Sophie Colline : tisser la symbiose entre Taïwan et la France

Artiste franco-taïwanaise, Sophie Colline transforme des chutes textiles en œuvres engagées pour l’économie circulaire.

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Née à Taipei et installée en France depuis plus de 26 ans, Sophie Colline incarne une trajectoire artistique entre deux cultures. Commissaire d’exposition, artiste contemporaine et designer, elle est aujourd’hui professeure associée à l’Université Feng Chia à Taichung. Diplômée de l’École nationale supérieure de design de Bourges (DNSEP) et docteure en littérature comparée de l’Université Paris XII, elle a enseigné en France avant de revenir à Taïwan en 2010. Sa tournée d’expositions personnelles traverse Taipei, Taichung, Chiayi, Tainan et Kaohsiung, avec un engagement pour le développement durable et la réflexion sur le vivre-ensemble.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ? 

Je suis née à Taipei, Taïwan, mais je vis en France depuis plus de 26 ans et je possède la nationalité française.

Mon identité est plurielle. Je suis commissaire d’exposition, artiste contemporaine et designer, actuellement professeure associée à l’Institut des sciences industrielles, et j’ai travaillé à l’Université Feng Chia pendant plus de 15 ans. Je suis arrivée en France en 1992, puis en janvier 1996 pour y poursuivre mes études. J’y ai obtenu un diplôme de l’École nationale supérieure de design de Bourges (DNSEP) et un doctorat en littérature comparée de l’Université Paris XII, entre autres qualifications.

En France, j’ai enseigné le chinois à l’École Sainte-Marie, à l’École nationale d’ingénieurs de Bourges et au LIMEP, et j’ai été interprète assermentée auprès des tribunaux français. En 2003, mon époux, Jean Chen, et moi avons fondé la Galerie Art-Tension. J’ai participé au commissariat de la Biennale d’art contemporain de Bourges en 2006 et je me consacre à la création artistique depuis plus de 20 ans.

Pourquoi avoir choisi Taïwan, et pourquoi Taichung en particulier ?

Je suis née à Taïwan et j’y suis retournée pour le travail. L’université Feng Chia se trouve à Taichung, ville natale de ma mère. J’espère contribuer au développement et à l’évolution de Taïwan grâce à cette exposition.

Ma tournée d’expositions individuelles est en fait prévue en sélectionnant des salles d’exposition publiques dans les principales villes taïwanaises : Taipei, Taichung, Chiayi, Tainan et Kaohsiung.

Quels sont les défis que tu rencontres pendant ton expatriation ?

En avril 2010, l’université Feng Chia m’a invitée à rédiger une proposition pour son programme de master en design et à donner une conférence. Par la suite, elle m’a offert un poste de directrice par intérim et de professeure adjointe à temps plein. Cela a marqué mon retour à Taïwan après 13 ans. Pour moi, le plus grand défi a été de travailler avec les Taïwanais, leur attachement aux relations humaines.

Par exemple, ils font fi des règles et des réglementations, se concentrant uniquement sur les relations interpersonnelles ; parfois, une soirée de repas plus des vins peuvent déterminer l’issue d’une transaction commerciale ou des décisions importantes. Et le problème dangereux des voitures et des motos qui ne cèdent pas le passage aux piétons.

Comment est née l’exposition « Connaître, c’est Co-naître » ?

Depuis mes expositions « Double Talk » à la galerie Shinano Bashi d’Osaka, au Japon, en 2000, et au Parc créatif Huashan de Taipei en 2002, je crée des œuvres tridimensionnelles sur le thème de la division cellulaire à partir de tissus de récupération. Ces œuvres, qui explorent la réplication, le parasitisme, la destruction mutuelle, la coexistence et la symbiose propres à la division cellulaire, invitent à une réflexion sur les relations humaines et abordent diverses problématiques liées à la nature humaine.

En 2012, je suis retournée au Parc créatif Huashan de Taipei pour mon exposition personnelle « Antibodies for Life – Green Objects ». Cette exposition , intitulée « Connaître, c’est Co-naître », fait suite à mes précédentes expositions personnelles « Symbiosis – Weaving a Net-Zero Life », présentées au Centre national d’éducation artistique de Taipei en décembre 2024 et au Musée d’art Meiling de Chiayi en avril 2025. Elles visent à mettre en lumière la pollution environnementale mondiale, l’état actuel du développement durable et les inquiétudes qui en découlent.

Le thème du développement durable reste indissociable de la question des désirs humains : la surexploitation humaine a entraîné une réduction de l’espace habitable sur Terre et un creusement des inégalités entre riches et pauvres.

Que signifie pour toi ce titre ?

Personnellement, je porte un regard plutôt pessimiste sur l’état actuel de la pollution environnementale mondiale et du développement durable. Lors de ma précédente exposition, j’ai évoqué le mot « tissage », qui relève en réalité du rêve, d’un mythe inaccessible.

Tout comme les dialogues de mes films d’art vidéo : Me connais-tu ? Te connais-je ? Le connais-tu ? Nous connaissons-nous ? Connais-je ma mère ? À l’ère de l’intelligence artificielle, comprenons-nous vraiment le sens de notre existence ? Cette prétendue « compréhension » ne peut s’atteindre que par une interaction symbiotique, et non par la seule force d’un individu.

Pourquoi t’inspirer de Paul Claudel et de L’Art poétique (1907) ?

Paul Claudel a écrit dans L’Art poétique (1907):

« Nous ne naissons pas seuls. Naître, pour tout, c’est co-naître .”

“Toute naissance est une connaissance. Pour comprendre les choses, apprenons les mots qui en sont dans notre bouche l’image soluble. Ruminons la bouchée intelligible. La parenté est certaine qui relie les idées dans trois langues d’acquérir par l’esprit et de surgir ; genoumai et gignôsko, nasci, gignere, novi, cognoscere, naître et connaître. Jusqu’aux formes inchoatives et passives réparties entre les deux familles, tout, dans l’anatomie de ces verbes, veut dire. Interprétons, que toute chose qui s’inscrit dans la durée est requise par la constitution ambiante et préalable de sa condition complémentaire et trouve hors d’elle-même sa raison d’être qui se parfait en l’engendrant. J’appelle très proprement connaissance oui cette nécessité pour tout d’être partie : d’abord. Cette partie secondement, la liberté pour l’homme de la faire, de créer sa position lui-même sur l’ensemble ; et troisièmement cette répercussion, qui est de savoir ce qu’il fait.”

Le concept de symbiose de Paul Claudel correspond essentiellement au concept bouddhiste de cause à effet. Tout existe pour une raison ; chaque événement a un déclencheur qui a mené à son résultat. La seule façon de coexister harmonieusement est de se connaître et de comprendre l’origine de tous les phénomènes.

Quel message veux-tu faire passer à travers cette exposition ?

Lors de chaque exposition personnelle, j’organise également des ateliers gratuits de tissage à partir de chutes de tissu. J’espère qu’à travers mes expositions dans le nord, le centre et le sud de Taïwan, je pourrai sensibiliser tous les habitants de l’île principale aux enjeux de la protection de l’environnement, à la coexistence possible des différents groupes ethniques (malgré les divisions sociales liées à des histoires et des origines ethniques distinctes), et encourager les visiteurs à réfléchir à leur propre existence et à la question du vivre-ensemble.

Pourquoi travailler uniquement avec des chutes de tissu issues d’usines textiles ?

Les termes « tissu » et « tissu cellulaire » illustrent parfaitement le lien entre nos vêtements et notre vie. Pourtant, l’industrie textile est sans doute l’une des principales sources de pollution sur Terre. Chaque usine textile incinère inévitablement ses déchets de tissu pour s’en débarrasser, provoquant une grave pollution atmosphérique. J’ai collaboré avec TEX TIL pour créer des œuvres et des objets d’art exposés, à partir de leurs chutes de tissu fournies, que j’ai transformées en pièces artistiques ou fonctionnelles. J’ai également milité pour la mise en place d’ateliers de formation de formateurs qui travaillent le tissu à partir de ces chutes, dans le but de créer une économie circulaire et de remplacer l’incinération par le tissage.

Comment le public taïwanais réagit-il à ton travail ?

Mes œuvres, toujours présentées avec des couleurs vives et un style joyeux, féerique et dramatique, attirent de nombreux visiteurs. Certains parents amènent même leurs enfants à mes expositions. Même s’ils ne saisissent pas pleinement les concepts philosophiques français, ils peuvent au moins admirer des œuvres réalisées à partir de chutes de tissu et, ainsi, s’intéresser au tissage de ces mêmes chutes.

Ton statut de maître de conférences à l’Université Feng Chia influence-t-il ta création artistique ?

Je suis maître de conférences au département de génie industriel et de gestion des systèmes de l’université Feng Chia, où j’enseigne le cours « Développement et conception de produits ». Je défends depuis longtemps le design durable et, ces cinq dernières années, j’ai dirigé une équipe de recherche interdisciplinaire sur l’économie circulaire, explorant la faisabilité du recyclage des déchets industriels par une approche créative et innovante. Mes créations artistiques témoignent donc d’un style interdisciplinaire.

Quels liens existent-ils entre tes expositions à Taipei, Tainan, Chiayi et bientôt Taichung ?

Cette exposition au Centre culturel Taichung Dadun présentera certaines œuvres exposées au Centre national d’éducation artistique de Taipei, ainsi que la série thématique figurant sur cette carte d’invitation : [Coureur sans fin] (Endless Runner).

J’ai personnifié le « développement durable » sous la forme de deux licornes sans yeux ni ailes. Cette œuvre, inspirée du jeu vidéo, illustre le mythe des licornes sans yeux ni ailes qui courent : où vont-elles ?

Est-ce notre imagination qui les fait courir ? Ou n’existent-elles tout simplement pas ?

Quels sont tes prochains projets après les expositions de Taichung et Kaohsiung ?

Outre la création d’œuvres tridimensionnelles à partir de chutes de tissu, je travaille actuellement avec des matériaux de récupération métallique. Je compte poursuivre mes démarches pour des expositions personnelles sur ce même thème dans les espaces d’exposition publics des comtés et villes de Changhua, Hualien et Taoyuan, puis exposer certaines de mes œuvres en France.

Et pour finir peux-tu nous donner tes « 3 spots secrets » à découvrir absolument à Taichung ? 

La première attraction est le lac du Soleil et de la Lune, célèbre dans le monde entier. La deuxième est le temple Yue Lao de Taichung (vue nocturne), situé sur le mont Dadu, à la frontière des comtés de Daya et Shalu. Ce joyau caché, gratuit et renommé, offre une vue imprenable sur la nuit. La troisième attraction est le port de Taichung et les zones humides de Gaomei.

✅ L’essentiel à retenir

  • 🎨 Sophie Colline, artiste entre Taïwan et France.
  • ♻️ Œuvres réalisées à partir de chutes de tissu recyclées.
  • 📚 Inspirée par Paul Claudel et la symbiose.
  • 🏫 Professeure à l’Université Feng Chia.
  • 🌍 Expositions dans plusieurs grandes villes de Taïwan.

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À propos de l'auteur

  • Luc

    Fondateur du webzine francophone Insidetaiwan.net
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