Olfert Dapper, l’homme qui cartographia Taïwan depuis son salon d’Amsterdam en 1670

Olfert Dapper, géographe néerlandais du XVIIe siècle, a produit la première description illustrée de Taïwan sans jamais quitter Amsterdam.

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L’histoire s’écrit parfois depuis un bureau. Au XVIIe siècle, un médecin néerlandais a produit l’un des premiers portraits détaillés de Formose — nom européen de Taïwan — sans avoir quitté Amsterdam une seule fois de sa vie. Olfert Dapper (1636–1689) était géographe, polyglot et chercheur infatigable. Ses ouvrages sur l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient ont circulé dans toute l’Europe traduits en anglais, français et allemand. Son œuvre sur la Chine et Taïwan, publiée en 1670, reste aujourd’hui une source historique de premier plan pour comprendre ce qu’était l’île pendant la période de colonisation hollandaise. Un cas fascinant de savoir construit à distance, à une époque où les informations voyageaient par navire.

Un géographe qui ne voyagea jamais

Né dans le quartier populaire du Jordaan à Amsterdam, Olfert Dapper a fait ses études de médecine à l’Université d’Utrecht. Il ne pratique pourtant pas longtemps la médecine. Dès 1663, il publie une description historique d’Amsterdam en cinq volumes, dédiée au bourgmestre Cornelis Witsen. C’est le début d’une carrière entièrement consacrée à la géographie et à l’ethnographie des contrées lointaines. Il travaille avec l’éditeur Jacob van Meurs, spécialisé dans les ouvrages illustrés de grande qualité.

Dapper ne se déplace pas : il compile, synthétise et structure les rapports que lui transmettent des marchands, diplomates et explorateurs de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). Des noms comme Isaac Vossius, Joan van Hoorn, Balthasar Bort ou Samuel Blommaert lui fournissent des témoignages de première main. Sa méthode est rigoureuse pour l’époque : trois ans de recherches pour son ouvrage sur l’Afrique, consultation d’une quantité importante de sources variées, recoupement des informations. Il meurt en 1689 dans sa maison de la Leidsegracht, à Amsterdam, sans avoir jamais traversé une frontière.

L’ouvrage de 1670 : Taïwan vue depuis Amsterdam

En 1670, Jacob van Meurs publie le Gedenkwaerdig bedryf — que l’on peut traduire par « Les mémorables entreprises de la Compagnie des Indes orientales néerlandaises sur les côtes et dans l’empire de Chine ». L’ouvrage se divise en trois parties et couvre les deuxième et troisième ambassades hollandaises auprès de la cour de Chine, les opérations militaires de l’amiral Balthasar Bort le long des côtes du Fujian, et une description générale de l’empire chinois. Taïwan y apparaît sous le nom de Formose/Tayowan (臺灣).

Le livre contient une carte double-page, 34 gravures sur cuivre représentant villes, temples, plantes, costumes et artefacts, ainsi que 57 vignettes dans le texte. Ces illustrations, réalisées par les graveurs de van Meurs, s’appuient notamment sur un manuscrit du jésuite espagnol Adriano de Las Cortes, qui avait voyagé en Asie au début du XVIIe siècle. L’ouvrage est traduit en allemand dès 1676. Il constitue, avec le Atlas Chinensis (1671) de John Ogilby — qui s’est lui-même appuyé sur les textes de Dapper — l’une des principales références européennes sur Taïwan au XVIIe siècle.

Ce que Dapper raconte sur les habitants de Formose

Le texte de Dapper s’appuie largement sur les rapports rédigés par des agents de la VOC présents à Taïwan entre 1624 et 1662. Parmi eux, le Écossais David Wright, employé de la Compagnie, qui visite l’île vers 1650 et rédige des notes sur les peuples autochtones et leur rapport à la religion. Wright décrit notamment les Siraya (西拉雅), peuple austronésien du sud-ouest de l’île, ainsi que leurs pratiques sociales et spirituelles. Le pasteur Georgius Candidius, présent à Taïwan dès 1628, est également cité.

Ses observations sur les communautés autochtones constituent l’un des premiers documents ethnographiques sur l’île. Dapper intègre ces témoignages pour brosser un tableau de la vie quotidienne à Formose : organisation sociale des villages, pratiques de chasse, coutumes religieuses. Les illustrations du livre — notamment celles qui représentent des habitants de la Formose hollandaise en tenue traditionnelle — ont largement façonné l’image que les Européens se faisaient de Taïwan pendant près d’un siècle.

L’héritage de Dapper dans l’historiographie de Taïwan

Les travaux de Dapper restent des outils précieux pour les historiens spécialisés dans la période hollandaise de Taïwan (1624–1662). Ils sont régulièrement cités dans les études académiques sur les peuples autochtones de l’île, notamment celles portant sur les Siraya et sur la politique d’évangélisation menée par la VOC. L’ouvrage de 1670 est consultable en ligne, numérisé par l’Université de Heidelberg.

Sur le marché des livres anciens, les exemplaires de la première édition s’échangent aujourd’hui entre 2 000 et 5 000 dollars américains selon l’état de conservation. Le nom de Dapper reste également attaché à la ville d’Amsterdam : la rue Dapper (Dapperstraat), la place Dapper (Dapperplein) et le quartier Dapper (Dapperbuurt) portent son nom. À France, la Fondation Dapper, dédiée aux cultures africaines et caribéennes, lui a rendu hommage de 1986 à 2017. Une reconnaissance tardive pour un homme qui a mis l’Asie en mots sans jamais l’avoir vue.

Foire aux Questions

Olfert Dapper a-t-il vraiment décrit Taïwan sans y aller ?

Oui. Dapper n’a jamais quitté les Pays-Bas. Toute sa géographie repose sur des sources secondaires : rapports de la VOC, témoignages de diplomates, récits de missionnaires et manuscrits de voyageurs. Sa méthode était rigoureuse pour l’époque, mais ses descriptions comportent des imprécisions inévitables, notamment sur les populations autochtones dont il reprend parfois les observations de seconde main sans pouvoir les vérifier sur le terrain.

Où peut-on consulter son ouvrage sur la Chine et Taïwan ?

Le Gedenkwaerdig bedryf de 1670 est accessible gratuitement en ligne, numérisé par l’Université de Heidelberg et archivé sur Internet Archive. Les bibliothèques spécialisées en histoire de l’Asie en conservent également des exemplaires. Les éditions originales en bon état sont rares et se négocient plusieurs milliers de dollars sur le marché des livres anciens.

Quel est le lien entre Dapper et les peuples autochtones de Taïwan ?

Son ouvrage de 1670 contient certaines des premières descriptions illustrées des populations autochtones de Formose, notamment les Siraya (西拉雅). Ces descriptions, basées sur les rapports du pasteur Georgius Candidius (1628) et du voyageur David Wright (vers 1650), constituent aujourd’hui des sources primaires pour les historiens et les chercheurs en études autochtones taïwanaises.

L’essentiel à retenir

  • 📚 Olfert Dapper (1636–1689) était un géographe néerlandais qui a décrit Taïwan en 1670 sans jamais quitter Amsterdam
  • 🗺️ Son ouvrage Gedenkwaerdig bedryf (1670) contient l’une des premières descriptions illustrées de Formose destinées au public européen
  • 🏝️ Dapper s’appuie sur les rapports d’agents de la VOC, dont l’Écossais David Wright et le pasteur Georgius Candidius, actifs à Taïwan vers 1624–1662
  • 🖼️ Le livre comporte 34 gravures sur cuivre et 57 vignettes représentant les habitants, les villes et la nature de l’Asie orientale
  • 🏛️ Son nom est toujours gravé dans Amsterdam à travers une rue, une place et un quartier qui portent son nom

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À propos de l'auteur

  • Luc

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