Édito : Une nouvelle loi protégera-t-elle vraiment les droits des livreurs à Taïwan ?

Édito sur la nouvelle législation taïwanaise encadrant Uber Eats et Foodpanda et l’avenir du travail de plateforme.

Partager l'article

Adoptée récemment par le Yuan législatif, la nouvelle législation encadrant le travail des livreurs de plateformes a été saluée comme une victoire historique par les syndicats du secteur. Après plus de six ans de mobilisation, le texte impose désormais un paiement minimum de 45 dollars taïwanais par commande et garantit que le temps de livraison serve de base à un revenu horaire équivalent à au moins 1,25 fois le salaire minimum légal.

Sur le papier, la réforme marque une reconnaissance institutionnelle d’un secteur longtemps maintenu dans une zone grise du droit du travail à Taïwan.

Une réponse tardive à une précarisation accélérée

La mobilisation des livreurs s’est structurée à partir de 2021, lorsque Uber Eats et Foodpanda ont modifié unilatéralement leurs formules de rémunération. Ces changements ont entraîné une baisse de revenus estimée entre 10 % et 30 %, obligeant les travailleurs à effectuer davantage de courses pour un gain inférieur.

Cette logique de productivité accrue, combinée à l’absence de concertation, a été dénoncée par les syndicats comme une gestion opaque, symptomatique d’un modèle de plateforme fondé sur l’asymétrie de pouvoir entre entreprises et travailleurs.

Sécurité routière et responsabilité des plateformes

Au-delà de la question salariale, les nouvelles règles abordent un enjeu central à Taïwan : la sécurité des livreurs, omniprésents dans l’espace urbain. L’intensification du travail a entraîné une hausse notable des accidents, en particulier dans le centre de l’île.

La loi prévoit désormais des sanctions financières pour les plateformes qui ne déclarent pas un accident dans les huit heures, ainsi que l’obligation de fournir une assurance collective contre les accidents et une assurance responsabilité civile. Ces mesures traduisent une volonté de repolitiser la question du risque, longtemps externalisée sur les travailleurs eux-mêmes.

Mettre fin à la fiction du « travailleur indépendant »

L’un des apports majeurs du texte réside dans le renforcement du statut juridique des livreurs, aligné davantage sur celui des salariés classiques. Jusqu’à présent, leur classification comme travailleurs temporaires ou indépendants permettait aux plateformes d’éviter des obligations sociales fondamentales.

Désormais, le Ministère du Travail devient l’autorité compétente pour encadrer les droits des livreurs, avec un mandat explicite sur les modalités de calcul des salaires, la rupture des contrats et les protections associées. Ce changement reflète une évolution doctrinale du droit du travail taïwanais face à l’économie des plateformes.

Le précédent Uber et la question du modèle économique

Cette réforme s’inscrit dans une histoire plus large. L’arrivée d’Uber à Taïwan, initialement comme service de VTC enregistré comme entreprise de logiciels, avait déjà révélé les stratégies de contournement réglementaire des plateformes numériques.

Le discours invoquant l’« innovation » pour justifier la dérégulation a longtemps opposé plateformes et syndicats, qu’il s’agisse de chauffeurs de taxi hier ou de livreurs aujourd’hui. Le rejet par les autorités de la tentative de fusion entre Uber Eats et Foodpanda en 2024 a d’ailleurs montré que l’État taïwanais reste attentif aux risques de concentration et de monopole dans l’économie numérique.

Une victoire symbolique, mais une mise à l’épreuve décisive

Cette nouvelle loi affirme un principe clair : les livreurs ne sont pas en dehors du droit du travail. Elle constitue un signal politique fort dans un contexte régional où la protection des travailleurs de plateformes reste souvent limitée.

Reste toutefois la question centrale de l’application concrète. À Taïwan, comme ailleurs, la capacité des autorités à contrôler efficacement des plateformes transnationales déterminera si cette avancée législative se traduit par une amélioration réelle des conditions de travail, ou si elle demeure une victoire avant tout symbolique.

L’essentiel à retenir 🛵

  • ⚖️ Taïwan impose un revenu minimum garanti aux livreurs.
  • 💰 Les plateformes doivent respecter un seuil salarial légal renforcé.
  • 🚦 La loi intègre enfin la sécurité et l’assurance des livreurs.
  • 📜 Le Ministère du Travail devient l’autorité de référence.
  • ❓ L’enjeu clé reste l’application effective de la loi.

A lire également sur Insidetaiwan.net

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est saily-banners-affordable-esim-1200x628-fr-1024x536.png.

5% de remise avec le code : InsideTaiwan

🚀 Prêt à rester connecté à Taïwan sans stress ?

Active ton eSIM Saily en quelques clics, choisis ton forfait (dès 3,43 €) et navigue sans coupure dans plus de 200 pays. *

👉 Installe l’app et obtient 5% de remise sur ton 1er achat sur ton premier achat. Avec le code : InsideTaiwan


🤝 Programme d’affiliation 🤝

📌 Certains liens de cet article, ainsi que certaines images, renvoient vers des liens sponsorisés, permettant à Insidetaiwan.net de toucher une commission en cas d’achat, sans aucun coût supplémentaire pour vous. 💰 Cela nous aide à financer le magazine et à continuer à vous offrir un contenu indépendant et de qualité. 📖✨


💞 Soutenez-nous 💞

  • ⏯ Nous soutenir #financièrement
  • ⏯ S’inscrire à nos #Newsletters
  • ⏯ Nous suivre sur nos #réseaux sociaux
  • ⏯ Devenir #partenaire
  • ⏯ Proposer des #articles et du #contenu
  • ⏯ Découvrir nos offres #professionnelles (Publicités, Conseils…)

Pour découvrir nos offres rendez-vous sur la page dédiée (Nous soutenir) ou contactez-nous pour collaborer avec nous.

Partager l'article

À propos de l'auteur

  • Luc

    Fondateur du webzine francophone Insidetaiwan.net
    Consultant en développement international 🚀des entreprises en Asie du Sud-Est
    #Taiwan #Tourisme #Société #Culture #Business #Histoire #Foodie

    Voir toutes les publications

Vous aimez Inside Taïwan ?
Devenez acteur de ce projet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à nos newsletters pour une exploration approfondie de Taiwan

Contenus sponsorisés