Grandir entre deux cultures : le défi identitaire des enfants expatriés à Taïwan

Identité, appartenance, déménagements répétés : ce que vivent vraiment les enfants expatriés à Taïwan, selon leurs parents et les chercheurs.

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Les enfants qui grandissent loin de leur pays d’origine vivent une expérience que peu d’adultes mesurent vraiment. Chaque déménagement, chaque nouvelle école, chaque nouvelle langue laisse une empreinte sur leur façon de se construire. Pour les familles expatriées installées à Taïwan, cette réalité prend une forme particulière : l’île est à la fois un terrain d’accueil ouvert et un environnement culturellement dense, qui bouscule les repères. Des chercheurs, des psychologues et surtout des parents eux-mêmes commencent à mieux documenter ce que vivent ces enfants. Ce qu’ils disent mérite attention.

« D’où tu viens ? » : la question qui complique tout

Pour un enfant né à Taipei (台北) d’une mère russe et d’un père taïwanais, ou scolarisé à Kaohsiung (高雄) après avoir vécu en Europe, cette question paraît simple. Elle ne l’est pas. Les chercheurs désignent ces enfants sous le terme TCK — Third Culture Kids (第三文化孩子), ou enfants de la troisième culture. Ils ne s’identifient pleinement ni au pays de leurs parents ni au pays où ils vivent. Ils construisent quelque chose de nouveau, qui leur appartient en propre.

Le problème, c’est que cette construction prend du temps — et que les autres enfants, eux, n’attendent pas. À l’école, dans la cour de récréation, la question « d’où tu viens ? » revient en boucle. Certains enfants finissent par répondre de façon automatique, en donnant leur nationalité sans s’y attarder. D’autres retournent la question : « Tu veux savoir où je suis né, où j’ai grandi, ou où je vis maintenant ? » Une stratégie que beaucoup d’adultes ayant grandi entre plusieurs pays reconnaissent comme leur propre mécanisme de défense. Des parents installés à Taïwan témoignent avoir aidé leurs enfants à construire un récit cohérent : leur expliquer leur naissance, leurs origines, montrer des photos, raconter l’histoire de la famille. Pas pour simplifier, mais pour donner des mots là où il n’y en avait pas. Ce travail, discret, change tout.

Un deuil à répétition que les parents sous-estiment

Ce que révèlent les études sur les TCK, c’est que chaque déménagement fonctionne comme un deuil. Un ami perdu, une école quittée, un quartier effacé. Pour les enfants qui ont vécu plusieurs relocalisations — un profil fréquent dans les communautés d’expatriés de Taipei, Tainan (台南) ou Taichung (台中) — ces cycles de séparation s’accumulent. Et contrairement aux adultes, les enfants ne disposent pas toujours des outils émotionnels pour les traverser.

Beaucoup de parents avouent avoir commis la même erreur : distraire plutôt qu’écouter. Mettre l’accent sur la nouvelle plage, la nouvelle école, les nouvelles activités — tout pour éviter que l’enfant s’attarde sur ce qu’il laisse derrière lui. Le résultat est souvent l’inverse de celui escompté : l’enfant fait semblant d’aller bien, tait ses questions, ravale ce qu’il ressent. Les spécialistes de la psychologie du développement, à commencer par Erik Erikson, rappellent que la construction identitaire est le travail central de l’enfance. Quand l’environnement change sans cesse, ce travail se complique. Laisser l’enfant poser les questions difficiles — même celles auxquelles on n’a pas de réponse — s’avère bien plus utile que de le pousser à l’enthousiasme.

La famille comme seul repère stable

Face à l’instabilité des environnements, plusieurs familles expatriées à Taïwan ont développé la même intuition : ce qui ne doit pas changer, c’est le foyer. Pas les murs, pas le quartier — mais la façon de se parler, les habitudes du matin, les rituels du soir. Cette approche s’appuie sur ce que la psychologie appelle la théorie de l’attachement : les enfants confrontés à un environnement instable se raccrochent naturellement à leurs figures d’attachement. Ce sont elles qui leur donnent la sécurité nécessaire pour explorer.

Concrètement, cela prend des formes variées selon les familles. Certains maintiennent des routines alimentaires identiques quel que soit le pays — un déjeuner familier dans un cadre inconnu reste un ancrage puissant. D’autres organisent leur temps différemment selon les lieux : la vie à Taïwan devient la « maison travail », avec école, activités sportives et rythme structuré ; le retour au pays d’origine pendant les vacances devient la « maison vacances », sans programme imposé, tournée vers les grands-parents et les amis. Les enfants, loin de s’en trouver perturbés, anticipent ces transitions avec plaisir. Ils savent ce qui les attend. Et c’est précisément ce qu’ils ont besoin de savoir.

Garder le lien quand la distance s’installe

L’un des angles morts de la relocalisation, c’est la gestion des amitiés laissées derrière soi. Pour les adultes, la distance finit souvent par effacer naturellement les liens. Pour les enfants — surtout entre 7 et 12 ans — la rupture peut être vécue comme un abandon. Or, les enfants ne savent pas spontanément comment entretenir une amitié à distance. Ils ont besoin qu’on leur montre, et qu’on structure le cadre.

Des familles expatriées à Taïwan ont mis en place des appels hebdomadaires — via Zoom ou d’autres plateformes — avec les grands-parents restés en Europe, en Amérique ou en Asie du Sud-Est. Ce qui commence comme une contrainte devient, au fil des semaines, un rituel attendu. Certains enfants préparent ce qu’ils vont dire, notent les événements de la semaine, lisent un poème. La connexion numérique ne remplace pas la présence physique, mais elle tisse un fil continu entre deux vies géographiquement séparées. Plusieurs familles rapportent que ces liens maintenus à distance ont permis à leurs enfants, à leur retour, de retrouver des amitiés intactes — parfois après deux ou trois ans d’absence.

Ce que « chez soi » veut dire quand on a tout vu

Pour les enfants qui ont grandi entre Taipei, Séoul, Amsterdam ou São Paulo, « chez soi » ne se résume pas à un passeport. C’est une odeur de cuisine, un trajet d’école mémorisé, une langue qu’on parle avec sa mère, un ami avec qui on a joué dans une cour maintenant lointaine. La notion est multiple, composite, personnelle. Et c’est précisément là que réside sa richesse.

Les parents qui parviennent à faire de cette complexité une force plutôt qu’un problème transmettent à leurs enfants quelque chose que peu de manuels scolaires enseignent : l’appartenance n’est pas exclusive. On peut se sentir chez soi à Taïwan, et aussi au Brésil, en Russie ou en Allemagne. Ces enfants ne sont pas perdus entre les cultures — ils naviguent entre elles avec une agilité que leurs pairs monoculturels n’auront pas. À condition, bien sûr, qu’on leur donne les mots pour le comprendre.

L’essentiel à retenir

  • 🌍 Les enfants expatriés (TCK) construisent une identité unique, entre cultures, qui ne se rattache pleinement à aucun seul pays
  • 💬 Donner à l’enfant un récit de sa propre histoire l’aide à répondre aux questions sociales et à mieux se situer
  • 🏠 La stabilité familiale — routines, mode de communication, rituels — compense en grande partie l’instabilité des environnements
  • 📞 Les appels réguliers avec les proches et amis restés au pays maintiennent des liens affectifs durables, même sur plusieurs années
  • 🗺️ « Chez soi » pour ces enfants est une constellation de lieux et de souvenirs, pas un seul endroit : en faire une richesse plutôt qu’un manque change tout

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À propos de l'auteur

  • Luc

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