Recyclage à Taïwan : le professeur Chen Chih-heng redéfinit la base de l’économie circulaire

Le professeur Chen Chih-heng de Taipei Tech explique pourquoi la séparation des matériaux est la vraie clé du recyclage industriel à Taïwan.
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Le recyclage ne commence pas par la collecte. C’est la conviction du professeur Chen Chih-heng (陳志恆, Chén Zhìhéng), chercheur au département de génie des matériaux et des ressources de la National Taipei University of Technology (國立臺北科技大學, Guólì Táiběi Kējì Dàxué). Dans une interview récente accordée à Talkace, il repose la question à la base : avant de recycler, encore faut-il savoir séparer et purifier. Sans cette étape, tout le reste n’est que rafistolage coûteux. Ses recherches couvrent le génie chimique, les matériaux et l’environnement — trois disciplines qu’il refuse de traiter séparément. Son laboratoire, le « Laboratoire de séparation, purification et matériaux composites », travaille sur des matériaux aussi critiques que le cuivre, le gallium et le nitrure de gallium. Ses conclusions dérangent les idées reçues sur ce qu’est vraiment l’économie circulaire. Ce n’est pas un idéal — c’est un problème d’ingénierie.

La séparation, clé oubliée de tout système de recyclage efficace

La question a été posée au professeur Chen Chih-heng il y a plusieurs années, alors qu’il travaillait à l’Institut de recherche technologique industrielle (工業技術研究院, Gōngyè Jìshù Yánjiū Yuàn, ITRI) de Taïwan. Un directeur lui demande alors : quelle est la technologie centrale du recyclage ? Sa réponse, après réflexion, est aussi simple que déstabilisante — il n’en existe pas une seule. Les déchets industriels modernes sont devenus trop complexes pour qu’une technologie unique puisse les traiter.

Un smartphone actuel contient potentiellement plus de soixante éléments chimiques différents — métaux, céramiques, polymères — intimement mêlés dans des structures miniaturisées. Séparer ces composants pour les rendre réutilisables relève d’une forme d’ingénierie inverse : il faut défaire ce que des processus industriels hautement intégrés ont mis des années à construire. Le professeur Chen est direct sur les conséquences pratiques : « Si la séparation est bien faite, le problème des matériaux devient simple. Si elle est mal faite, on dépense beaucoup plus pour tenter de corriger ensuite. » Ce principe structure l’ensemble de ses travaux. La chimie colloïdale et de surface, la technologie de séparation par membrane et la régénération des ressources forment un triptyque indissociable dans son approche.

À l’université Taipei Tech (台北科大, Táiběi Kēdà), ses étudiants apprennent que le recyclage est d’abord une question de chimie analytique avant d’être une question logistique ou politique. Dans les industries, notamment les PME taïwanaises qui représentent l’essentiel du tissu productif local, cette réalité se heurte à des contraintes concrètes : coûts, délais, maturité technologique et appétit au risque limité. « Très souvent, ce n’est pas que la technologie ne peut pas le faire — c’est qu’on n’a pas les conditions pour le faire », dit-il. Cette nuance est fondamentale pour comprendre pourquoi Taïwan, pourtant leader mondial en électronique, peine encore à boucler pleinement ses cycles de matières critiques.

Pureté des matériaux : le passeport pour entrer dans les chaînes d’approvisionnement avancées

Dans les industries de haute technologie, la pureté d’un matériau n’est pas seulement un indicateur de qualité — c’est un ticket d’entrée dans la chaîne de valeur. Plus les composants électroniques se miniaturisent et montent en performance, plus les réactions aux interfaces entre matériaux deviennent déterminantes. Un défaut de pureté à l’échelle nanométrique peut compromettre la stabilité d’un semi-conducteur entier. Le professeur Chen Chih-heng s’intéresse particulièrement à deux matériaux qui illustrent bien cet enjeu. Le premier est le cuivre (銅, tóng) — omniprésent, dont les filières de récupération existent depuis longtemps, mais dont les compositions dans les effluents industriels évoluent constamment avec les procédés.

Récupérer du cuivre ne suffit plus : il faut pouvoir le transformer en nanofils de cuivre ou en poudre de cuivre de qualité électronique, des produits à haute valeur ajoutée qui intègrent directement les chaînes de fabrication de composants. Le second matériau est bien plus stratégique : le nitrure de gallium (氮化鎵, dàn huà jiā, GaN). Ce semi-conducteur de troisième génération est au cœur des chargeurs rapides, des réseaux 5G et des véhicules électriques. Il consomme moins d’énergie, supporte des tensions plus élevées et offre de meilleures performances que le silicium dans ces applications. Son matériau de base, le gallium (鎵, jiā), est rare et sa production mondiale est très concentrée géographiquement. Récupérer et purifier le gallium issu des déchets de fabrication pour le réinjecter dans des matériaux de haute qualité n’est donc pas un enjeu environnemental marginal — c’est une question de sécurité des approvisionnements pour toute l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs.

Le laboratoire du professeur Chen travaille précisément sur ces procédés de purification à haute valeur ajoutée, cherchant à atteindre des niveaux de pureté compatibles avec les exigences des fabricants de composants avancés. C’est là que la chimie de surface et la technologie membranaire trouvent leur application la plus directe : contrôler les interfaces, éliminer les impuretés trace, produire des matériaux que l’industrie peut réutiliser sans compromis sur la qualité.

L’économie circulaire n’est pas un idéal : c’est un système intégré à rendre rentable

Dans l’interview accordée à Talkace, le professeur Chen Chih-heng tranche avec les discours habituels sur la durabilité. Pour lui, l’économie circulaire (循環經濟, xúnhuán jīngjì) n’a de sens que si elle est économiquement viable — pas seulement techniquement possible. La question n’est pas « peut-on recycler ? » mais « peut-on recycler à un coût et une fiabilité qui justifient l’investissement ? » Ce glissement sémantique change tout. Il implique que les frontières entre génie chimique, génie des matériaux et génie environnemental vont continuer de s’effacer.

Les solutions de demain ne sortiront pas d’une seule discipline — elles exigeront des ingénieurs capables de penser simultanément en termes de procédés chimiques, de propriétés des matériaux et d’impact environnemental. C’est précisément ce que le programme de recherche du laboratoire de Taipei Tech s’efforce de construire. La cristallisation du fluorure de calcium (氟化鈣, fú huà gài, CaF₂), les structures en forme d’aiguilles du sulfate de magnésium (硫酸鎂, liúsuān měi, MgSO₄), les nanofils de cuivre récupérés : ces expériences de laboratoire ne sont pas des curiosités académiques — elles testent des procédés destinés à entrer un jour dans des lignes industrielles. Le message central que le professeur Chen adresse aux entreprises taïwanaises, aux investisseurs et aux décideurs politiques est le suivant : le vrai verrou n’est pas technologique.

Les outils existent. Le vrai défi, c’est de créer les conditions opérationnelles et économiques pour les déployer à l’échelle. Cela implique de repenser les modèles de financement des PME industrielles, de renforcer les collaborations entre laboratoires universitaires et acteurs privés, et d’accepter que la transition vers une économie des matériaux circulaires prendra du temps — mais qu’elle est inévitable pour un pays aussi dépendant des matières importées que Taïwan.

L’essentiel à retenir

  • 🔬 Le professeur Chen Chih-heng de Taipei Tech place la séparation et la purification au cœur de tout recyclage industriel efficace.
  • 📱 Les smartphones actuels contiennent plus de 60 éléments chimiques différents, rendant leur démantèlement extrêmement complexe.
  • ⚡ Le nitrure de gallium (GaN), matériau clé pour la 5G et les véhicules électriques, est au centre des recherches sur la récupération des matériaux critiques.
  • 🏭 Les PME taïwanaises peinent à adopter ces techniques non par manque de technologie, mais faute de conditions économiques adaptées.
  • ♻️ L’économie circulaire ne sera viable que lorsqu’elle sera rentable : c’est un problème d’ingénierie et de modèle économique, pas seulement d’intention.

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