Deux jours à Pékin, une poignée d’accords flous et un monde qui cherche encore à comprendre ce qui s’est vraiment passé. Donald Trump a quitté la Chine ce vendredi 15 mai 2026 sans grande percée commerciale, mais avec des images fortes et des promesses verbales dont la solidité reste à prouver. Ce face-à-face avec Xi Jinping était le premier sur le sol chinois depuis la visite de Trump lui-même en 2017. Au fond, les deux puissances ont cherché à gérer leur rivalité sans l’enflammer. Et au milieu, Taïwan a retenu son souffle.
Commerce : des deals annoncés, des marchés déçus
Trump est arrivé à Pékin avec une délégation de chefs d’entreprise — les patrons de Tesla, Nvidia et Boeing étaient du voyage. Le président américain voulait rentrer avec des chiffres. Il en a eu, mais pas ceux espérés. Xi Jinping a confirmé l’achat de 200 Boeing 737, premier contrat de cette ampleur depuis les 300 appareils commandés en 2017. Résultat : le titre Boeing a plongé de plus de 4 % à Wall Street, les marchés ayant anticipé 500 appareils.
Sur le reste, Trump a évoqué des achats chinois de soja américain, d’énergie (pétrole et gaz naturel liquéfié) et des discussions sur la création d’un « Board of Trade » et d’un « Board of Investment » pour superviser les échanges bilatéraux, selon le secrétaire au Trésor Scott Bessent. La Chine a aussi rétabli les licences d’importation pour des abattoirs américains, signal de bonne volonté sur le bœuf. Mais aucun accord contraignant n’a été signé.
Point notable : Trump a déclaré qu’il n’a pas abordé les droits de douane ni les semi-conducteurs avec Xi. Une omission qui a surpris les observateurs, sachant que la guerre tarifaire de 2025 avait brièvement porté les taxes à plus de 100 % dans les deux sens. Les Chinois ont obtenu quelques avancées : le Département du Commerce américain a approuvé la vente de puces Nvidia H200 à dix entreprises chinoises, dont Alibaba, Tencent et ByteDance. Un geste concret, mais limité.
Iran et détroit d’Ormuz : Pékin joue la carte de la retenue
La guerre entre les États-Unis et l’Iran, déclenchée fin février 2026, a pesé lourd sur toute la visite. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent normalement 20 % du pétrole mondial, reste effectivement fermé depuis le début du conflit. Washington voulait que Pékin pèse sur Téhéran pour accélérer une sortie de crise.
La Chine est le principal client pétrolier de l’Iran, absorbant environ 90 % de ses exportations selon la société d’analyse Kpler. Xi a répondu par des engagements rhétoriques : la Chine soutient la réouverture du détroit et s’oppose à toute militarisation ou péage. Xi aurait aussi déclaré à Trump qu’il ne fournirait aucun équipement militaire à l’Iran, ce que Trump a salué comme une « grande déclaration ».
Mais pour Craig Singleton, expert à la Foundation for Defense of Democracies, ces engagements coûtent « très peu » à Pékin. La vraie question reste : la Chine est-elle prête à réduire ses achats de brut iranien ou à faire pression concrètement sur Téhéran ? Pour l’instant, non. Washington semble avoir obtenu des mots, pas des actes. Trump a ajouté qu’il prendrait une décision « dans les prochains jours » sur la levée des sanctions contre les entreprises chinoises qui achètent du pétrole iranien.
Taïwan : Xi avertit, Rubio tient ferme, Trump reste flou
C’est le sujet qui a dominé les coulisses du sommet. Xi Jinping a averti Trump que tout mauvais calcul sur Taïwan pourrait mener à des « heurts, voire des conflits » entre les deux pays. Il a qualifié Taïwan de « question la plus importante dans les relations sino-américaines« . La partie américaine n’a pas mentionné Taïwan dans son propre compte rendu officiel du sommet — ce silence en dit autant que le texte chinois.
Sur la table figurait un plan de vente d’armes de 14 milliards de dollars (environ 518 milliards de NTD) destiné à Taïwan, encore non formalisé. Trump avait déclaré avant son départ qu’il en parlerait avec Xi, ce qui avait alarmé Taipei. À bord d’Air Force One, en route vers l’Alaska, Trump a dit qu’il prendrait « une décision rapidement » sur la vente d’armes. Ni oui ni non. Pour la Chine, ce flou est une petite victoire.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a tenu un double discours, pour la forme équilibré. Il a affirmé que la politique américaine sur Taïwan est « inchangée » et qu’une action militaire chinoise serait « une erreur catastrophique ». Mais il a aussi déclaré que, selon lui, Pékin préférerait voir Taïwan rejoindre la Chine via un référendum volontaire. Cette formulation, inattendue dans la bouche du chef de la diplomatie américaine, a immédiatement circulé à Taipei. Le ministre des Affaires étrangères taïwanais Lin Chia-lung (林佳龍) a répondu que les communications avec Washington restaient « bonnes » et que la politique américaine n’avait pas changé.
Qui a gagné ce face-à-face ? Le bilan géopolitique
La question mérite d’être posée sans fard. Xi arrive à cette rencontre depuis une position de force relative. Selon l’économiste Tianchen Xu de l’Economist Intelligence Unit, le sommet « signale une période de stabilité gérée » qui tiendra un moment. Mais les observateurs sont nombreux à souligner que Trump, affaibli par l’enlisement en Iran, avait moins de cartes en main qu’espéré.
Du côté américain, les résultats concrets restent maigres : 200 Boeing au lieu de 500, des promesses verbales sur l’Iran, aucun accord sur les terres rares (dont la Chine contrôle l’accès), aucun engagement sur Taïwan. Le cadre de « stabilité stratégique constructive » sur trois ans, annoncé par Xi, ressemble davantage à une grille de lecture favorable à Pékin qu’à une percée diplomatique américaine.
Du côté chinois, Pékin a obtenu l’attention du président américain sans céder sur l’essentiel. Xi n’a pas promis de mettre fin à la montée en puissance militaire. Il n’a pas renoncé à Taïwan. Il n’a pas réduit ses achats de pétrole iranien. En échange, il a offert des discours apaisants et quelques commandes commerciales. Jack Lee, analyste au China Macro Group, note que Pékin cherche à « transformer la volonté transactionnelle de Trump en un cadre durable » qui lierait aussi le prochain président américain.
Prochaine rencontre : Xi à la Maison-Blanche le 24 septembre
Trump a officiellement invité Xi Jinping à une visite d’État à Washington le 24 septembre 2026. Xi et son épouse Peng Liyuan (彭麗媛) sont attendus à la Maison-Blanche, ce qui constituerait la première visite de ce type. Cette date n’est pas anodine : elle se situe avant l’expiration de la trêve commerciale d’un an fixée en octobre 2025, qui avait permis de ramener les tarifs douaniers à des niveaux gérables.
Cette réunion de septembre sera le vrai test. Les deux parties auront jusqu’à là pour transformer les intentions de Pékin en engagements mesurables sur l’Iran, les terres rares et les semi-conducteurs. Pour Taïwan, l’enjeu sera de savoir si Trump formalisera ou non la vente d’armes en suspens. Taipei observe, et ne peut que attendre.
Le monde bascule-t-il vers la Chine ?
La question revient dans les analyses depuis ce sommet. Le fait qu’un président américain vole 9 000 kilomètres pour rencontrer Xi sur son propre sol, sans accord majeur en poche, envoie un signal. Mais il faut rester prudent sur les conclusions.
La Chine a incontestablement renforcé son image de partenaire stable depuis la réélection de Trump. Ses investissements dans les terres rares, les puces et les énergies renouvelables lui donnent des leviers commerciaux réels. Sa marine dépasse en nombre celle des États-Unis. Et l’économiste Alexandre Kateb résume bien la situation : Trump « reconnaît que la Chine est devenue une superpuissance économique et technologique », et choisit pragmatiquement la négociation.
Pour autant, le basculement total reste une hypothèse trop rapide. Les États-Unis conservent leurs alliances en Indo-Pacifique, leur avance technologique sur les puces avancées de TSMC, et leur rôle de garant de la sécurité régionale. Ce que ce sommet révèle, c’est un monde où aucune des deux puissances ne peut se permettre une confrontation directe, et où Taïwan reste, malgré tout, la ligne rouge la plus surveillée du globe.
L’essentiel à retenir
- 🛩️ Boeing : 200 jets commandés par la Chine, premier contrat depuis 2017, mais bien en-deçà des 500 attendus par les marchés.
- 🛢️ Iran et détroit d’Ormuz : Xi a promis de ne pas armer l’Iran et soutient la réouverture du détroit, mais aucun engagement concret sur les achats de pétrole iranien.
- 🇹🇼 Taïwan en suspens : Xi avertit Trump d’un risque de conflit si Taïwan est mal géré ; la vente d’armes de 14 milliards de dollars (518 milliards NTD) reste en attente.
- 🤝 Prochaine rencontre fixée : Xi est invité à la Maison-Blanche le 24 septembre 2026 pour poursuivre les discussions avant la fin de la trêve commerciale.
- ⚖️ Bilan nuancé : la Chine sort du sommet avec l’image d’une puissance qui dicte son agenda ; les États-Unis ont obtenu des mots, peu d’actes.
Foire aux Questions
Qu’a réellement obtenu Trump lors de cette visite à Pékin ?
Trump est reparti avec la commande de 200 avions Boeing et des déclarations verbales de Xi sur l’Iran — notamment l’engagement de ne pas fournir d’armes à Téhéran. Sur le commerce, des discussions ont démarré sur des achats de soja, d’énergie et la création de deux organes de supervision bilatéraux. Mais aucun accord écrit et contraignant n’a été signé. Les marchés ont sanctionné ce résultat jugé insuffisant.
Que veut dire Rubio quand il parle d’un référendum à Taïwan ?
Marco Rubio a déclaré que la Chine préférerait, dans un monde idéal, que Taïwan rejoigne la Chine de façon volontaire via un vote. Il a aussitôt précisé que toute action par la force serait une erreur grave. Cette déclaration ne représente pas un changement de politique américaine, mais elle formule publiquement une hypothèse de réunification pacifique rarement évoquée aussi directement par un secrétaire d’État. Taipei a rappelé que la politique américaine sur le statu quo restait inchangée.
Taïwan doit-elle s’inquiéter des résultats de ce sommet ?
L’incertitude a augmenté, sans qu’une ligne rouge américaine ait été franchie. Trump n’a pas abandonné la vente d’armes, mais il ne l’a pas confirmée non plus. Le message de Xi — « clashes and even conflicts » en cas de mauvaise gestion — est inédit par sa clarté. Pour Taipei, le vrai risque n’est pas une décision annoncée aujourd’hui, mais une érosion graduelle du soutien américain dans les mois qui viennent. La réunion du 24 septembre à Washington sera un jalon important à surveiller.

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