du cadre institutionnel. Dans certains départements, des enseignants peuvent inviter leurs étudiants à un repas simple, financé sur des budgets internes limités.
Ces pratiques restent marginales mais traduisent une adaptation des rituels sociaux au monde universitaire. Elles reflètent aussi une évolution générationnelle : les étudiants privilégient des formats souples, peu hiérarchisés et à coût maîtrisé. Le banquet universitaire n’est donc pas un rituel stabilisé, mais un espace expérimental, influencé par les modèles professionnels et familiaux sans les reproduire intégralement. Il illustre la manière dont les jeunes adultes redéfinissent la sociabilité collective dans un contexte de pression académique et de mobilité sociale accrue.
Un moteur économique saisonnier
Les banquets de fin et de début d’année représentent un levier économique majeur pour plusieurs secteurs. La restauration enregistre l’un de ses pics d’activité annuels durant cette période. Les restaurants spécialisés dans les banquets affichent souvent complet plusieurs semaines à l’avance. Les entreprises de pān-toh (banquets traditionnels organisés sur site) sont fortement sollicitées, notamment dans les zones rurales ou pour les grandes réunions familiales. L’impact s’étend également aux secteurs de l’hôtellerie, de l’événementiel, du divertissement et de la logistique alimentaire. Les entreprises allouent des budgets spécifiques aux weiya, intégrant repas, cadeaux et animations.
Les ménages, de leur côté, augmentent leurs dépenses alimentaires, décoratives et symboliques. Cette concentration des dépenses crée une saisonnalité économique clairement identifiable. Toutefois, les pratiques évoluent : les banquets deviennent plus courts, parfois plus sobres, et mieux budgétés. Les nouvelles générations arbitrent davantage entre tradition et coût. Malgré ces ajustements, les banquets restent un indicateur économique fiable, révélant à la fois le niveau de confiance des entreprises et la capacité des ménages à maintenir des rituels collectifs.
Le banquet du Nouvel An lunaire hors de Taïwan : une pratique transnationale
La pratique du banquet du Nouvel An lunaire dépasse largement le cadre de Taïwan et s’inscrit dans un espace culturel partagé par plusieurs sociétés d’Asie orientale et du Sud-Est. En Chine, le réveillon du Nouvel An lunaire (年夜飯) constitue un moment central de la recomposition familiale, marqué par le retour des migrants internes vers leur région d’origine. Le banquet y symbolise la réunion, la continuité lignagère et la prospérité future. En Vietnam, lors de la fête du Tết, le repas collectif joue un rôle comparable, avec des plats spécifiques préparés à l’avance, soulignant la préparation rituelle et la transmission des savoirs culinaires. En Corée du Sud, le Seollal met l’accent sur un repas cérémoniel précédé de rites ancestraux, où la nourriture sert de médiation entre vivants et ancêtres.

À Singapour et en Malaisie, sociétés multiculturelles, le banquet du Nouvel An lunaire devient un marqueur identitaire pour les communautés chinoises, souvent célébré dans des restaurants ou des salles communautaires. Dans l’ensemble de ces pays, le banquet fonctionne comme un outil de cohésion sociale, structurant le calendrier, les déplacements et les dépenses des ménages. Malgré des formes culinaires différentes, la logique reste constante : manger ensemble pour clore un cycle, honorer les liens familiaux et ouvrir symboliquement l’année à venir. Cette diffusion régionale montre que le banquet du Nouvel An lunaire constitue un rituel social transnational, adapté aux contextes locaux mais fondé sur des valeurs communes.
Traditions et activités sociales autour du banquet
À Taïwan, le banquet ne se limite jamais au repas lui-même. Il s’inscrit dans un ensemble de rituels, de gestes codifiés et d’activités sociales qui lui donnent sens. Avant le banquet, la préparation joue un rôle central : choix du lieu, élaboration du menu, invitations, parfois disposition symbolique des tables. Cette phase engage une coordination collective qui reflète les rapports familiaux ou professionnels. Pendant le banquet, l’ordre de service et la place à table traduisent la hiérarchie sociale : les aînés, les supérieurs ou les invités d’honneur occupent des positions centrales. Les toasts, souvent accompagnés d’alcool, constituent un moment clé. Ils servent à exprimer la reconnaissance, à renforcer les alliances ou à rappeler les objectifs communs.
Dans les banquets d’entreprise, ces moments sont parfois suivis de jeux, de tirages au sort ou de performances artistiques, destinés à créer une atmosphère de relâchement contrôlé. Dans le cadre familial, les activités se prolongent après le repas par la distribution de hongbao, les discussions intergénérationnelles ou les échanges de vœux. Le banquet fonctionne ainsi comme un espace de parole indirecte, où certains sujets sensibles peuvent être abordés sans confrontation frontale. Après le banquet, le partage des restes ou les remerciements adressés à l’hôte participent à la clôture symbolique de l’événement. L’ensemble de ces pratiques montre que le banquet est un dispositif social complet, combinant nourriture, interaction et représentation, où chaque activité renforce la cohésion du groupe et marque le passage d’un cycle à un autre.
L’Essentiel à retenir
- 🍽️ Les banquets du Nouvel An lunaire structurent la vie sociale à Taïwan et marquent la transition entre deux cycles.
- 🏢 Le weiya est un rituel clé du monde professionnel, mêlant reconnaissance, hiérarchie et cohésion interne.
- 👨👩👧👦 Le banquet familial reste central pour la transmission intergénérationnelle et l’affirmation des liens sociaux.
- 💰 Ces banquets constituent un moteur économique saisonnier pour la restauration, l’événementiel et l’hôtellerie.
- 🌏 Le banquet du Nouvel An lunaire est un rituel transnational, partagé dans plusieurs sociétés d’Asie avec des adaptations locales.
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