Une décision judiciaire majeure frappe la scène politique taïwanaise. L’ancien maire de Taipei et fondateur du Parti du peuple taïwanais (台灣民眾黨), Ko Wen-je (柯文哲), est condamné à une lourde peine de prison pour corruption, détournement de fonds et violations de la loi anticorruption (貪污治罪條例). Le verdict repose sur plusieurs dossiers liés à son mandat municipal et à sa campagne présidentielle, confirmant l’ampleur des soupçons qui pesaient sur lui depuis plusieurs années. Cette condamnation intervient dans un contexte politique tendu et pourrait redessiner durablement les équilibres électoraux à Taïwan.
Une condamnation fondée sur plusieurs infractions graves
Le tribunal du district de Taipei (臺北地方法院) prononce une peine de 17 ans de prison, assortie d’une suspension des droits civiques de six ans, après avoir retenu plusieurs chefs d’accusation distincts. Les juges détaillent une combinaison d’infractions comprenant 13 ans pour corruption, 2 ans pour profits illégaux, 3 ans et demi pour détournement de fonds et 2 ans et demi pour abus de confiance, démontrant un schéma d’irrégularités répétées.
Bien que les procureurs aient requis une peine plus lourde de 28 ans et 6 mois, la juridiction estime que les éléments réunis — documents saisis, archives administratives et témoignages concordants — suffisent à établir la culpabilité de Ko Wen-je au-delà du doute raisonnable, notamment sur sa capacité à influencer des décisions publiques à des fins privées.
Le projet Core Pacific City au centre du système
L’affaire repose en grande partie sur le projet immobilier Core Pacific City (京華城購物中心), dossier emblématique de la gestion urbaine de Taipei sous le mandat de Ko Wen-je. Le tribunal établit que le ratio de surface constructible a été porté jusqu’à 840 %, une décision qui a mécaniquement augmenté la rentabilité du projet en permettant l’ajout de surfaces commerciales et donc des revenus locatifs plus élevés.
Selon les juges, cette modification n’est pas uniquement technique mais résulte d’un échange illégal, Ko Wen-je ayant perçu des pots-de-vin provenant du groupe Core Pacific Group (威京集團) dirigé par Sheen Ching-jing (沈慶京), pour un montant estimé à 2,1 millions NTD (56 756 €). Ces éléments montrent un lien direct entre avantages financiers privés et décisions publiques, ce qui constitue le cœur de la qualification pénale retenue.
Un réseau impliquant élus et acteurs économiques
Le jugement met en évidence un système plus large impliquant plusieurs responsables politiques et économiques, ce qui renforce la gravité de l’affaire. La conseillère municipale Angela Ying (應曉薇) est condamnée à 15 ans et 6 mois de prison, assortis d’une amende de 10 millions NTD (270 270 €) pour corruption et blanchiment d’argent, tandis que Sheen Ching-jing (沈慶京) écope de 10 ans de prison et d’une amende de 20 millions NTD (540 540 €) pour corruption et profits illégaux.
D’autres fonctionnaires, notamment issus de l’urbanisme, reçoivent également des peines, illustrant une chaîne de décisions administratives influencées à plusieurs niveaux. L’ensemble de ces condamnations montre que les pratiques incriminées ne relevaient pas d’un acte isolé mais d’un fonctionnement structuré impliquant plusieurs acteurs clés du système politico-économique.
Impact politique immédiat et tensions croissantes
La condamnation de Ko Wen-je entraîne des conséquences politiques directes, notamment son exclusion de facto de l’élection présidentielle de 2028, la loi Présidentielle (總統副總統選舉罷免法) interdisant toute candidature pour les personnes condamnées à plus de 10 ans de prison. Malgré cela, le Parti du peuple taïwanais (台灣民眾黨) refuse toute sanction interne et parle de persécution politique, son président Huang Kuo-chang (黃國昌) affirmant que l’affaire s’inscrit dans une logique de ciblage judiciaire.
En réaction, environ 200 partisans se sont rassemblé devant le tribunal pour soutenir Ko, tandis que des opposants réclament l’exécution de la peine, obligeant les forces de l’ordre à intervenir pour séparer les deux camps. Cette polarisation illustre la dimension désormais politique du dossier, au-delà de son volet judiciaire.
Une procédure loin d’être terminée
Les avocats de Ko Wen-je annoncent immédiatement leur intention de faire appel, ce qui ouvre une nouvelle phase judiciaire susceptible de modifier, voire d’annuler partiellement la décision. Le tribunal refuse cependant d’assouplir les conditions de liberté sous caution, notamment le dépôt de 70 millions NTD (1 891 892 €) et le port d’un bracelet électronique, estimant que le risque de fuite et de manipulation de preuves reste élevé au regard de la sévérité de la peine.
L’affaire devient ainsi un test majeur pour la crédibilité du système judiciaire taïwanais, en posant des questions sur la gestion des financements politiques, la régulation de l’urbanisme et les relations entre pouvoir public et intérêts privés.
Le TPP refuse toute sanction interne
Le Parti du peuple taïwanais (台灣民眾黨) adopte une ligne claire après le verdict et refuse toute sanction contre son fondateur Ko Wen-je (柯文哲), malgré la gravité de la condamnation. Son président, Huang Kuo-chang (黃國昌), affirme que l’affaire relève d’une persécution politique orchestrée par le pouvoir en place et non d’une faute interne relevant de l’éthique du parti. Cette position repose sur une distinction revendiquée entre discipline partisane et procédure judiciaire, le TPP estimant que ses mécanismes internes ne doivent pas s’appliquer à des membres qu’il considère comme ciblés par le système judiciaire.
Le parti s’appuie notamment sur le précédent de Ann Kao (高虹安), ancienne maire de Hsinchu, dont la condamnation pour corruption avait été annulée en appel, pour justifier une posture d’attente. Dans cette logique, aucune exclusion ni mesure disciplinaire n’est envisagée, ce qui contraste avec les pratiques observées dans d’autres formations politiques et alimente le débat sur la responsabilité des partis face aux affaires judiciaires impliquant leurs dirigeants.
Rappel des cas liés à l’affaire Ko
| Accusé | Fonction | Chef(s) d’accusation | Peine | Privation des droits civiques |
|---|---|---|---|---|
| Ko Wen-je (柯文哲) | Ancien maire de Taipei | Corruption, profits illégaux, abus de confiance, détournement de fonds publics | 17 ans | 6 ans |
| Sheen Ching-jing (沈慶京) | Président de Core Pacific Group (威京集團) | Corruption active, profits illégaux | 10 ans | 5 ans |
| Angela Ying (應曉薇) | Conseillère municipale KMT à Taipei | Corruption, blanchiment d’argent | 15 ans et 6 mois | 6 ans |
| Wu Shun-min (吳順民) | Assistant d’Angela Ying | Corruption | Non coupable | – |
| Pong Cheng-sheng (彭振聲) | Ancien maire adjoint de Taipei | Profits illégaux | 2 ans (sursis 3 ans) | 1 an |
| Huang Ching-mao (黃景茂) | Ancien directeur du département de l’urbanisme de Taipei | Profits illégaux | 6 ans et 6 mois | 3 ans |
| Shao Hsiu-pei (邵琇珮) | Ancienne secrétaire exécutive de la commission d’urbanisme de Taipei | Profits illégaux | 1 an et 3 mois (sursis 3 ans) | – |
| Lee Wen-tsung (李文宗) | Ancien directeur du bureau du maire de Taipei | Abus de confiance, détournement de fonds publics, corruption | 4 ans et 6 mois | – |
| Lee Wen-chuan (李文娟) | Ancienne responsable RP Muko | Détournement de fonds publics, falsification de comptes | 2 ans et 4 mois | – |
| Tuanmu Cheng (端木正) | Comptable | Faux documents | 1 an | – |
| Chang Chih-cheng (張志澄) | Superviseur chez Core Pacific Group | Corruption active | Non coupable | – |
L’essentiel à retenir
- ⚖️ Ko Wen-je (柯文哲) condamné à 17 ans pour corruption et détournement
- 🏗️ Projet Core Pacific City (京華城) au cœur de l’affaire
- 💰 Pots-de-vin estimés à 2,1 millions NTD (56 756 €)
- 🧑⚖️ Plusieurs élus et dirigeants condamnés dans le même dossier
- 🗳️ Inéligible pour la présidentielle de 2028
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