Yan Siqui (顏思齊), le pirate qui a ouvert Taïwan aux Han

Qui était Yan Siqui, ce pirate du Fujian qui collabora avec la VOC et ouvrit Taïwan à la colonisation han ?

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Un navigateur, un fugitif, un bâtisseur. L’histoire de Taïwan commence souvent avec les Hollandais ou Koxinga, mais un homme les a précédés. Yan Siqui (顏思齊), marchand armé originaire du Fujian, pose le pied sur l’île au début du XVIIe siècle et y établit les premières implantations han organisées. Il est peu connu en dehors de l’île. Pourtant, sans lui, la colonisation han de Taïwan aurait peut-être pris un autre visage. Son histoire mêle piraterie, commerce, fuite et fondation — et reste, quatre siècles plus tard, au cœur de débats historiques que les chercheurs taïwanais n’ont pas fini de trancher.

Un homme entre deux mondes : le Fujian et le Japon

Yan Siqui naît en 1586 à Qingqiao (青礁村), dans le district de Haicheng, préfecture de Zhangzhou, province du Fujian — une région qui a toujours regardé vers la mer. Les sources le décrivent comme un homme maîtrisant les arts martiaux, généreux, respecté. Jeune, il fuit la Chine après avoir tué un domestique d’une famille influente. Il s’installe au Japon, à Nagasaki, où il travaille d’abord comme tailleur. En quelques années, sa fortune s’améliore. Il devient un nœud central du réseau marchand chinois du port, connu sous le surnom japonais de «甲螺 » — chef de communauté. Il se convertit au catholicisme pour faciliter ses affaires à Manille, et se fait appeler Pedro — d’où son nom espagnol Pedro Chino et son surnom néerlandais Chinese Peter.

Son réseau s’étend rapidement. Il s’associe avec d’autres marchands-pirates, dont le jeune Zheng Zhilong (鄭芝龍), futur maître des mers de Chine, et le marchand Yang Tiansheng (楊天生). Les sources tardives — notamment les Mémoires extérieurs de Taïwan (台灣外記) de Jiang Risheng, rédigés à l’époque Qing — racontent qu’avec vingt-cinq compagnons, dont Zheng Zhilong, ils auraient comploté pour renverser le shogunat Tokugawa. Le complot aurait été découvert, les forçant à fuir. Cette version est pourtant mise en doute par la quasi-totalité des historiens : aucune source japonaise contemporaine ne la confirme, et la logique politique du Japon de l’époque pointe vers une autre explication. Le shogunat Tokugawa resserrait alors son contrôle sur le commerce extérieur, réduisant les marges de manœuvre des marchands chinois. C’est ce durcissement, et non un complot romantique, qui les pousse probablement à partir.

L’implantation à Taïwan : pirates, Hollandais et pionniers

Yan Siqui arrive à Taïwan entre 1621 et 1624 selon les sources — la date reste disputée. Il dirige treize jonques et s’installe dans un port que les textes désignent sous le nom de Wanggang (魍港). Ce point géographique a lui-même alimenté une controverse durable : pendant des décennies, on a cru que Wanggang correspondait à l’actuelle Beigang (北港鎮), dans le comté de Yunlin. Les historiens taïwanais ont depuis établi que Wanggang désigne en réalité la zone de Budai (布袋鎮好美里), dans le comté de Chiayi — les deux localités étant clairement distinguées sur les cartes anciennes hollandaises.

L’installation de Yan Siqui coïncide avec un moment charnière. En 1622, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) s’établit à Penghu. En 1624, sous l’influence du marchand Li Dan (李旦) — dont Yan Siqui est décrit comme le principal lieutenant à Taïwan —, les Hollandais sont redirigés vers le sud-ouest de l’île. Le groupe de Yan Siqui collabore activement avec la VOC : il navigue sous pavillon hollandais pour attaquer les navires espagnols et portugais à destination de Manille et Macao, partageant les prises avec la Compagnie. En parallèle, il organise le recrutement de paysans pauvres du Fujian pour défricher les terres taïwanaises. La VOC fournit le capital, les outils et les bœufs. Yan Siqui fournit les hommes. C’est l’acte fondateur de la colonisation han de Taïwan.

Les traces de ce défrichement ont traversé les siècles. La région des « neuf districts extérieurs de Zhuluo » (諸羅外九莊), qui correspond grossièrement au centre-ouest de Taïwan, porte encore les empreintes de cette première vague de colonisation. Sa tombe se trouve aujourd’hui sur le territoire de la montagne Jiangjun (將軍山), dans le district de Baihe (白河區) à Tainan, à l’intérieur d’un camp militaire — ce qui limite l’accès au grand public.

Une mort brutale, un héritage disputé

En septembre 1625, Yan Siqui meurt à Zhuluo — aujourd’hui Chiayi (嘉義). Il a entre 37 et 39 ans. La cause exacte de sa mort est incertaine : la version la plus répandue évoque une fièvre typhoïde contractée lors d’une partie de chasse. D’autres sources mentionnent une attaque de populations autochtones, ou des blessures reçues lors d’un bombardement hollandais contre des pirates. À sa mort, ses troupes passent sous le commandement du jeune Zheng Zhilong, qui n’a alors que 22 ans — et qui deviendra l’homme le plus puissant de la mer de Chine méridionale avant d’être le père de Koxinga (國姓爺).

L’héritage de Yan Siqui est resté longtemps flou, en partie parce que les sources principales le concernant sont des textes romanesques de l’époque Qing, pas des archives officielles. Les rares mentions dans les documents officiels Ming — notamment les Annales longues de Chongzhen (崇禎長編) — le désignent comme un « pirate des mers » et confirment que Zheng Zhilong avait d’abord servi sous ses ordres. C’est l’historien Weng Jiayin (翁佳音), chercheur associé à l’Institut de recherche sur l’histoire de Taïwan de l’Academia Sinica (中央研究院台灣史研究所), qui a établi de façon rigoureuse — à partir des archives de la VOC — que le Pedro Chino des sources néerlandaises et espagnoles est bien Yan Siqui.

Depuis les années 1950, sa mémoire a été récupérée à des fins identitaires et touristiques. Des stèles commémoratives ont été érigées à Beigang (北港) dans le comté de Yunlin, et l’appellation « première commune de Taïwan » (台灣第一庄) a été revendiquée par plusieurs localités, notamment Shuiling (水林鄉). Ces revendications symboliques masquent parfois la réalité historique : les sites de Beigang et Shuiling proposés dans les années 1950 et 1970 se trouvaient au XVIIe siècle en pleine mer ou sur des bancs de sable, et ne pouvaient pas physiquement servir de base à Yan Siqui. Le débat reste ouvert, alimenté par des fouilles archéologiques récentes — notamment la découverte en 2020 d’un puits ancien lors de la rénovation du fort Provintia (赤崁樓) à Tainan, dont la technique de construction rappelle les puits à sept angles trouvés dans le district de Shuiling.

Foire aux Questions

Yan Siqui était-il vraiment un pirate ou un marchand ?

La distinction est artificielle pour l’époque. Au XVIIe siècle en Asie du Sud-Est, les marchands armés opéraient à la fois dans le commerce légal, la contrebande et la piraterie selon les circonstances et les opportunités. Yan Siqui est désigné dans les sources officielles chinoises comme un « pirate des mers » (海寇), mais il gérait aussi des réseaux commerciaux structurés, collaborait avec la VOC et organisait la colonisation agricole. Les deux activités étaient indissociables.

Pourquoi son histoire est-elle si peu connue en dehors de Taïwan ?

Yan Siqui n’a pas laissé d’archives personnelles, et les principales sources le concernant sont des textes semi-romanesques rédigés des décennies après sa mort. Les grandes puissances coloniales européennes — dont les archives ont mieux survécu — le mentionnent uniquement sous son nom baptisé Pedro Chino ou Chinese Peter, sans toujours faire le lien avec le personnage taïwanais. Ce n’est que grâce au travail comparatif d’historiens comme Weng Jiayin que l’identification a été solidement établie.

Peut-on visiter sa tombe ou les sites liés à son histoire ?

La tombe de Yan Siqui se trouve dans l’enceinte d’un camp militaire à Baihe (白河區), district de Tainan — l’accès est donc limité. Des stèles commémoratives sont visibles à Beigang (北港鎮), dans le comté de Yunlin. La localité de Budai (布袋鎮), dans le comté de Chiayi, revendique également son ancrage historique. Le fort Provintia (赤崁樓) à Tainan, où un puits ancien a été découvert en 2020, est lui pleinement accessible aux visiteurs.

L’essentiel à retenir

  • Yan Siqui (顏思齊), né en 1586 au Fujian, est considéré comme le premier colonisateur han organisé de Taïwan, arrivé entre 1621 et 1624.
  • 🤝 Il a collaboré avec la VOC néerlandaise pour attaquer les navires ibériques et recruter des paysans du Fujian pour défricher l’île.
  • 📍 Son port d’attache, Wanggang (魍港), correspond aujourd’hui à Budai dans le comté de Chiayi — et non à Beigang comme longtemps affirmé.
  • 📜 Sa mort en septembre 1625 à Chiayi laisse ses troupes à Zheng Zhilong, père de Koxinga et futur maître de la mer de Chine méridionale.
  • 🔍 Son identification avec le Pedro Chino des sources néerlandaises a été établie par l’historien Weng Jiayin de l’Academia Sinica à partir des archives de la VOC.

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À propos de l'auteur

  • Luc

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