Rencontre avec Gregory Defraize président de l’UFE Corée du Sud et expatrié en Asie depuis plus de 20 ans

Expatriation, scolarité, familles binationales et représentation : entretien avec Grégory, président de l’UFE Corée du Sud.

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Installé en Corée du Sud depuis près de vingt ans, Grégory incarne une génération d’expatriés partis sans plan de carrière tracé, mais restés par conviction. Formé en cuisine en Savoie, passé par l’hôtellerie cinq étoiles à Séoul, aujourd’hui étudiant en Global Management, il préside l’UFE Corée du Sud et souhaite structurer un bureau à Taïwan. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, les défis des Français d’Asie et les enjeux concrets de la représentation communautaire à l’étranger.

Peux-tu te présenter en quelques mots et revenir sur ton parcours avant ton expatriation ?

Bonjour Luc, tout d’abord merci pour cet entretien pour le magazine insidetaiwan.net.

Je m’appelle Grégory, j’ai 43 ans et je viens de Chambéry, en Savoie. J’y suis né et j’y ai grandi avec ma mère, tout simplement, mais avec toujours des idées d’aventure plein la tête.

Mon parcours avant mon départ de la France est assez simple. J’ai commencé par un CAP cuisine en apprentissage dans un restaurant une étoile en Savoie. J’ai obtenu mon diplôme en deux ans et j’ai terminé Meilleur Apprenti du département 73 en 2001. Cette même année, à 18 ans, je suis venu pour la première fois en Corée du Sud, à Ulsan et au Japon. Ce qui devait être un voyage d’un mois s’est finalement transformé en un séjour de deux ans. Il y avait quelque chose ici qui me retenait, même si je ne savais pas encore vraiment quoi.

Par la suite, j’ai obtenu mon baccalauréat en candidat libre en 2005. Aujourd’hui, à 43 ans, je suis en train de préparer un Master en Global Management. Apparemment, le parcours scolaire traditionnel n’était pas fait pour moi… mais je n’ai jamais cessé d’apprendre.

Pourquoi as-tu choisi de t’installer en Corée du Sud ?

À l’époque, rien ne me prédestinait particulièrement à venir en Corée du Sud. C’était le début d’Internet, et la Corée était un pays très différent, très peu connu et encore peu ouvert sur le monde. Même à Séoul, les gens se retournaient dans la rue en me voyant.

C’est étrange, mais je ne peux pas vraiment l’expliquer : je n’ai pas choisi la Corée, c’est plutôt elle qui m’a choisi. Je me suis simplement adapté, en restant simple et positif. Chaque jour était une découverte, une nouvelle expérience.

En 2007, un ami rencontré lors de mon premier séjour m’a rappelé pour participer à l’ouverture d’un restaurant à Séoul. En six semaines, j’ai réglé toutes mes affaires en France et je suis monté dans l’avion, sans trop me poser de questions.

Comment s’est passée ton arrivée sur place ?

En 2001, je venais rendre visite à des amis étudiants coréens que j’avais rencontrés en France. Ils sont venus me chercher à l’aéroport d’Incheon, qui venait tout juste d’ouvrir. Ils m’ont hébergé et m’ont fait découvrir leur pays. Ce fut ma première véritable expérience internationale, en immersion totale.

En 2007, en revanche, je suis revenu pour le travail. Mon employeur de l’époque s’est très bien occupé de moi. Mais comme beaucoup, j’ai rapidement été confronté aux problématiques de visa. Je n’ai pas pu continuer avec lui et j’ai dû trouver rapidement un autre employeur pour obtenir un visa de travail et rester légalement en Corée.

Cette contrainte s’est finalement révélée être une opportunité : elle m’a ouvert les portes d’une carrière dans l’hôtellerie cinq étoiles, où j’ai évolué pendant huit ans.

Quelles ont été les principales difficultés que tu as rencontrées en expatriation ?

Aujourd’hui, cela va bientôt faire vingt ans que je suis parti. Il m’est parfois difficile de me replonger exactement dans l’état d’esprit de l’époque, mais s’il y a bien une chose qui m’a marqué, c’est l’isolement.

Être loin de son pays et de sa famille est une épreuve, surtout à une époque où les moyens de communication étaient limités. Il n’y avait pas encore les appels vidéo ou les messageries instantanées. Pour appeler la France, il fallait utiliser des cartes téléphoniques internationales depuis un téléphone fixe. Le lien était plus fragile, plus distant.

Tout était également très différent dans la vie quotidienne. On ne trouvait pas facilement de produits européens — je me souviens par exemple qu’il était impossible de trouver du Nutella, sauf si l’on connaissait quelqu’un ayant accès à la base américaine. Le coût de la vie était plus bas, mais les salaires l’étaient aussi. À mes débuts, je travaillais six jours par semaine, avant que la législation évolue.

Malgré tout, je vivais bien. J’étais jeune, curieux, je sortais beaucoup et je découvrais un nouveau monde. À l’époque, je ne pensais pas m’installer durablement ; je pensais simplement continuer à voyager.

Avec le recul, qu’est-ce qui t’a le plus surpris dans la vie en Corée du Sud ?

Après avoir traversé des hauts et des bas, et notamment la période du COVID, ce qui m’a le plus marqué, c’est la capacité des Coréens à se mobiliser collectivement.

Ils peuvent parfois sembler désorganisés ou peu structurés au premier abord, mais pendant la pandémie, ils ont démontré une force impressionnante : celle d’agir ensemble, avec discipline et solidarité, pour le bien commun. Vivre cela de l’intérieur a été très fort.

En vingt ans, j’ai vu le pays se transformer à une vitesse incroyable. La Corée du Sud a su s’adapter, se moderniser et s’ouvrir au monde de manière remarquable. C’est passionnant d’en être témoin au quotidien.

Ces dernières années, j’ai aussi observé un changement intéressant : de plus en plus de jeunes Européens arrivent ici avec un projet clair de s’y installer durablement. À mon époque, c’était très différent. Certains arrivent aujourd’hui en parlant déjà coréen, ce qui montre à quel point le pays attire et inspire.

La Savoie te manque-t-elle parfois ? Si oui, quoi en particulier ?

La Savoie, et plus largement la France, me manquent chaque jour, bien sûr. Les gens, la culture, les paysages, la gastronomie — tout ce qui constitue mon socle, mon identité.

Mais je suis heureux ici. La Corée est devenue ma maison. On peut avoir le cœur partagé entre deux pays, et finalement se sentir chez soi dans les deux.

Comment as-tu découvert l’UFE (Union des Français de l’Étranger) ?

L’Union des Français de l’Étranger (UFE) existe dans le monde depuis 1927, mais en Corée du Sud, sa relance est récente puisqu’elle date de 2022. À l’époque, c’est Anne-France Larquemin qui a relancé l’association ici. Elle m’a proposé de rejoindre son équipe, estimant que mon ancienneté en Corée et ma connaissance du terrain pouvaient être utiles pour structurer l’organisation et développer les rendez-vous et événements UFE.

Concrètement, qu’est-ce que l’UFE et à quoi sert cette association ?

L’UFE est une association apolitique et reconnue d’utilité publique qui a pour mission d’accompagner, informer et rassembler les Français établis hors de France. Elle agit comme un réseau de solidarité et de proximité.

Concrètement, elle aide les expatriés à mieux comprendre leurs droits et démarches (administratives, scolaires, sociales), organise des rencontres pour créer du lien au sein de la communauté française et peut également orienter vers des interlocuteurs compétents en cas de difficulté.

L’UFE joue aussi un rôle de relais entre les Français de l’étranger et les institutions françaises, en faisant remonter les problématiques locales et en défendant les intérêts de la communauté.

Quel est ton rôle personnel au sein de l’UFE en Corée du Sud ?

Je suis aujourd’hui le Président de l’UFE Corée du Sud. Nous sommes cinq personnes dynamiques et motivées au sein du bureau, et nous travaillons ensemble pour faire vivre l’association.

Notre rôle est d’organiser des événements, de créer des moments de rencontre, mais aussi d’être à l’écoute des Français installés ici, qu’ils soient nouvellement arrivés ou présents depuis longtemps.

Quel est le rôle du Président d’une association reconnue d’utilité publique comme l’UFE ?

En tant que Président de l’UFE, je représente bien sûr la communauté de nos adhérents, mais pas uniquement. Je suis également invité à participer au Conseil des bourses scolaires, où je peux donner un avis et défendre certaines demandes. Je participe régulièrement à des événements officiels et assure un rôle de représentation et de lien avec les institutions.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis que rencontrent les Français de l’étranger en Asie ?

Il est difficile de répondre pour l’ensemble de l’Asie, car chaque pays a ses spécificités. En Corée du Sud et à Taïwan, l’un des principaux sujets concerne clairement les frais de scolarité dans les écoles françaises, ainsi que les incertitudes autour de l’avenir du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Les familles s’interrogent sur le coût des études, les bourses et la stabilité du système. Certains jeunes étudiants rencontrent également des difficultés une fois les cours commencés, notamment en raison de barrières linguistiques ou de formations qui ne sont pas toujours dispensées en anglais comme cela avait été annoncé.

Ces dernières années, d’autres problématiques ont émergé. Certaines jeunes femmes ont été confrontées à des situations graves, notamment des cas d’agressions facilitées par l’usage de substances dans des contextes festifs. Même dans des pays réputés sûrs comme la Corée du Sud, la vigilance reste indispensable.

Enfin, on observe une augmentation des familles binationale. Cela reflète une belle ouverture culturelle, mais cela peut aussi entraîner des situations complexes en cas de séparation ou de divorce, notamment concernant la garde des enfants et les questions juridiques transfrontalières.

Pourrais-tu nous partager une difficulté particulière rencontrée dans ta vie personnelle en Corée et qui t’a fait prendre conscience de certaines réalités ?

En tant que parent d’un enfant binational en Corée, et après avoir obtenu la garde, j’ai découvert une distinction importante dans le droit coréen : celle entre la garde de l’enfant et l’autorité parentale, qui peuvent être attribuées conjointement ou séparément. Beaucoup ignorent que perdre l’autorité parentale signifie perdre tout droit décisionnel concernant son enfant.

J’ai également pris conscience d’une particularité administrative : légalement, mon fils coréen de 4 ans est considéré comme le chef de famille sur les documents administratifs, ce qui peut surprendre et soulève des questions concrètes pour les familles binationales.

Est-ce difficile de défendre leurs intérêts et de les accompagner face aux administrations françaises ou locales ?

Je dois dire que l’Ambassade de France en Corée du Sud est aujourd’hui très réactive et accessible. Nous avons la chance d’avoir une équipe dynamique, proche de la communauté française.

Ces dernières années, les équipes sont plus jeunes, plus approchables et moins formelles que par le passé. Cela facilite le dialogue et permet d’avancer plus efficacement sur les dossiers. Bien sûr, il peut toujours y avoir des situations complexes, mais le lien avec l’administration est globalement constructif.

Quels sont les outils ou dispositifs que beaucoup de Français de l’étranger ignorent alors qu’ils pourraient leur être très utiles ?

Je pense que beaucoup de nos compatriotes ne connaissent pas certains dispositifs, ou n’osent tout simplement pas demander de l’aide.

Par exemple, il existe des permanences de psychologues référencés via l’ambassade, ainsi qu’un fonds d’entraide pour les personnes en grande difficulté. Beaucoup ignorent également qu’il existe des bourses scolaires accessibles, y compris pour certains enfants binationaux, selon les critères établis.

Ce qui m’a le plus surpris récemment, c’est le manque d’information concernant le rôle et même l’existence des conseillers des Français de l’étranger (NDR : Les prochaines élections des Conseillers Français de l’étranger auront lieu en Mai 2026). Pourtant, ils sont élus pour représenter et défendre les intérêts des Français établis hors de France, et ils peuvent être un relais précieux dans de nombreuses situations.

Tu aimerais créer un bureau de l’UFE à Taïwan… quel serait son rôle ?

En tant que président de l’Union des Français de l’Étranger Corée du Sud, et puisque la Corée et Taïwan relèvent de la même circonscription consulaire, j’ai constaté qu’il n’existait pas encore d’UFE à Taïwan.

J’ai donc pris contact avec une personne très motivée pour reprendre le flambeau sur place, avec l’accord du président de l’UFE Monde. L’objectif serait d’y créer un bureau local.

Son rôle serait le même que celui des 120 représentations de l’UFE à travers le monde : rassembler la communauté française, accompagner les nouveaux arrivants, créer du lien, informer sur les droits et dispositifs existants, et servir de relais avec les institutions françaises.

L’UFE est un réseau mondial, et Taïwan mérite pleinement d’en faire partie.

L’UFE est un réseau mondial, et Taïwan mérite pleinement d’en faire partie.

Grégory Defraize

Quels profils recherches-tu pour rejoindre ou soutenir l’association ?

Tous les Français et francophiles sont les bienvenus à l’UFE. Les jeunes, les moins jeunes, les expatriés de courte durée comme les résidents installés sur le long terme.

Nous faisons tous partie de la même communauté. L’association vit grâce à la diversité des profils et des parcours. Il n’y a pas de profil type : l’envie de s’impliquer et de créer du lien est déjà essentielle.

Si un Français installé en Corée du Sud ou à Taïwan hésite à te contacter, que lui dirais-tu ?

Je lui dirais de ne surtout pas hésiter. Qu’il trouve mon contact et m’écrive, ou qu’il vienne simplement me parler lors d’un événement si nous nous croisons.

En cas de difficulté, il est important de ne pas rester seul. Mon champ d’action est bien sûr limité, mais je peux orienter vers les bonnes personnes ou les bons interlocuteurs. Je suis, en quelque sorte, un relais — et parfois, cela suffit pour débloquer une situation. Ou simplement aller boire un verre.

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À propos de l'auteur

  • Luc

    Fondateur du webzine francophone Insidetaiwan.net
    Consultant en développement international 🚀des entreprises en Asie du Sud-Est
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