Le calendrier traditionnel chinois ne se contente pas de compter les jours. Il les nomme, les qualifie, leur attribue une couleur et un comportement. Gǔyǔ (穀雨), sixième et dernier terme solaire du printemps, en est l’un des exemples les plus frappants. Il tombe chaque année autour du 20/21 avril, marquant une transition que les agriculteurs, les herboristes et les amateurs de thé attendent depuis des semaines. Son nom dit tout : gǔ (穀), les céréales, yǔ (雨), la pluie. La pluie fait lever les grains. Cette formule millénaire, issue du texte classique Lü Shi Chunqiu (呂氏春秋), résume à elle seule l’esprit de cette période. Pour Taïwan, île subtropicale où les saisons se fondent dans une humidité permanente, Gǔyǔ reste un repère culturel vivant, ancré dans les marchés, les plantations et la médecine traditionnelle.
Un terme solaire né de la pluie et du mythe
Gǔyǔ est la sixième des 24 périodes solaires du calendrier luni-solaire chinois, et elle occupe une place symbolique et agricole importante. Mais son origine dépasse l’agriculture. Une image mythologique accompagne ce terme : celle d’une pluie de millet tombant du ciel. Cette image provient du Huainanzi (淮南子), texte ancien qui raconte le moment légendaire où Cangjie (倉頡), le sage aux quatre yeux, inventa les premiers caractères chinois. Selon la légende, les dieux, impressionnés par cet acte fondateur de la civilisation, auraient fait pleuvoir des céréales en signe de gratitude. Gǔyǔ porte donc deux significations simultanées : une réalité agronomique concrète — les précipitations printanières indispensables aux cultures — et une charge symbolique liée à l’écriture, à la mémoire et à la transmission.
À Taïwan, cette double nature est parfaitement intégrée. Les traditions populaires (民俗, mínsú) mêlent rituels agricoles, sagesse du corps et gratitude envers la terre. Le proverbe « Une pluie de printemps vaut plus que l’or » (春雨貴如油) illustre l’importance accordée à ces précipitations printanières pour l’agriculture. Gǔyǔ s’étend du 20 avril au 5 mai environ, juste avant que Lìxià (立夏), le début de l’été, ne prenne le relais. Ce système des 24 termes solaires (節氣, jiéqì), reconnu par l’UNESCO en 2016 comme patrimoine culturel immatériel, est codifié sous la dynastie Han et divise l’année selon les mouvements du soleil le long de l’écliptique. Il ne s’agit pas d’un folklore figé : à Taïwan, il structure encore la vie des marchés, les fêtes locales et les pratiques alimentaires saisonnières.
Le thé de Gǔyǔ, un trésor méconnu des plantations taïwanaises
La période qui suit Gǔyǔ est l’une des plus intenses dans les régions productrices de thé de Taïwan. Après la récolte de Qingmíng (清明), considérée comme la plus précoce et la plus délicate, viennent les feuilles de Gǔyǔ : plus grandes, plus charnues, gorgées des premières pluies abondantes. Contrairement aux bourgeons tendres et éphémères de la récolte pré-Qingmíng, les feuilles récoltées à cette période sont luxuriantes et fortifiées par les pluies. La tradition leur attribue la propriété de « clarifier les yeux » et de combattre la fatigue du changement de saison. À Taïwan, les principales zones de production sont actives à plein régime : dans la région d’Alishan (阿里山), au-dessus de 1 000 mètres d’altitude, les équipes de récolte se déplacent d’exploitation en exploitation, et la saison du thé de printemps se prolonge jusqu’à la fin du mois de mai.
Les thés oolong (烏龍茶) de haute altitude — Alishan, Lǐshān (梨山), Dàyǔlǐng (大禹嶺) — atteignent à cette saison une complexité aromatique particulière, liée à l’amplitude thermique entre le jour et la nuit. À Taïwan, pendant Gǔyǔ, les producteurs de thé sont également occupés à récolter des pousses pour produire ce que l’on considère comme le thé de printemps de la plus haute qualité de l’année. Pour les visiteurs, c’est le moment idéal pour se rendre dans les maisons de thé (茶藝館, cháyìguǎn) des plantations de Maokong (貓空) près de Taipei, accessibles en téléphérique depuis la station de métro Taipei Zoo (台北動物園站), ou de s’aventurer vers Pínglín (坪林), dans le sud du Nouveau-Taipei (新北市), cœur de production du thé Bāozhǒng (包種茶). Les prix d’une dégustation guidée en plantation démarrent autour de 300 à 500 NTD (environ 8 à 14 €) selon les domaines.
Ce que l’on fait, ce que l’on évite
Gǔyǔ n’est pas qu’une date sur un calendrier. C’est un mode d’emploi saisonnier. La tradition taïwanaise, héritière des almanachs (農民曆, nóngmínlì) encore consultés aujourd’hui, prescrit des comportements précis pour traverser cette période en bonne santé et en harmonie.
Ce que l’on fait :
- 🌱 Planter : c’est la période optimale pour mettre en terre les cultures sensibles à l’humidité — courges (南瓜, nánguā), haricots (豆類, dòulèi), basilic thaï (九層塔, jiǔcéngtǎ), mais aussi les premiers plants de tomate (番茄, fānqié) et de piment (辣椒, làjiāo). Les pluies fréquentes réduisent les arrosages nécessaires.
- 🍵 Boire du thé de Gǔyǔ : les feuilles récoltées pendant cette période passent pour tonifiantes, bonnes pour la vue et pour combattre la somnolence printanière (春困, chūnkùn), cette fatigue diffuse propre au changement de saison.
- 🌸 Observer les pivoines arborescentes (牡丹, mǔdān) : leur floraison atteint son apogée pendant Gǔyǔ, et certains temples taïwanais organisent des expositions temporaires.
- 🥣 Nourrir le corps : la médecine traditionnelle (中醫, zhōngyī) recommande les aliments légèrement tonifiants, comme la soupe de porc aux arachides (花生豬腳湯, huāshēng zhūjiǎo tāng) ou les bouillies de céréales.
- 🍜 Offrir aux mères : une coutume taïwanaise de Gǔyǔ veut que les enfants offrent à leur mère un bol de nouilles au jarret de porc (豬腳麵線, zhūjiǎo miànxiàn), symbole de longévité et de bonne fortune.
Ce que l’on évite :
- ❌ Les excès alimentaires : l’humidité croissante fragilise la digestion selon la médecine traditionnelle. On évite les aliments trop gras, trop froids ou trop crus.
- ❌ Négliger les allergies : les personnes à constitution allergique doivent surveiller les symptômes de pollinose, particulièrement fréquents pendant cette période.
- ❌ Rester inactif : la fatigue printanière (春困) est réelle mais ne se soigne pas par l’immobilité. Le mouvement léger — marche, qi gong (氣功) — est fortement recommandé.
- ❌ Planter les espèces fragiles au froid : même si les gelées sont terminées en plaine, les zones montagneuses (au-dessus de 1 500 mètres) peuvent encore connaître des nuits fraîches jusqu’à mi-mai.
Où aller à Taïwan pendant Gǔyǔ
La saison du thé de printemps, combinée aux pluies de Gǔyǔ, transforme les régions productrices en destinations spectaculaires. Les plantations verdissent rapidement, les senteurs de thé frais se mêlent aux odeurs de terre humide. Plusieurs destinations se distinguent particulièrement pendant cette période :
Alishan (阿里山) – Comté de Chiayi (嘉義縣) La région la plus emblématique. Les producteurs de thé d’Alishan cultivent et récoltent le thé à des altitudes comprises entre 1 000 et 1 600 mètres, dans un sol riche en minéraux, avec une différence de température moyenne de 10 degrés entre le jour et la nuit. Pendant Gǔyǔ, les villages de Shízhúo (石棹) et Ruìlǐ (瑞里) ouvrent leurs plantations aux visiteurs. Compter 2 h 30 à 3 h de bus depuis Chiayi ville. L’hébergement en homestay (民宿, mínsù) sur place se situe entre 1 200 et 2 500 NTD la nuit (32 à 67 €).
Pínglín (坪林) – Nouveau-Taipei (新北市) À seulement 40 minutes de Taipei en voiture ou bus, ce district rural est le berceau du thé Bāozhǒng (包種茶). Son musée du thé (坪林茶業博物館) propose des ateliers de cueillette et de roulage pendant la saison de printemps. Entrée du musée : 100 NTD (environ 2,70 €).
Maokong (貓空) – Taipei Option urbaine parfaite pour une demi-journée. On accède aux plantations de thé de Maokong par un téléphérique en 20 minutes depuis la station de métro Taipei Zoo (台北動物園站). Plusieurs chemins de randonnée traversent les plantations, parsemés de maisons du thé perchées dans un décor verdoyant.
Gǔyǔ et le corps : les recommandations de la médecine traditionnelle
La médecine traditionnelle chinoise (中醫, zhōngyī), encore très pratiquée à Taïwan, considère Gǔyǔ comme une période de transition délicate pour l’organisme. La fatigue printanière (春困, chūnkùn) se manifeste par des vertiges, une irritabilité et des maux de tête. Il est recommandé de se coucher tôt et de se lever tôt pour en atténuer les effets. L’humidité ambiante augmente ce que la tradition appelle l’humidité interne (濕氣, shīqì), responsable de lourdeurs et de digestions difficiles.
Les praticiens de médecine traditionnelle à Taïwan recommandent pendant Gǔyǔ de consommer des aliments à vertu drainante : le Yi Ren (薏仁, orge perlé), le gingembre (薑, jiāng) infusé chaud, et les soupes légères à base de champignons shiitaké (香菇, xiānggū). Les deux semaines de Gǔyǔ sont aussi une période favorable pour les soins d’acupuncture (針灸, zhēnjiǔ) ciblant le foie (肝, gān) et la vésicule biliaire (膽, dǎn), organes associés au printemps dans la cosmologie médicale chinoise.
Plusieurs cliniques de médecine traditionnelle à Taipei (台北), Tainan (台南) et Taichung (台中) proposent des bilans saisonniers spécifiques aux termes solaires, souvent à partir de 500 à 800 NTD la consultation (13 à 22 €).
L’essentiel à retenir
- 🗓️ Gǔyǔ (穀雨) tombe autour du 20 avril chaque année et marque la fin du printemps dans le calendrier traditionnel chinois
- 🍵 C’est la période de récolte du thé de printemps de haute qualité à Alishan (阿里山), Pínglín (坪林) et Maokong (貓空)
- 🌱 Les plantations de courges, haricots et piments sont recommandées ; les excès alimentaires et l’inactivité sont à éviter
- 💆 La médecine traditionnelle (中醫) conseille orge perlé, gingembre et coucher tôt pour combattre la fatigue printanière (春困)
- 🏔️ Alishan reste la destination la plus spectaculaire pendant Gǔyǔ, avec ses plantations en altitude et ses homestays accessibles dès 32 € la nuit

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