Être hommes au foyer à Taïwan : un modèle discret mais en mutation

À Taïwan, les hommes au foyer restent minoritaires mais révèlent une évolution profonde des rôles familiaux et sociaux.

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À Taïwan, la figure de l’homme au foyer reste minoritaire, mais elle progresse lentement sous l’effet de mutations économiques, sociales et culturelles. Longtemps associée à un modèle familial où l’homme assure le revenu principal et la femme la gestion du foyer, la société taïwanaise évolue. Le coût de la vie, la pression professionnelle, la montée en puissance des femmes hautement qualifiées et la recherche d’un meilleur équilibre vie professionnelle/vie familiale ont ouvert la voie à d’autres configurations familiales.

Si ces hommes restent peu visibles dans l’espace public, ils existent bel et bien : certains ont mis leur carrière en pause, d’autres ont fait un choix assumé, souvent pragmatique. Leur quotidien révèle les tensions entre normes traditionnelles, attentes sociales et réalités contemporaines. À travers leurs parcours, c’est toute la question de la redéfinition des rôles de genre à Taïwan qui se dessine.

Un choix encore marginal, souvent dicté par l’économie

À Taïwan, les hommes au foyer représentent une part très réduite des familles, bien en dessous de 5 %. Ce choix n’est que rarement idéologique. Il est d’abord économique. Dans nombre de ces couples, la femme dispose d’un revenu plus stable ou plus élevé, notamment dans les secteurs de la technologie, de la finance ou de la recherche. Mettre en pause la carrière masculine devient alors une décision rationnelle.

Chen Wei, 42 ans, ancien commercial à Taichung, explique :

« Ma femme gagne deux fois plus que moi. Continuer à travailler pour payer une nounou n’avait aucun sens. »

Le système taïwanais joue aussi un rôle. Les congés parentaux pour les hommes existent légalement, mais restent peu utilisés. Les normes professionnelles pénalisent encore ceux qui s’éloignent du marché du travail. Devenir homme au foyer suppose donc d’accepter une perte de statut social, souvent renforcée par le regard de la famille élargie.

Pourtant, ces hommes développent des compétences clés souvent associées aux femmes : gestion du foyer, éducation des enfants, organisation du quotidien. Beaucoup soulignent une relation plus forte avec leurs enfants. Lin Hao, père de deux enfants à New Taipei, confie :

« Je vois grandir mes enfants chaque jour. Aucun salaire ne compense ça. »

Malgré cela, l’isolement social reste fréquent. Les réseaux de parents restent très féminisés, et les hommes y trouvent difficilement leur place.

Pression sociale et identité masculine en question

Le principal frein à la reconnaissance des hommes au foyer à Taïwan reste culturel. La masculinité y est encore fortement associée à la réussite professionnelle et à la capacité à subvenir aux besoins du foyer. Sortir de ce cadre expose à des jugements implicites : inutilité, manque d’ambition, dépendance économique. D’ailleurs selon certaines études de nombreuses femmes qui prônent l’égalité des genre au travail ne valorisent pas l’égalité des genre à la maison. Et considèrent que les hommes au foyer ont raté leur vie ou ne sont pas vraiment des hommes. Paradoxal non ?

Zhang Jun, 38 ans, ancien ingénieur à Hsinchu, raconte :

« Le plus dur, ce n’est pas le travail domestique, c’est le regard des autres hommes. »

Cette pression est renforcée par la génération des parents, marquée par une culture confucéenne où les rôles sont clairement hiérarchisés. Pourtant, les jeunes couples urbains montrent davantage de souplesse. À Taipei et Kaohsiung, la notion de coparentalité progresse, surtout dans les milieux éduqués.

Les hommes au foyer interrogent aussi la notion de valeur sociale du travail. À Taïwan, comme ailleurs, le travail domestique reste peu reconnu, bien qu’essentiel. Certains hommes revendiquent aujourd’hui ce rôle comme une fonction à part entière, et non comme un échec temporaire.

Cette évolution reste lente, mais elle s’inscrit dans un mouvement plus large : baisse de la natalité, fatigue professionnelle, montée des burn-out masculins et recherche de sens. À terme, ces facteurs pourraient rendre le modèle plus visible, sinon plus courant.

Comparaison avec d’autres pays d’Asie

Comparée à d’autres pays asiatiques, la situation taïwanaise se situe entre conservatisme et transition. Au Japon, les hommes au foyer restent extrêmement rares et fortement stigmatisés, malgré un débat public croissant sur l’égalité de genre. Le modèle du salaryman demeure dominant, et quitter le marché du travail est perçu comme une rupture irréversible.

En Corée du Sud, la pression sociale est encore plus forte. Les hommes au foyer y sont quasi invisibles, malgré des politiques publiques favorables à la parentalité. La masculinité y reste étroitement liée à la réussite économique.

À l’inverse, à Singapour, le phénomène est légèrement plus accepté dans les classes moyennes et expatriées, notamment en raison du coût très élevé de la garde d’enfants et d’une approche plus pragmatique des rôles familiaux.

Taïwan se distingue par une flexibilité culturelle relative. La forte participation des femmes au marché du travail et une société civile plus ouverte facilitent ces arrangements, même s’ils restent marginaux. Les hommes au foyer taïwanais ne constituent pas encore un mouvement social, mais ils incarnent une mutation silencieuse des normes familiales en Asie de l’Est.

Comme le résume David, Taïwanais de retour de l’étranger :

« Je ne suis pas moins un homme parce que je m’occupe de ma famille. Je suis juste un homme dans son époque. »

🧑‍🍳 L’essentiel à retenir

  • 👨‍👧‍👦 Les hommes au foyer restent minoritaires à Taïwan, mais leur nombre progresse avec l’évolution des modèles familiaux.
  • ⚖️ Les politiques de congé parental et la pression professionnelle poussent certains couples à inverser les rôles traditionnels.
  • 🧠 Les normes culturelles restent un frein, mais les mentalités évoluent surtout chez les jeunes générations urbaines.
  • 🌏 Comparé à d’autres pays d’Asie, Taïwan apparaît plus ouvert, bien que moins avancé que le Japon ou la Corée du Sud.
  • 🔄 Le modèle de l’homme au foyer participe à une redéfinition de la masculinité et de l’équilibre travail-famille à Taïwan.

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À propos de l'auteur

  • Luc

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