Le terme DINK (pour Double Income, No Kids, soit « deux revenus, pas d’enfants ») désigne les couples qui choisissent de ne pas avoir d’enfant tout en travaillant tous les deux. Longtemps marginal, ce mode de vie gagne aujourd’hui en visibilité dans plusieurs sociétés d’Asie de l’Est. Des statistiques récentes montrent une progression frappante des ménages sans enfants dans la région. En Chine, environ 38 % des foyers étaient composés d’un couple sans enfant dès 2020, contre 28 % en 2010. Au Japon, les foyers constitués uniquement d’un couple (sans enfants cohabitants) représentent désormais 24,6 % de l’ensemble des ménages. De même, en Corée du Sud, près de la moitié des jeunes couples mariés n’avaient toujours pas d’enfant après quelques années de mariage (47,5 % des couples mariés depuis moins de cinq ans en 2023). Quant à Taïwan, l’essor est tout aussi notable : les foyers d’une ou deux personnes – correspondant principalement à des célibataires ou des couples sans enfant – constituent à présent près de la moitié des ménages taïwanais, signe d’une évolution marquée des structures familiales. Ce basculement démographique se traduit également par des taux de natalité extrêmement faibles dans ces pays (Taïwan enregistrant moins de 1,0 enfant par femme ces dernières années, un record mondial de faible fécondité). Le choix du mode de vie DINK s’installe donc comme un phénomène durable et massif en Asie orientale, bousculant le modèle familial traditionnel.
Causes économiques et culturelles de la progression du mode de vie DINK
Plusieurs facteurs structurels et culturels expliquent la popularité croissante du modèle DINK en Asie de l’Est. D’abord, de fortes pressions économiques dissuadent de nombreux jeunes de fonder une famille. Le coût de la vie élevé – notamment le prix du logement, la stagnation des salaires et les dépenses liées à l’éducation des enfants – rend l’idée d’avoir des enfants financièrement intimidante. Ainsi, une étude en Chine a évalué que le coût moyen d’élever un enfant s’élève à 64 000 € par an, soit environ 6,3 fois le PIB par habitant – un fardeau financier colossal. La Corée du Sud présente même un coût relatif encore plus élevé, ce qui correspond à son taux de natalité le plus bas du monde. Dans toute la région, la crainte de « ne pas pouvoir offrir suffisamment » est souvent citée par les couples sans enfant. À Taïwan, on souligne ainsi que les prix immobiliers exorbitants, les bas salaires et les coûts de garde élevés découragent les jeunes d’avoir des enfants. Dans ces conditions, rester à deux permet de maintenir un certain niveau de vie et de sécurité financière, là où l’arrivée d’un enfant ferait peser une charge économique supplémentaire.
S’ajoutent à cela des évolutions sociales et culturelles profondes. Les jeunes générations d’Asie de l’Est adoptent de nouvelles valeurs quant à la famille et à la réussite personnelle. Les enquêtes montrent un recul du mariage précoce et une hausse du célibat assumé ou du mariage sans enfants. Autrefois perçu comme marginal, le choix de ne pas procréer est désormais plus accepté, surtout en milieu urbain éduqué. Cette évolution des mentalités – où le couple sans enfant n’est plus systématiquement stigmatisé – favorise l’essor du style de vie DINK. Nombre de jeunes adultes privilégient l’épanouissement personnel, la carrière, les loisirs ou le couple lui-même, plutôt que le schéma traditionnel « mariage + bébé ». « Si on n’a pas un désir profond d’enfant, mieux vaut s’abstenir plutôt que de le faire par obligation », résume ainsi une consultante chinoise de 47 ans, qui assume pleinement sa vie sans enfants en profitant de voyages et de liberté. Dans des sociétés longtemps très attachées à la filiation, ce renversement est notable. Le poids des traditions recule quelque peu : l’adage confucéen « ne pas avoir de descendance est le pire des manquements » perd de son influence auprès d’une partie de la jeunesse urbaine, même si les attentes familiales restent fortes dans certains milieux. Désormais, un couple marié sans enfant n’est plus automatiquement perçu comme égoïste ou « anormal », et beaucoup revendiquent ce choix comme un mode de vie légitime.
Un autre facteur décisif tient aux contraintes du monde du travail et au manque de soutien aux familles. Dans ces pays, le rythme de travail est souvent intense (longues heures de bureau, culture du surmenage), ce qui rend difficile la conciliation entre carrière et parentalité. En particulier, la charge repose encore largement sur les femmes pour l’éducation des enfants, tandis que les dispositifs publics de garde restent insuffisants. Face à la perspective de devoir sacrifier leur emploi ou leurs ambitions professionnelles en devenant mères, beaucoup de femmes choisissent de reporter indéfiniment la maternité, voire de ne pas avoir d’enfant du tout. À Taïwan, on souligne que le manque de politiques de soutien dans les entreprises pour l’articulation travail-famille fait chuter la volonté des femmes d’avoir des enfants. Ce phénomène est semblable en Corée du Sud et au Japon, où il est courant qu’une femme quitte son emploi après la naissance d’un bébé faute de possibilités de garde ou de flexibilité au travail. Ainsi, les couples bi-actifs tendent bien plus à rester sans enfants que les autres. Une étude sud-coréenne révèle qu’en 2022, 36,3 % des couples de moins de 40 ans à deux revenus n’avaient pas d’enfant, contre seulement 13,5 % des couples où un seul des conjoints travaille. Ce chiffre illustre clairement l’impact du manque de soutien familial : là où les deux conjoints veulent préserver leur emploi, fonder une famille devient un défi presque insurmontable dans le contexte actuel. La compétitivité scolaire exacerbée et le coût éducatif (cours privés, etc.) ajoutent encore aux réticences, de nombreux parents potentiels craignant de ne pouvoir assumer la « course aux diplômes » pour leurs enfants. L’ensemble de ces facteurs – pression économique, valeurs émergentes d’individualisme, et contraintes structurelles – crée un terreau favorable à la diffusion du mode de vie sans enfant en Asie de l’Est. Comme le résume un sociologue basé à Singapour, dans un environnement hyper compétitif, le mariage et la parentalité deviennent pour certains « intenables » du point de vue des efforts et des sacrifices qu’ils exigent.
Par ailleurs, l’essor des DINK s’auto-entretient en quelque sorte : plus ils sont nombreux, plus il devient « normal » socialement de faire ce choix. Les médias et les réseaux sociaux de la région relaient abondamment ce débat. En Chine, un article sponsorisé sur Weibo (le Twitter chinois) a récemment tenté de culpabiliser les couples sans enfants en affirmant que « rester DINK est un pari risqué sur l’avenir » – mentionnant la solitude ou l’absence de soutien à l’âge avancé comme autant de regrets possibles. Mais la réaction du public ne s’est pas fait attendre : de nombreux internautes ont défendu le droit de ne pas procréer, l’un commentant avec ironie qu’il y a sans doute plus de gens qui regrettent d’avoir eu des enfants que l’inverse. Ce renversement du discours témoigne du fossé entre les politiques natalistes officielles et les aspirations individuelles. Les mêmes réseaux sociaux véhiculent aussi des messages positifs autour du mode de vie DINK, célébrant la liberté, la poursuite de passions personnelles, la possibilité de consacrer du temps à son couple. Dans une vidéo devenue virale en Chine, un jeune couple marié s’interroge à voix haute : « Est-ce qu’on passe à côté de la joie d’avoir des enfants ? » avant de répondre en chœur : « Les parents sont-ils forcément heureux ? Pas sûr… Peut-être qu’ils passent à côté de la joie d’être DINK ! ». Cette répartie audacieuse illustre la confiance croissante de ces couples dans le bien-fondé de leur choix, en dépit des pressions traditionnelles.
Zoom sur Taïwan : impacts socio-économiques du choix « Double revenu, pas d’enfant »
Le cas de Taïwan est particulièrement emblématique de cette tendance, tant par l’ampleur du phénomène DINK que par ses conséquences visibles sur la société et l’économie. Taïwan est aujourd’hui l’un des pays les plus touchés par la dénatalité : en 2023, son taux de fécondité tournait autour de 0,87 enfant par femme, l’un des niveaux le plus bas du monde, très en deçà du seuil de remplacement des générations. Depuis 2020, le nombre de décès y dépasse chaque année le nombre de naissances, entraînant un déclin naturel de la population. Ce contexte de natalité en berne s’explique en partie par la généralisation du mode de vie sans enfant. De plus en plus de Taïwanais choisissent de ne pas procréer, que ce soit par conviction (priorité donnée à la carrière ou au couple), ou par résignation face aux difficultés économiques. Ce choix de vie a des répercussions multiples, qui se font sentir dans divers domaines.
Sur le plan démographique et familial, la structure des foyers taïwanais a radicalement changé en une génération. La taille moyenne des ménages n’a jamais été aussi faible, à 2,58 personnes par foyer en 2023. Les familles nombreuses à l’ancienne (plusieurs enfants, voire plusieurs générations sous un même toit) deviennent rares, tandis que prolifèrent les configurations dites « petites familles » – souvent limitées à un couple, avec ou sans enfant unique. Comme mentionné, près de la moitié des logements abritent désormais une ou deux personnes seulement. Les couples sans enfant (les « topeurs » ou « 丁客族 » en mandarin) sont ainsi devenus monnaie courante, aux côtés des personnes seules et des personnes âgées vivant isolées. Cette évolution soulève de nouveaux enjeux sociaux : le vieillissement de la population s’accentue (près de 20 % des Taïwanais ont plus de 65 ans) et beaucoup de seniors n’ont pas de descendance pour les épauler. On voit ainsi émerger le problème des « premiers DINK à la retraite » : la génération qui, dans les années 1980-90, a été la première à populariser ce choix, arrive désormais à l’âge mûr sans enfants. Les médias taïwanais s’interrogent sur leur avenir – finiront-ils seuls en maison de retraite ? Ont-ils des regrets ? – tout en notant que beaucoup d’entre eux assument toujours leur décision de jeunesse en revendiquant une vieillesse « sans contraintes ». Néanmoins, la société doit s’adapter à cette nouvelle donne, par exemple en renforçant les dispositifs de prise en charge des aînés isolés et en repensant la solidarité intergénérationnelle.
Sur le plan économique, le phénomène DINK à Taïwan a des effets contrastés. D’un côté, les couples sans enfants disposent d’un pouvoir d’achat par personne plus élevé, ce qui stimule certains secteurs de consommation. Avec deux salaires et aucune dépense liée aux enfants, ils contribuent volontiers à l’essor de l’économie des loisirs et du luxe : voyages à l’étranger, restaurants, technologies, hobbies coûteux, etc. Ainsi, on note une augmentation des dépenses touristiques ou de bien-être chez les trentenaires mariés sans enfants, qui profitent de leur temps libre et de leur revenu disponible pour se faire plaisir. Certains choisissent aussi d’investir davantage dans leur carrière (formations, créations d’entreprise) ou dans l’épargne et l’immobilier. En effet, nombre de DINK considèrent qu’ils doivent prévoir eux-mêmes leur sécurité financière à long terme, en l’absence d’enfants sur qui compter à la retraite. Ainsi, ils peuvent épargner davantage pour leur pension ou acheter un logement de qualité pour y vivre confortablement à deux.
D’un autre côté, l’essor des foyers sans enfant pose des défis économiques importants à l’échelle macro. La chute de la natalité se traduit par une pénurie de main-d’œuvre à venir et met en danger l’équilibre des systèmes de retraites. Taïwan, comme ses voisins, voit son marché du travail se tendre : moins de jeunes entrants signifient moins de dynamisme économique futur et un ratio actifs/retraités en baisse. Le gouvernement taïwanais commence à mesurer l’urgence de la situation. Il a d’ailleurs mis en place ou envisagé diverses politiques publiques incitatives pour encourager les naissances : distribution de primes à la naissance (une aide pouvant atteindre 50 000 NT$ pour le deuxième enfant, 100 000 NT$ pour le troisième), développement de crèches publiques à bas coût, campagnes de sensibilisation vantant les joies de la parentalité, etc. Cependant, ces mesures peinent pour l’instant à inverser la tendance, comme l’admettent les experts : malgré les subventions, « il faudra beaucoup de temps pour voir des effets, et à court terme il est difficile de renverser la vapeur » en matière de fécondité. Parallèlement, le gouvernement réfléchit aussi à des solutions pour atténuer les impacts du vieillissement et du manque de naissances, en assouplissant les lois sur l’immigration pour attirer des travailleurs étrangers, ou en encourageant le retour de la diaspora taïwanaise installée à l’étranger.
Un secteur où l’influence des DINK taïwanais est immédiatement visible est celui du logement. La demande immobilière s’est adaptée à la prolifération des petits foyers. On assiste à un véritable boom des petits appartements et studios dans les grandes agglomérations. En 2023, près de 16 % des transactions immobilières portaient sur des logements de moins de 15 ping (≈50 m²), un record historique, et ces petites surfaces ont vu leurs prix grimper plus vite que les grandes. En cause : de nombreux jeunes acheteurs, qu’ils soient célibataires ou en couple sans intention d’enfant, privilégient ces habitations plus compactes, suffisantes pour deux personnes ou moins, et surtout bien plus abordables que les appartements familiaux traditionnels. La société taïwanaise de l’immobilier note d’ailleurs que la demande en logements à faible surface, fonctionnels et au coût total moindre, a explosé auprès des primo-accédants et des jeunes ménages sans enfants. On observe parallèlement une désaffection pour les grands appartements familiaux ou les pavillons conçus pour des familles nombreuses, jugés hors de prix et inutiles pour un couple qui n’a pas prévu d’agrandir la famille. Ainsi, la morphologie des villes commence à changer : les promoteurs multiplient les projets de résidences avec des lots plus petits, adaptés aux besoins de ces duos urbains à double revenu. Cela ne signifie pas pour autant que ces DINK vivent à l’étroit ou sans confort. Beaucoup appartiennent à la classe moyenne éduquée et recherchent des logements optimisés : ils n’ont pas besoin d’une chambre d’enfant, mais souhaitent souvent un espace bureau ou loisir pour chacun. Des magazines locaux soulignent que les couples « double revenu » ont souvent des exigences élevées en matière de qualité de vie et d’aménagement intérieur, investissant leur budget logement dans des équipements de confort, une belle cuisine ou des loisirs à domicile, plutôt que dans des mètres carrés superflus. Ce mouvement vers le « downsizing » résidentiel offre aussi des opportunités économiques : développement de services pour petites copropriétés, boom des plateformes de livraison de repas (très prisées par les jeunes actifs sans enfants, qui cuisinent moins à la maison), ou encore explosion du marché des animaux de compagnie (beaucoup de couples DINK adoptant chiens ou chats comme « compagnons » faisant partie de la famille).
Enfin, le phénomène DINK à Taïwan s’accompagne d’une évolution des représentations médiatiques et culturelles. Jadis, ne pas avoir d’enfant pouvait être mal vu, assimilé à un échec ou à de l’individualisme forcené. Désormais, le discours ambiant s’avère plus nuancé. Dans les séries télévisées, les talk-shows ou sur les réseaux sociaux taïwanais, on voit apparaître des personnages de couples mariés épanouis sans enfants, ou des célébrités revendiquant ce choix. Un célèbre acteur de Hong Kong et sa femme (installés à Taïwan) sont souvent cités comme couple DINK modèle, expliquant avoir choisi de vivre pour eux-mêmes après une fausse couche tragique, sans céder aux pressions pour retenter l’aventure parentale. De même, des témoignages de quadragénaires « topeurs » circulent en ligne, décrivant une vie riche d’activités, de sorties entre amis, de passions, et répondant aux sceptiques inquiets de leur solitude future par des plans de retraite bien préparés (économies, assurance dépendance, cercle d’amitiés solides). Le regard de la société tend à normaliser ces trajectoires alternatives. Il reste certes des interrogations – « qui s’occupera de vous quand vous serez vieux ? » demandent encore certains – mais la jeune génération apporte souvent des réponses différentes de celles de leurs aînés. Pour beaucoup de trentenaires taïwanais, avoir un enfant n’est plus un passage obligé : c’est un choix parmi d’autres, avec ses avantages et ses inconvénients. Et ils n’hésitent pas à qualifier de « victoire » le fait de préserver sa liberté et son bien-être économique en renonçant à la parentalité, plutôt que de se plier à un modèle traditionnel qui ne les satisfait pas.
🧠 L’essentiel à retenir
- 👩❤️👨 Le modèle DINK (Double Income No Kids) progresse fortement en Asie de l’Est, porté par la hausse du coût de la vie, la précarité professionnelle et l’évolution des valeurs familiales.
- 📉 Taïwan figure parmi les pays les plus touchés, avec l’un des taux de natalité les plus bas au monde et une proportion croissante de couples sans enfant dans les zones urbaines.
- 💰 Les raisons sont avant tout structurelles : prix de l’immobilier, coûts de l’éducation, horaires de travail exigeants et manque de politiques de soutien à la parentalité.
- 🏙️ Le phénomène DINK transforme l’économie taïwanaise, en influençant la consommation, le marché immobilier (essor des petits logements) et les modes de vie urbains.
- ⚖️ Ce choix de vie pose un défi majeur aux politiques publiques, entre respect des libertés individuelles et nécessité de répondre au vieillissement démographique et au déclin de la population active.

5% de remise avec le code : InsideTaiwan
🚀 Prêt à rester connecté à Taïwan sans stress ?
Active ton eSIM Saily en quelques clics, choisis ton forfait (dès 3,43 €) et navigue sans coupure dans plus de 200 pays. *
👉 Installe l’app et obtient 5% de remise sur ton 1er achat sur ton premier achat. Avec le code : InsideTaiwan
🤝 Programme d’affiliation 🤝
📌 Certains liens de cet article, ainsi que certaines images, renvoient vers des liens sponsorisés, permettant à Insidetaiwan.net de toucher une commission en cas d’achat, sans aucun coût supplémentaire pour vous. 💰 Cela nous aide à financer le magazine et à continuer à vous offrir un contenu indépendant et de qualité. 📖✨
💞 Soutenez-nous 💞
- ⏯ Nous soutenir #financièrement
- ⏯ S’inscrire à nos #Newsletters
- ⏯ Nous suivre sur nos #réseaux sociaux
- ⏯ Devenir #partenaire
- ⏯ Proposer des #articles et du #contenu
- ⏯ Découvrir nos offres #professionnelles (Publicités, Conseils…)
Pour découvrir nos offres rendez-vous sur la page dédiée (Nous soutenir) ou contactez-nous pour collaborer avec nous.