La carte diplomatique de Taïwan se rétrécit depuis trente ans. Chaque pays qui bascule vers Pékin est une perte concrète : moins de sièges dans les organisations internationales, moins de destinations officielles pour le président, moins de légitimité aux yeux du monde. L’Amérique latine a été le théâtre de la plupart de ces revers. Mais le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a redistribué les cartes dans la région. Washington pousse fort pour réduire l’influence chinoise dans ce qu’il considère comme son arrière-cour. Taïwan, qui partage cet objectif, tente d’en tirer parti. La fenêtre est étroite, mais elle existe.
Honduras : le candidat le plus sérieux à un retour
C’est le cas le plus concret, le plus avancé, et probablement le plus surveillé par Pékin. Nasry « Tito » Asfura, élu président du Honduras en décembre dernier, a été soutenu par Trump lors de sa campagne contre la candidate pro-Pékin Xiomara Castro. Peu après sa victoire, il a rencontré Trump à Mar-a-Lago et déclaré publiquement envisager de rétablir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan. Ce n’est pas une formule vague : le Honduras avait rompu avec Taipei en 2023, faisant partie d’une série de ruptures qui a amputé Taïwan de plusieurs alliés latino-américains en moins de vingt ans. Un retour serait historique. La dernière fois qu’un pays a coupé ses liens avec Pékin pour renouer avec Taipei remonte à 2007, avec Sainte-Lucie.
Pour Timothy Rich, professeur de sciences politiques à la Western Kentucky University, « un retour vers Taïwan est réaliste » et des responsables taïwanais lui ont confirmé cette lecture. Les analystes soulignent que le Honduras présente un profil géopolitiquement « sûr » : trop petit pour que Pékin déclenche une réaction disproportionnée, mais suffisamment symbolique pour que Taipei marque un point. Rétablir ce lien donnerait aussi au président taïwanais une destination supplémentaire pour des visites officielles — et, indirectement, une justification pour des escales aux États-Unis, terrain de négociation permanent avec Washington.
Le risque existe toutefois. L’histoire de la diplomatie du pendule est peu flatteuse pour Taïwan. Nicaragua, Le Gambie, Le Liberia et Nauru ont tous reconnu Taipei à un moment, avant de retourner vers Pékin. La puissance économique chinoise finit souvent par l’emporter. « Il n’y a aucune garantie que le prochain président hondurien maintienne des relations avec Taïwan », avertit Ross Darrell Feingold, avocat et analyste du risque politique basé à Taipei. Taïwan pourrait investir en aide et en coopération pendant plusieurs années, pour tout perdre au prochain cycle électoral.
Panama : rapprochement prudent après neuf ans de silence
Panama est un cas différent, mais tout aussi stratégique. Le pays a rompu avec Taïwan en 2017, après plus d’un siècle de relations officielles. Depuis, le contact était quasi nul — jusqu’en 2025. Le tournant est venu de Washington. En février 2025, le secrétaire d’État Marco Rubio s’est rendu au Panama et dans plusieurs pays voisins avec un message clair : réduire la présence chinoise dans la région, à commencer par le canal de Panama (運河). Dans la foulée, Panama a annoncé son retrait de l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie (一帶一路, Belt and Road Initiative), devenant le premier pays d’Amérique latine à quitter ce programme. Les contrats portuaires du groupe CK Hutchison, basé à Hong Kong, sur les deux rives du canal ont été annulés après une décision judiciaire.
La gestion intérimaire a été confiée à des entreprises occidentales — le Danois A.P. Moller-Maersk et le Suisse Mediterranean Shipping Co. Pour les États-Unis, l’enjeu dépasse le commerce : en cas de conflit dans le détroit de Taïwan (台灣海峽), le canal est un raccourci logistique indispensable pour déplacer des actifs navals de l’Atlantique vers le Pacifique. Si des entreprises liées à Pékin contrôlent les ports, jusqu’à 30 % de la flotte américaine pourrait être retardée, selon une analyse du Corps des Marines américains.
Sur le plan bilatéral avec Taïwan, deux délégations de parlementaires panaméens ont visité Taipei — en novembre 2025 et en février 2026 — malgré les pressions explicites de l’ambassade chinoise à Panama, qui avait demandé l’annulation immédiate du premier voyage. Le ministère taïwanais des Affaires étrangères (外交部) a indiqué que ces visites visaient notamment à faire connaître le secteur des semi-conducteurs taïwanais. Taïwan est par ailleurs le deuxième marché d’exportation du Panama après les États-Unis, avec une demande particulièrement forte pour les crevettes panaméennes. Mais les analystes tempèrent : un retour diplomatique officiel de Panama reste peu probable sans une pression économique forte et coordonnée de Washington.
Les alliés restants sous pression, le Paraguay en première ligne
Taïwan ne perd pas que du terrain — il doit aussi défendre ce qui reste. En Amérique latine, trois pays maintiennent encore des relations officielles avec Taipei : le Guatemala (瓜地馬拉), le Paraguay (巴拉圭) et le Belize (貝里斯). Chacun est dans le viseur de Pékin. Le Paraguay est le cas le plus scruté. Depuis fin 2023, au moins 19 parlementaires paraguayens et 5 journalistes ont été invités en Chine, les frais pris en charge par Pékin — une technique rodée d’influence douce. Mais le président paraguayen Santiago Peña se montre publiquement résistant. En décembre, sur son podcast, il a déclaré sans détour que tous les pays latino-américains ayant troqué Taïwan contre la Chine « sont dans une situation pire que celle du Paraguay ».
Ce type de déclaration est rare et notable : il signale une conscience claire du risque de dépendance économique à Pékin, au-delà des promesses d’investissement. Taïwan dispose d’atouts réels pour fidéliser ces alliés : des capitaux disponibles, une image positive à l’international, et une capacité de formation — illustrée par le programme de sécurité nationale de 23 jours offert à cinq responsables costariciens en mai 2025, le premier échange du genre depuis la rupture de 2007 entre les deux pays.
Le nerf de la guerre reste économique
Les diplomates taiwanais peuvent multiplier les visites et les signaux politiques — si l’offre économique n’est pas au rendez-vous, les pays d’Amérique latine continueront de regarder vers Pékin. C’est la lecture de Michael Cunningham, chercheur au Stimson Center de Washington : « Les pays d’Amérique latine se tournent vers la Chine pour des opportunités économiques et des investissements que personne d’autre ne fournit. » Le Costa Rica en est l’exemple le plus parlant. Après presque vingt ans de relations officielles avec Pékin, San José fait face à un déséquilibre commercial persistant, à des projets d’infrastructure abandonnés et à des investissements directs chinois qui n’ont jamais dépassé en moyenne 3 millions de dollars par an.
C’est peu pour un pays qui espérait un levier de développement. Taiwan peut jouer sur plusieurs tableaux : sa puissance technologique, ses investissements dans des projets ciblés, et la crédibilité que lui confère son modèle de développement. Mais sans un soutien économique coordonné avec les États-Unis, l’Europe et leurs partenaires, les percées resteront fragiles. La diplomatie du chéquier chinois se joue sur le long terme — et Pékin a les réserves pour tenir.
L’essentiel à retenir
- 🗺️ Taïwan ne compte plus que 12 alliés diplomatiques dans le monde, contre plus de 30 à la fin de la Guerre froide
- 🤝 Le Honduras est le candidat le plus crédible pour renouer officiellement avec Taipei, soutenu par la proximité de son président avec Trump
- 🚢 Le retrait du Panama des Nouvelles routes de la soie et l’annulation des contrats portuaires de CK Hutchison ouvrent un espace inédit pour Taïwan
- 🛡️ Le Paraguay résiste aux pressions chinoises, mais au moins 19 parlementaires y ont déjà été invités en Chine depuis fin 2023
- 💰 Sans engagement économique concret de Taïwan et des États-Unis, la diplomatie d’influence chinoise restera structurellement plus puissante en Amérique latine

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